Connectez-vous

Un larvicide naturel contre les moustiques au banc d’essai

Lundi 16 Janvier 2017

L’arsenal de lutte contre les moustiques vecteurs des arboviroses (dengue, zika, chikungunya) pourrait compter prochainement un nouveau produit. Baptisée Bti, du nom de la bactérie Bacillus thuringiensis israelensis qu’elle contient, cette substance est actuellement testée par la direction des Affaires sanitaires et sociales (DASS) et la Ville de Nouméa.





Découverte dans les années 1970, la bactérie Bti est connue pour son action sur les larves de moustiques et de certaines mouches. « Une fois ingérée, elle produit une toxine mortelle pour son hôte », explique Sandy Duperier, entomologiste médicale à la DASS. Déjà utilisé ponctuellement en Nouvelle-Calédonie pour traiter des gîtes larvaires difficiles d’accès, le Bti fait l’objet, depuis un an, d’un projet visant à l’épandre à grande échelle. Pour cela, un pulvérisateur adapté a été acheté par la collectivité fin 2015. « Puis une convention a été signée avec la Ville de Nouméa, poursuit l’entomologiste. La DASS a défini un protocole et la commune a acheté le Bti, et participé aux épandages ».

La Vallée-des-Colons, terrain d’essai

Le protocole en question compte trois phases de tests : « Le contrôle de l’efficacité du larvicide en laboratoire, qui s’est avérée satisfaisant. Puis plusieurs pulvérisations sur un terrain dégagé en juin dernier au Kuendu Beach, et enfin un épandage en milieu urbain, qui se déroule en ce moment, dans un secteur de la Vallée-des-Colons, à raison d’une pulvérisation par semaine (minimum quatre) ». En parallèle, un suivi des populations de moustiques est réalisé dans ce quartier sur une période de trois mois, depuis décembre et jusqu’en février.

Une solution miracle ?

Très encourageants, les premiers résultats montrent qu’une majorité de gîtes artificiels présente une mortalité des larves de 80 à 100 % dans le secteur testé, variable selon la configuration des bâtiments. Sans danger pour l’homme ni pour les autres espèces vivantes, et disponible dans une formulation agréée pour l’agriculture biologique, le Bti ouvre de nouvelles perspectives dans le combat contre les arboviroses. « C’est une méthode complémentaire aux produits adulticides qui devrait en effet permettre d’élargir l’arsenal de lutte », se réjouit Florie Cheilan, ingénieure sanitaire à la DASS. « Mais la mobilisation de la population restera toujours nécessaire pour limiter les gîtes larvaires, d’autant que le Bti est dégradable en une à deux semaines », tempère-t-elle.

L’analyse fine des résultats (mortalité et impact sur les populations), attendue dans quelques mois, permettra d’arbitrer l’utilisation du Bti à grande échelle dans la capitale, dès la prochaine saison chaude.

Dix gobelets par maison

Pour tester l’efficacité des pulvérisations de Bti à la Vallée-des-Colons, sept maisons tests ont été sélectionnées, avec l’accord de leurs habitants. Chaque mardi de janvier, au petit matin, deux équipes disposent autour de chaque habitation (jardin, gouttières, etc.) dix gobelets contenant chacun vingt-cinq larves de moustiques Aedes Aegypti. Le Bti est pulvérisé sur cinq maisons (les deux autres servant de témoins), puis les gobelets sont récupérés pour un contrôle de la mortalité des larves après 24 heures.
Les larves de moustiques exposées au Bti, dans le laboratoire de la DASS.

Wolbachia ou le moustique inoffensif 

En partenariat avec la Monash University de Melbourne, la Ville de Nouméa et l’Institut Pasteur, la DASS participera prochainement au développement de la méthode Wolbachia en Nouvelle-Calédonie, aussi baptisée « Projet Eliminate Dengue ». Testée depuis plusieurs années dans cinq pays à travers le monde, dont l’Australie, elle consiste à effectuer des lâchers de moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia. Présente naturellement dans l’organisme de nombreux insectes, cette bactérie a la propriété d’empêcher la réplication des virus, et donc leur transmission. La méthode consiste à introduire la bactérie Wolbachia dans le corps du moustique, qui le transmettra naturellement à sa descendance. Elle pourrait être testée localement d’ici à deux ans.

Source gouvernement



Environnement | Les videos | Les archives