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Nouvelle-Calédonie: «Le nickel est un enjeu politique», à lire dans le Figaro

Lundi 17 Septembre 2018

Interview de Xavier Gravelat dans le Figaro du 17 septembre :
INTERVIEW - Après un survol de la mine Vulcain avec Le Figaro, Xavier Gravelat, directeur général de la société minière Georges Montagnat et président du syndicat des exportateurs, fait le point sur les enjeux du secteur. Une question essentielle, deux mois avant le référendum d'autodétermination prévu le 4 novembre.



LE FIGARO - Quel est votre défi majeur aujourd'hui?
Xavier Gravelat - Avoir des coûts nous permettant d'être compétitifs face aux pays dominant le secteur, tels la Chine et ses principaux fournisseurs que sont l'Indonésie et les Philippines. Dans ces pays, les coûts sont entre 8 et 15 fois moins élevés que chez nous en matière de main d'œuvre. L'énergie y est également moins chère et les distances par rapport aux sites de transformation sont beaucoup plus proches. Nous, nous sommes à la fois loin de tout et chers en coûts salariaux, contraintes administratives et énergie. Nous subissons des normes de plus en plus drastiques et une augmentation des blocages imprévisibles de mines empêchant les mineurs d'accéder à la ressource, comme cela est le cas en ce moment à Kouaoua, en province nord. Ce phénomène multifacteurs va crescendo.

Combien de nickel produisez-vous chaque année?
1,4 million de tonnes. Les acheteurs sont principalement des aciéristes produisant de l'acier inoxydable. Des fourchettes aux barrières, le nickel est utilisé pour tout. Ce que nous produisons, nous l'exportons vers le Japon mais également en Chine, voire en Corée mais ce pays exige un minerai trop riche en nickel que nous ne pouvons pas produire. Cette industrie pèse 90% des exportations de la Nouvelle-Calédonie et représente 1 emploi sur 5 sur le territoire calédonien. Au niveau international, l'offre et la demande augmentent. Les batteries constituent un espoir pour la filière, sachant que cette industrie est très souvent soumise à des évènements imprévus (explosion du marché chinois, crise de 2008, arrêt des exportations indonésiennes, offensive économique de Trump, etc.)

Qu'observez-vous de nouveau chez les concurrents actuels?
Jusqu'au milieu des années 2000, le marché du nickel était dominé par des pays où les coûts de production étaient relativement élevés (Canada, Russie, Australie...). Mais depuis, la tendance s'est inversée. Aujourd'hui, la Chine, leader, et le sud-est asiatique dominent le marché. En 15 ans, la Chine a atteint 60% de la consommation de nickel et 40% de la production mondiale. Pour rivaliser, nous devons atteindre un prix de revient compatible avec ces nouveaux standards. La norme atteint 4,5 dollars le demi-kilo (livre) de nickel.

Pourquoi l'irruption soudaine de la Chine sur ce marché déstabilise-t-elle le secteur?
Cela a complètement changé les équations classiques de cycle et de contre-cycle. Nous sommes désormais sur une tendance lourde d'unité de transformation à coûts bas qui le resteront. Nous sommes obligés de nous adapter. Par ailleurs, les aciéristes prennent de plus en plus souvent le contrôle de la production. Cela est extrêmement dangereux pour les acteurs non intégrés qui risquent de perdre leurs marchés.
Si ce leader chinois augmente encore en puissance, cela veut-il dire que vous serez condamnés à terme?
Cela veut dire que nous ne pouvons plus exclure de l'être un jour.

Quel est l'impact écologique de vos exploitations de nickel?
100% des mines que nous exploitons sont d'anciennes mines remises en service. La première chose que nous faisons avant de les exploiter, est de les mettre en sécurité sur le plan environnemental en stoppant leur pollution. Ensuite, après les avoir exploitées, nous plantons des arbres. L'impact écologique n'est pas nul mais la réhabilitation de ces sites abandonnés est positive d'un point de vue écologique.

Pourquoi le nickel est-il un enjeu également politique en Nouvelle-Calédonie?
Le nickel est tellement une question politique qu'on en oublie l'enjeu industriel. En Nouvelle-Calédonie, notamment dans le monde kanak, l'homme est attaché à la terre. Cela nous oblige à une écoute mutuelle permanente. Il faut savoir aussi que ce minerai, pourtant incomparable avec l'or ou le pétrole, suscite un fantasme de fortune assurée. En réalité, il y a du nickel partout. Et si nous ne sommes plus que trois ou quatre entreprises, c'est parce qu'un grand nombre d'acteurs ont fait faillite ou ont été absorbé. Contrairement à une idée reçue, la rentabilité est très inférieure à celle du commerce. Ce que cette industrie implique en investissements et contraintes par rapport au cash-flow qu'elle génère, fait qu'aucun grand groupe ne s'y intéresse s'il n'est pas déjà dans la mine.

Note: la société minière Georges Montagnat, qui exporte du nickel depuis ses propres mines, est aussi l'un des sous-traitants de la Société Le Nickel (SLN), principal opérateur minier de la Nouvelle Calédonie.

Lire l'article dans Le Figaro http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/09/16/20002-20180916ARTFIG00050-nouvelle-caledonie-le-nickel-est-un-enjeu-politique.php

Source Le Figaro, Emmanuel Galiero



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