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Saint Louis, la goutte d'eau ? par Stephane Renaud

Lundi 31 Octobre 2016

La situation continue de dégénérer à St Louis, attisant les flammes des commentaires plus ou moins violents. Chaque groupe semble avoir choisi son camp et les insultes fusent. Toute la cristallisation des rancœurs accumulées ces derniers mois (voire années) ressort en un flot à peine contenu sur Face de bouc.





D'un côté, la haine que certains kanak portent aux autres, héritage savamment entretenu par des leaders indépendantistes qui ont pourtant signé les accords de Nouméa incluant un passage sur le destin commun. De l'autre, l'exaspération d'une large partie de la population – toutes ethnies confondues - qui n'en peut plus. Au milieu, certains politiciens qui soufflent le chaud et le froid, et indirectement préparent un creuset propice pour un futur embrasement.

Il y a dans la situation actuelle quelque chose de pathétique et de tellement prévisible. Chers calédoniens, non, vous ne rêvez pas. Les masques tombent progressivement et le rêve d'une société unie, construite ensembles s'éloigne un peu plus chaque jour. Car, malheureusement, l'ambiguïté de l'accord de Nouméa est en train de nous péter à la figure. Nous regardons ébahis cette grenade dégoupillée en nous demandant à quel moment l'explosion va se produire.

En effet, derrière le mot ‘destin commun’, le très cher rédacteur Enarque de son Etat a glissé deux définitions totalement contradictoires en faisant croire à ceux qui voulaient l’écouter qu’elles étaient similaires :

• La première, pour les non indépendantistes, s’appuie sur une communauté de destin
• La deuxième, pour les indépendantistes (kanaks ou non) s’appuie sur la théorie du peuple premier et l’érige en tant que poteau central autour duquel les autres communautés seront accueillies (ou tolérées selon la définition que l’on veut bien donner).

Cette très habile rédaction a permis de repousser à "Demain" (en nous n'z'autres dans le texte) le nécessaire travail sur ce qui fonde le vivre ensemble et les valeurs communes d’une société (chaque partie développant sa vision dans son coin). Ce n’est pas un jugement ni une critique. Nous avons quasiment tous signé l’accord, et pourtant, nous avons soigneusement mis un mouchoir sur la partie « construction de la société calédonienne».

Pourquoi ? Tout simplement parce que la définition n’était pas univoque et qu’il n’était pas possible de construire sur ces bases.

A l’approche des échéances de 2018, force est donnée de constater que tout est en train de voler en éclat. Chaque partie revendique légitimement son droit d’inventaire. Les uns estiment qu’ils sont les premiers (notion dont on pourrait débattre pendant des heures mais ce n’est pas le sujet), les autres s’appuient sur leur droit à vivre sur cette terre au même titre que les autres. Et ce ne sont pas les circonvolutions convergentes et divergentes de nos experts (Miami ? Las Végas ?) qui vont inventer la potion magique de la génération spontanée des valeurs communes …

Car, ne nous y trompons pas, comme le socle de notre société n’existe pas, nous sommes toujours dans une conquête du pouvoir entre les kanaks et les non kanaks. La peur de la dilution chez les uns fait écho à la peur de ne plus pouvoir décider chez les autres. Dans ce contexte, la communauté de destin n’est plus qu’un paravent qui sert à masquer des objectifs diamétralement opposés. Et comme la société calédonienne en tant qu’entité unique et unie n'est qu'au stade du rêve (ou de l'utopie selon le degré de confiance que l'on a dans le processus actuel), les jeux de pouvoirs des politiques ne peuvent pas être contrebalancés par un mouvement populaire fort qui pourrait s’opposer aux dérives actuelles.

Laisser cette situation en l’état, c’est rendre le risque de franchir le point de non retour, à la plus grande joie des extrémistes qui n’attendent que cela. Saint Louis risque alors de devenir la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Et pour couronner le tout, il n’y a même plus le palliatif de l’emploi et du développement économique pour contrebalancer nos divergences (et oui, pendant les années 2000, nous avions le plein emploi et le développement de la consommation a aussi masqué les divergences de fond). A ce niveau, la crise pourrait aussi jouer le rôle d’un catalyseur renforçant les clivages.

2017 est l’année du coq ... de feu. C’est le seul animal qui chante les deux pieds posés sur un tas de fumier … nous devrions nous reconnaître dans cette année chinoise à venir.

FB Stephane Renaud



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