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Retranscription de l'interview de Roch Wamytan sur NC1ère

Mardi 5 Novembre 2013

Retranscription "mot à mot"

Journaliste : Rock Wamytan, bonsoir !

Rock Wamytan : Bonsoir !

Journaliste : Vous êtes le président du Congrès, une des figures de l'UC, vous arrivez tout juste de Lifou, où se tient le 44e congrès de l'UC. Actuellement se déroule l'élection du président et vous faites partie des quatre candidats proposés par les comités locaux, avec Pierre Chanel Tutugoro, Daniel Goa et Gilbert Tuyénon. Qu'est-ce que ça vous fait d'être plébiscité ?



Retranscription de l'interview de Roch Wamytan sur NC1ère
 
Rock Wamytan : C'est pas un plébiscite puisque ce sont des propositions qui émanent des comités locaux. Les structures de l'UC sont ainsi faites que ce sont les comités, donc un comité local par commune, ce sont des comités locaux qui font des propositions de candidats.
 
Journaliste : Oui, mais votre nom est avancé.
 
Rock Wamytan : Personne ne peut se porter candidat d'office. Bien sûr, mon nom est avancé. C'est pas la première fois puisque dans les congrès passés, mon nom a été, à plusieurs reprises, avancé, soit sur le poste de président, soit sur les autres postes de bureau.
 
Journaliste : À votre avis, est-ce que Daniel Goa, l'actuel président et vu les échéances qui se profilent, a-t-il une chance d'être maintenu dans sa fonction ?
 
Rock Wamytan : Je pense qu'il sera maintenu dans sa fonction. Maintenant, ça dépend des discussions qui ont eu lieu, cet après-midi, en fin d'après-midi, et en début de soirée, juste avant les élections pour le renouvellement du bureau.
 
Journaliste : On aura les résultats dans quelques instants.
 
Rock Wamytan : Oui, c'est ça, peut-être avant 20 h.
 
Journaliste : C'est le dernier congrès avant les échéances électorales. Il a beaucoup été question d'avenir institutionnel, et de cette idée d'assemblée constituante proposée par Daniel Goa. Est-ce que vous avez avancé sur cette question ?
 
Rock Wamytan : Il y a eu un atelier de travail qui a été chargé de plancher sur cette question de sortie de l'Accord, et dans le cadre des travaux et des débats, dans cet atelier, effectivement, monsieur Goa a eu toutes latitudes pour expliquer ce qu'il entendait par la mise en place de cette assemblée constituante. Il y a eu des débats dont je ne peux pas donner la teneur ici parce que le futur président de l'UC le dira demain ou après-demain. En tout cas, on a eu un premier stade au niveau des ateliers de travail, et cet après-midi, au moment où j'ai quitté Lifou, il y a eu un débat général devant plusieurs centaines de délégués de l'UC, présents sur le site de Drehu.
 
Journaliste : Et vous, êtes-vous, vous-même, convaincu de cette proposition de Daniel Goa, parce qu'on sait que vous étiez un petit peu étonné de cette proposition, que vous n'adhériez pas totalement ?
 
Rock Wamytan : J'étais, d'ailleurs comme tous les responsables de l'UC, et même les militants, nous avons tous été surpris de cette proposition du président Goa, puisqu'il s'agissait d'une proposition du président et non de la proposition de la structure UC. Bien sûr, les uns et les autres ont réagi, mais je crois que c'est ce que souhaitait le président Goa pour peut-être faire bouger les lignes ou quelque peu titiller les militants, de façon à ce qu'une réflexion de fond puisse être menée, sur le timing qui est maintenant…, qui doit être mis en place, entre 2013 et la sortie de l'Accord de Nouméa.
 
Journaliste : Pouvez-vous expliquer en quoi consiste cette assemblée constituante ?
 
Rock Wamytan : L'assemblée constituante, telle que nous l'a expliquée le président Goa, c'est une assemblée constituante comme certains pays l'ont mise en place, comme la France a mis en place une assemblée constituante, après la révolution de 1789, actuellement, la Tunisie, après la révolution en Tunisie…
 
Journaliste : Le printemps arabe.
 
Rock Wamytan : Ils ont mis une assemblée constituante. C'est une assemblée qui est chargée de d'élaborer et de rédiger et de proposer à la nation un projet de constitution.
 
Journaliste : Le projet de l'UC ou un projet qui serait discuté avec d'autres partis ?
 
Rock Wamytan : Moi, dans ma compréhension des choses, c'est pas le projet de l'UC. L'UC a un projet, le FLNKS aussi a un projet, puisque nous avons déposé notre projet de constitution au niveau de l'ONU, mais c'est plus un projet de constitution qui sera débattu par une assemblée d'élus, par la Nouvelle-Calédonie par exemple. Et ce sont ces élus-là qui vont donc plancher sur un projet de constitution pour le futur pays.
 
Journaliste : Avant de réagir, Rock Wamytan, je signale juste aux téléspectateurs qu'il y a des microcoupures et que c'est indépendant de notre volonté, un problème de satellite. Vous avez entendu Élis qui disait s'inquiéter par rapport à l'avenir institutionnel, cette notion d'indépendance, finalement, il se demande ce qu'il y a derrière ce que vous proposez. Il y a peut-être pas assez d'explications par rapport à ça.
 
Rock Wamytan : Ce qu'il faut noter dans la réaction de ce micro-trottoir, c'est que toutes ces personnes qui se sont exprimées sont conscientes, expriment leurs motivations de connaître ce qui va se passer dans les mois et années qui viennent. Ils sont conscients de cela. Moi, j'ai été frappé par le nombre de jeunes qui assistent actuellement à ce congrès de l'UC.
 
Journaliste : D'ailleurs, dans ce micro-trottoir, il y avait un des jeunes qui expliquait qu'ils aimeraient bien que les jeunes soient plus partie prenante dans les discussions.
 
Rock Wamytan : Oui, tout à fait. Ils ont d'ailleurs proposé qu'il y ait un jeune qui occupe le poste de commissaire général de l'UC, et qu'ils soient placés sur des postes éligibles au sein des listes communales et provinciales. Donc, on sent quand même une motivation de leur part, et on sent qu'ils sont inquiets aussi, parce qu'ils se demandent ce qui va se passer dans les mois qui viennent et je pense que c'est une inquiétude qui est saine, tout à fait normale (Coupure)…sont organisé depuis vendredi.
 
Journaliste : La jeunesse calédonienne, c'est une préoccupation. Il y en a qui n'ont pas d'avenir, il y a des problèmes de repères, il y a des problèmes d'identité. Est-ce que vous avez un programme, un plan Marshal peut-être, pour cette jeunesse ?
 
Rock Wamytan : Je pense qu'il faut leur donner des raisons d'espérer, d'espérer en ce pays, et d'espérer que les programmes que nous allons mettre en place pour eux, dans les années qui viennent, puissent leur donner un sens à leur vie. Je voudrais rappeler, qu'à plusieurs reprises, les responsables sont venus dire, répéter ce qu'a dit Kennedy, si je ne me trompe pas : ne te demande pas ce que la Kanaky-Nouvelle-Calédonie ou la Nouvelle-Calédonie-Kanaky va t'apporter, mais pose-toi la question qu'est-ce que toi, tu peux apporter pour ton pays. Et ça, je pense que c'est important, parce qu'on interpelle la jeunesse. La jeunesse, elle est là, elle est prête, elle veut faire quelque chose, elle veut apporter sa contribution. Mais maintenant, il faut les appeler, il faut leur offrir quelque chose de façon à ce qu'ils puissent s'exprimer et exprimer concrètement, peut-être le fond de leur pensée.
 
Journaliste : C'est pour répondre à leur espérance, mais vous avez un programme pour la jeunesse ?
 
Rock Wamytan : On a un programme pour la jeunesse, bien sûr. Nous sommes entrain de travailler sur ce programme-là. C'est un vaste chantier, parce qu'il ne faut pas oublier que notre jeunesse est confrontée à des défis majeurs au niveau de la société. On a beaucoup d'exclusion, beaucoup sont marginalisés, ont été mis sur le côté par rapport à leur parcours scolaire, etc. Donc, il faut les rattraper, il faut les ramener dans le droit chemin, et c'est pas toujours facile. Nous sommes en train de réfléchir sérieusement à ces questions-là, et nous allons bien sûr leur proposer des programmes, quand le moment viendra, pour la campagne électorale bien sûr.
 
Journaliste : Parlons stratégie unitaire indépendantiste. Les discussions, est-ce qu'elles avancent par rapport aux autres partis ?
 
Rock Wamytan : Oui, bien sûr, parce que ça remonte à des décisions qui ont déjà été prises l'année dernière, lors de notre congrès de La Foa, avec un objectif : l'unité. C'est un des thèmes majeurs de notre programme. De notre congrès, plutôt. Comment réaliser l'unité des mouvements indépendantistes pour pouvoir atteindre la majorité au niveau du congrès et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
 
Journaliste : Les trois cinquièmes pour pouvoir peser sur la discussion.
 
Rock Wamytan : Voilà. Déjà la majorité relative ou la majorité absolue au Congrès.
 
Journaliste : Mais est-ce que c'est réaliste, ça ? Vous avez, à un moment donné, demandé à ce que les Loyaltiens qui résident sur Nouméa s'inscrivent sur la liste, mais il y a cette histoire aussi de continuité territoriale. Est-ce qu'ils vont pas perdre aussi quelques avantages ?
 
Rock Wamytan : Ça, je ne sais pas, mais en tout cas, c'est le mot d'ordre qui a été lancé par le parti, c'est donc une inscription dans la province Sud parce que le potentiel des voix, c'est bien dans la province Sud que nous pouvons augmenter la participation. Depuis les élections de 2009, nous n'avons que quatre élus sur quarante. Nous sommes en train, de motiver les personnes des îles qui habitent…, et même les gens du Nord, par exemple, qui habitent sur la province Sud, tout simplement de s'inscrire à la province Sud. Ça se passe pas toujours très bien, parce qu'on a quand même des difficultés à les faire inscrire, mais en tout cas, c'est notre objectif, de façon à ce qu'il y ait plus d'indépendantistes qui puissent voter à la province Sud, pour que nous soyons mieux représentés au sein de l'assemblée de la province Sud et, par voie de conséquence, au Congrès.
 
Journaliste : L'indépendance, pour vous, n'est pas négociable, vous l'avez dit à plusieurs reprises. Mais précisément, quelle indépendance ? Parce que l'éventail est quand même assez large.
 
Rock Wamytan : Quelle indépendance ?
 
Journaliste : Qu'est-ce que vous entendez par indépendance ? Indépendance totale, indépendance en préservant des liens plus ou moins distendus avec la France…
 
Rock Wamytan : Non, non, c'est l'indépendance totale. Il y a 192 pays dans le monde qui sont indépendants, pourquoi pas la Nouvelle-Calédonie-Kanaky ? Donc, nous nous battons pour d'abord l'indépendance de notre pays. C'est un droit, c'est pas un rêve, c'est pas une illusion. C'est un droit. Donc, nous nous battons pour cela et nous nous organisons pour atteindre cet objectif de l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Pas toute seule, puisqu'aucun pays n'est indépendant, seul dans le monde. Nous, nous faisons partie d'une région. Je l'ai toujours dit que nous faisons partie d'une région, c'est la réalité géographique. Nous sommes un pays mélanésien, il y a 10 millions de Mélanésiens autour de nous, il y a l'Australie et la Nouvelle-Zélande, avec les pays de la Polynésie et les pays de la Micronésie. Voilà notre région naturelle. Donc, notre indépendance demain, ça se construit avec la région océanienne.
 
Journaliste : L'indépendance, comment est-ce qu'on la finance ? Parce que, le nickel, on le sait bien, ne suffira pas, d'autant que le fonds de garantie pour les générations futures n'est toujours pas mis en place. Quel est votre plan de financement pour assumer, demain, ce que vous souhaitez ?
 
Rock Wamytan : Déjà les ressources, on a quand même le nickel, outre les ressources naturelles, nous avons des ressources humaines, quand même, en Nouvelle-Calédonie, nous avons une économie qui marche, etc. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut aider l'économie à se développer, aider l'économie, d'abord, à se moderniser…
 
 
 
Journaliste : L'économie hors nickel, vous voulez dire ?
 
Rock Wamytan : Dans son ensemble. Réduire notre dépendance financière vis-à-vis de la France, parce que la France, elle va pas éternellement nous transférer tous ces milliards d'argent par an. À un moment donné, elle va bien falloir s'arrêter, parce qu'en plus, il y a la crise, là-bas. Donc, c'est à nous, ici, à voir, sur place comment nous pouvons moderniser notre économie, et puis adapter notre économie à la région dans laquelle la Nouvelle-Calédonie se situe.
 
Journaliste : Plusieurs experts en droit public et économistes, dont Édouard Léonie est Gaël Lagadec, ont écrit que la Nouvelle-Calédonie ne veut pas assumer les transferts de compétences régaliennes. La défense et la monnaie, notamment. Pourquoi les réclamer alors, si c'est difficilement…
 
Rock Wamytan : On ne les réclame pas. C'est quelque chose de tout à fait normal. Lorsqu'un pays devient indépendant, l'autorité de tutelle qui l'a colonisé pendant des années, des années et des années, lui cède tous ces droits. C'est comme ça, ça se passe partout comme ça. Maintenant, il y a ces compétences que vous dites régaliennes. On va regarder de près chaque compétence, on va savoir, on va se demander, par exemple, si on a besoin d'une armée. Est-ce qu'on a besoin d'une armée ? On sait pas. Donc, il faut en discuter. Nous avons l'Australie à côté de nous, il y a des choses négociables, mais actuellement, justement, par rapport au rapport des experts du comité de pilotage de l'avenir institutionnel, malheureusement, toutes leurs hypothèses, c'est avec la France. Nous, on essaye de voir avec les autres pays et notamment les pays de la région, notre région naturelle.
 
Journaliste : Rock Wamytan, merci beaucoup.
 
Rock Wamytan : Merci.

Source : NC1ère/UC



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