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Prise de pouvoir au gouvernement – Le dessous des cartes

Vendredi 3 Avril 2015

3 avril 2015 blog gaby briault

L’élection de Philippe Germain à la présidence du gouvernement « à la hussarde » n’est pas une initiative bidouillée à la va-vite. C’est le fruit d’un travail de préparation minutieux parce que délicat, entre quatre partenaires qui ne poursuivent pas tout à fait les mêmes objectifs, mais qui se sont accordés sur l’étape du 1er avril. Néaoutyne, les « nordistes » de l’UC, Calédonie Ensemble et l’Etat. Acteurs et Décryptage.

Néaoutyne, relais des socialistes
D’abord l’Etat. Ou plutôt le gouvernement central. Ou même le Président de la République. Il faut en effet se souvenir que la Nouvelle-Calédonie a participé aux primaires socialistes. Sous quelle égide ? Celle du Palika de Paul Néaoutyne. Lequel a ensuite largement contribué à la campagne de François Hollande, même si le mandataire était Marie Paule Robert et le président du comité de soutien Octave Togna.

Aujourd’hui, au sein des institutions, au plan politique, Néaoutyne est considéré comme incontournable. Et avec quelque raison, il est devenu l’interlocuteur privilégié du pouvoir socialiste.



Prise de pouvoir au gouvernement – Le dessous des cartes


Son modèle de développement économique -le seul modèle réellement configuré en Nouvelle-Calédonie- est de surcroît conforme à la pensée socialiste, frondeurs compris ! Et ce qui ne gâche rien, même si André Dang y est pour beaucoup, comme l’Etat d’ailleurs, le patron du Palika, Président de la province nord, a acquis la stature de celui qui a transformé le rêve en réalité : l’usine du Nord.

Paul Néaoutyne avait-il intérêt à favoriser l’accession de Calédonie Ensemble à la présidence du gouvernement ?

Oui. Pour plusieurs raisons. Economiquement immédiates : consolider la position des usines de la province nord en allégeant la facture fiscale e la SMSP, en assurant l’approvisionnement de l’usine Posco, et en développant sans tarder une politique visant à prendre le contrôle du domaine minier calédonien, celui de la SLN compris. Politiquement à court terme : faire progresser les idées indépendantistes contenues dans le transfert des compétences en s’appuyant sur des principes de décolonisation et plus prosaïquement, sur la pression fiscale. Economiquement à court et moyen terme : accroître le contrôle public sur les grands moyens de production et de développement. Et politiquement à moyen terme : faire pencher le referendum vers l’accession à une pleine souveraineté notamment « interne », telle qu’il l’a exposé dans une interview récente accordée au Nouvelle Calédoniennes.

Les « nordistes » de l’UC
Il existe une certaine « porosité » entre le Palika et l’UC dans le nord. A l’exception notable de Gilbert Tyuienon, le maire de Canala, qui visait la présidence de la province nord, et qui s’est fait « bouter » hors de toute responsabilité dans cette province par Paul Néaoutyne.

Une partie de l’UC soutien le schéma d’André Dang et la réussite à tout prix de l’usine du nord, ce qui comprend la stratégie minière mise en oeuvre par le Palika.

Dans cette mouvance, des élus de l’UC, et notamment du nord, n’ont pas de mots assez durs pour fustiger ce qui apparaît pour eux des faiblesses fiscales et un manque de détermination contre les lobbies économiques d’importation du sud proches notamment du Rassemblement et d’une partie de l’UCF.

Et puis, au sein de l’UC, chaque désignation du Président du plus vieux parti politique calédonien montre les lignes de division, et demain peut être, de fracture, entre le sud de Roch Wamytan, et il y a peu, de Charlie Pidjot, et le nord de Naouna puis de Goa.

Dans ce contexte, le patron de l’UC a décidé d’imposer son point de vue brutalement.

Calédonie Ensemble « coincé »
La chute du gouvernement provoquée par la démission de la liste Calédonie Ensemble ayant abouti à une impasse, deux choix se présentaient à Philippe Gomes :

    soit effectuer une retraite stratégique en préservant la solidarité du bloc loyaliste,
    soit passer en force en brisant un certain nombre de digues et surtout, en contredisant ses déclarations publique excluant fermement toute hypothèse d’une élection de Philippe Germain avec le concours des voix indépendantistes.

Coincée, Calédonie Ensemble devait se déterminer sans trop tarder, au risque de paraître ridicule. C’est donc la deuxième hypothèse qui a été choisie, probablement encouragée par les socialistes et quelque deus ex machina de leurs rangs. Et peut être le Président lui même …

Le rétablissement de l’ordre institutionnel en Nouvelle-Calédonie avec le soutien des kanak indépendantistes et accessoirement, ce qui pourrait apparaître comme un coup porté aux sarkozystes locaux n’est, en effet et à court terme, pas une mauvaise affaire pour le gouvernement socialiste.

Pour le patron de Calédonie Ensemble, c’était d’abord administrer une nouvelle preuve qu’il est capable d’obtenir ce qu’il veut et qu’il est devenu sinon le seul, l’homme fort de Calédonie.

C’était ensuite conquérir les moyens -et au total, ils sont considérables- d’assoir son pouvoir pour le moyen et le long terme. Province sud, gouvernement, sièges à l’Assemblée nationale, bientôt Conseil économique et social, en 2017 les 2 sièges de sénateurs, plus la myriade d’organismes et d’établissements contrôlés, de Promosud à la BCI. C’est du très lourd.

L’avantage de Philippe Gomes sur ses adversaires, c’est d’abord qu’il est seul maître à bord de son parti. C’est ensuite son indéniable capacité à imaginer puis à mettre en oeuvre une vraie stratégie de conquête.

Un scénario en plusieurs actes
« L’axe » Gomes-Néaoutyne n’est pas nouveau. Débat à deux en campagne provinciale, contacts fréquents, considération mutuelle ont forgé une vraie proximité entre les deux hommes. Pour que Paul Néaoutyne donne publiquement sa préférence à Philippe Gomes, pour qu’il accepte de porter à la présidence du gouvernement le représentant du parti qui a construit une campagne électorale contre l’adoption du drapeau de l’identité kanak, il fallait qu’il y en ait, de la proximité …

Avec l’UC, l’approche était plus complexe. Mais les proches d’André Dang, les anti-Pidjot /Wamytan encouragés par des personnalités de haut rang proches du pouvoir socialiste ont facilité les choses. Et incité au coup de force de Goa.

Dans l’avion du Président de la République, au cours de plusieurs séjours parisiens, à l’occasion de la visite de missionnaires véritables mici dominici, le scénario s’est forgé. Le voyage à grand frais pour la mise en service de l’extension de l’usine Posco a été un moment fort de la conclusion de l’accord.

Il fallait laisser passer l’écueil de la réforme de la Loi organique soumise au Congrès, puis opérer rapidement. C’est ce qui s’est passé. L’Etat était évidemment informé jour après jour, et mercredi dernier, heure par heure, et pour cause !

Et c’est ainsi que Philippe Germain et Jean-Louis d’Anglebermes se sont retrouvés mercredi après midi aux commandes du gouvernement calédonien.

Une situation complexe. Explosive ?
Pourtant, le coup de force déconseillé par le Président socialiste de la commission des Lois de l’Assemblée nationale lui même, créée une situation très complexe en Nouvelle-Calédonie. Et cette situation n’est pas qu’arithmétique.

Le camp des loyalistes est durablement divisé. L’Union Calédonienne va connaître de fortes tensions entre le Nord, le Sud et les Iles. Philippe Gomes et Calédonie Ensemble vont avoir bien du mal à expliquer cette alliance avec les indépendantistes dont personne ne croit qu’elle s’est faite sans contrepartie. Economiquement, l’inquiétude régnante risque de s’aggraver. Tout cela dans un contexte morose dans lequel les graves ennuis de l’usine du nord vont accentuer la croissance du chômage.

Les tensions vont s’exacerber, c’est une certitude. Le combat politique va devenir plus violent que jamais. Les anathème vont faire florès.

En 1982, le renversement d’alliance entre le RPCR et la FNSC avait fait chuter Dick Ukeiwe  et porté Jean-Marie Tjibaou au pouvoir. Certes, Philippe Germain se rattache au camp loyaliste. Mais le journal « Demain » n’a-t-il pas titré « l’élu du FLNKS » ?

En 1984, le 18 novembre au matin, sous un gouvernement socialiste qui avait fortement encouragé la manoeuvre éclataient les « événements ».

Dans un contexte, il est vrai, quelque peu différent, le pari de Philippe Gomes est plus risqué que jamais, même si tous les pouvoirs sont ou vont être entre ses mains. S’il arrive à convaincre les calédoniens qu’il ne les a pas trahis, il poursuivra irrésistiblement sa montée vers le Pouvoir. Sinon …

FLG/Blog GB



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