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Paul Néaoutyine interviewé dans Mediapart le 26 mars 2018

Mercredi 28 Mars 2018

Beaucoup d’anti-indépendantistes redoutent que l’accession à la souveraineté ne se traduise par la perte de leurs biens. Les indépendantistes sont-ils suffisamment clairs dans leurs intentions en la matière ?
Paul Néaoutyine. : Les non-indépendantistes utilisent ce genre d’arguments pour faire peur. Ils cherchent des exemples, comme le Zimbabwe et le Vanuatu. Il ne faut pas oublier que nous, les Kanak, avons été chassés de nos terres par l’administration coloniale. On nous a traités comme les Indiens en nous cantonnant dans des réserves. Le lien avec la terre est central chez nous. Les noms que nous portons ont à voir avec la terre sur laquelle nous sommes nés.



Paul Néaoutyine interviewé dans Mediapart le 26 mars 2018


Le principe de rétrocession a été acté. C’est nous-mêmes, indépendantistes, qui avons proposé que coexistent trois types de foncier : les terres coutumières redistribuées, sur lesquels s’exerce le droit coutumier ; les terres de droit privé ; et les terres appartenant à la Nouvelle-Calédonie. Nous entendons que le processus de rétrocession se poursuive jusqu’à son terme. Il faut aller au bout de la réforme. Les anti-indépendantistes ont peur qu’on les expulse. Mais nous restons dans le droit prévu par les accords, ni plus, ni moins. Les Kanak n’ont jamais revendiqué toutes les terres. Quand les propriétaires blancs de la côte est sont partis, lors des « événements », ils n’ont pas quitté le pays ! Avec tout l’argent que l’État leur a donné en dédommagement, ils sont allés s’installer sur la côte ouest, où ils se sont réinstallés dans de grandes propriétés.

Un ex-directeur de l’Institut d’émission d’outre-mer, l’IEOM [qui assure le rôle de banque centrale dans les collectivités ayant pour monnaie le franc Pacifique – ndlr], a expliqué que la somme des subventions dont bénéficient les agriculteurs de l’économie marchande est supérieure à la valeur marchande de leur production. Ce qui veut dire qu’il s’agit d’une économie assistée. Nous, dans les tribus, nous mangeons ce que nous produisons par nous-mêmes. Certains propriétaires caldoches neutralisent les terres pour en faire des terrains de chasse. Beaucoup ne sont pas valorisées. Ils demandent des subventions pour défricher, pour obtenir des moissonneuses batteuses, mais au lieu de les partager, chacun veut la sienne, chacun veut son bulldozer.

Paul Néaoutyine: «Nous ne renoncerons jamais à la souveraineté»

26 mars 2018 Par Carine Fouteau (2ème extrait d'interview...)

Source Mediapart.fr



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