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Lettre ouverte de Joao d’Almeida retraité de la fonction publique mais pas du syndicalisme :

Vendredi 29 Mars 2019

LETTRE OUVERTE de M. D'ALMEIDA Joao, ancien secrétaire général de la Fédération des Fonctionnaires suite au mouvement de grève des 18,19 et 20 mars 2019

La mobilisation de la Fédération des Fonctionnaires du 18 au 20 mars dernier, la contre-manif des autres syndicats et la position des élus Indépendantistes m’amènent à réagir par le mode de cette lettre ouverte.



Tout d’abord à l’adresse des organisation syndicales.
Depuis 40 ans, je ne compte plus les fois ou j’ai manifesté devant le Congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Avec mon organisation ou en intersyndicale avec tous les autres syndicats, nous avons régulièrement porté devant le Congrès, nos revendications.
Pour la première fois depuis 40 ans des syndicats ont manifesté devant le Congrès, face et contre une autre organisation, au point qu’il a fallu ériger des barrières pour séparer les deux groupes. Cette division étalée au grand jour, devant des élus, qu’on accuse souvent de ne pas savoir s’entendre, est lamentable.
J’invite les responsables syndicaux de toutes les organisations, y compris la mienne à faire en sorte que cette première soit aussi la dernière. On doit être capable de discuter entre nous et surtout on doit s’interdire d’interférer dans des conflits lancés et organisés par d’autres syndicats. De grâce ! plus jamais ça ! 

A l’adresse de élus ! 
Suite a la réception de la délégation de l’intersyndicale USOENC, USTKE, FO, COGETRA, le groupe UC FLNKS à déposé une motion préjudicielle visant à reporter l’examen du texte et le renvoyer en commission. 
Ce renvoi d’un texte en préparation depuis 4 ans, le dernier jour de séance de la mandature faisait courir le risque d’un envoi aux oubliettes, avec aucune certitude d’un examen futur. 
Le motif avoué de cette demande de renvoi tournait autour d’une préparation insuffisante (après 4 ans de négociations avec toutes les parties y compris les provinces et les communes) et une absence d’étude d’impact sur les aspects budgétaires du statut des agents non Titulaires. 
Il faut rappeler ici que ce statut vise notamment à se substituer à la convention collective des services publics qui date des années 50 et qui est devenue obsolète et irréformable au fil des année, elle a été plus ou moins corrigée par des accords d’établissements qui sont très différents d’un employeur à l’autre et donc ne garantit plus une évolution homogène des quelques 6.000 agents concernés. Le statut des ANT offre cette première vertu de permettre de garantir une égalité des droits…

Que la cantinière ou le cantonnier de Bélép ou d’Ouvéa aient les mêmes garanties sociales, de carrière et de rémunération que leurs collègues de l’Anse-Vata.
L’égalité salariale a été dans l’histoire du syndicalisme, ailleurs mais surtout en Nouvelle-Calédonie un sujet fédérateur et fondateur.
Les mouvements lancés après-guerre en Nouvelle-Calédonie ont été la source de la naissance du mouvement syndical calédonien, et même une des inspirations de l’avènement du mouvement union calédonienne.
La revendication d’égalité salariale a inspiré l’invention de cette magnifique devise « deux couleurs un seul peuple ». 
Il faut qu’on m’explique comment 70 ans après, cette exigence de justice peut être conditionnée a des questions budgétaires. 
Nous ne nous désintéressons pas des problématiques budgétaires, parce que ce sont nos impôts qui alimentent le fonctionnement des collectivités au travers des dotations du fond intercommunal de péréquation. En théorie ce fond est distribué selon des critères de population et donc des besoins de la collectivité. Si cette répartition est mal faite ou insuffisante il appartient aux élus de la corriger mais certainement pas aux défenseurs de droits fondamentaux de renoncer à leurs revendications.
Ce motif de renvoi du texte n’est donc ni sérieux ni recevable compte tenu, encore une fois, de la durée de la négociation qui a pris en compte les incidences, qui a reçu un avis unanime positif lors de l’examen du texte en comité supérieur de la fonction publique (ou siègent les provinces et les associations de maires) et un avis positif unanime du gouvernement collégial ou siège notamment le maire UC de Canala.
Force est de constater que c’est l’autre motif non explicité clairement, ou caché, qui a emporté la décision de demander le renvoi.
Ce deuxième motif qui est au cœur de la mobilisation de l’intersyndicale contre le texte, c’est l’instaurations, de règles de représentativité dans la fonction publique. Ces règles sont la transposition exacte de ce qui existe dans le secteur privé et qui découlent de la signature du pacte social.
Il faut remonter au début des années 2000 où est apparue la nécessité de clarifier les relations sociales en identifiant selon des critères mesurables (les élections professionnelles), la représentativité des organisations syndicales.
Il faut rappeler qu’avant l’édiction de ces règles, c’est le gouvernement calédonien qui décidait par arrêté quelles étaient les organisations représentatives sans considération de pesée de l’audience des syndicats. C’est ainsi par exemple que le SOTPM (syndicats ouvriers des travaux publics et des municipalités) dont le président fondateur était Paul UKEIWE, le frère du défunt sénateur, bien qu’ayant une faible audience, était mis au même rang que l’USOENC, l’USTKE ou la Fédération des Fonctionnaires.
Ayant l’oreille du tout puissant J. LAFLEUR, ce syndicat a bénéficié pendant de longues années de moyens et d’une représentation a la CAFAT au FSH au CESE…

On voit bien dès l’instauration des critères mesurables que cette organisation à très vite disparu. C’est un exemple, mais il y en a d’autres.
La transposition de ces règles plus de 15 ans après au secteur public va à l’encontre des intérêts des syndicats minoritaires dans le secteur public, comme c’est le cas dans le privé pour des syndicats minoritaires qui voudraient s’y implanter.
A cet égard, personne ne s’offusque de ce que le débat sur le régime retraite de la CAFAT soit cantonné au MEDEF et aux organisations du privé, alors que plus de 15.000 cotisants à ce régime relèvent du secteur public. Cela est possible par une interprétation abusive de la notion de représentativité, s’agissant d’un régime de protection sociale et non de négociation interprofessionnelle.
L’USTKE faisant partie des syndicats contestataires, il ne fait pas de doute que les élus du Parti Travailliste ont pesé sur la décision du groupe UC-FLNKS, dont ils font partie quand ça les arrange. Cela pose d’ailleurs la question du conflit d’intérêt, sans doute pas caractérisé sur le plan légal, mais en tout cas réel sur le plan moral, pour des élus dont le lien pas seulement honoraire, à une organisation syndicale peuvent être amenés à privilégier l’intérêt de leur organisation au détriment de l’intérêt général, voire électoral pour leur propre groupe.
Au fil des années l’USTKE est devenue ultra minoritaire dans le secteur public, au point qu’elle a été récemment dans l’incapacité de présenter des listes aux élections pour le renouvellement de l’assemblée générale de la mutuelle des fonctionnaires. Fait unique depuis sa création, l’USTKE n’a pas pu présenter de listes non seulement dans la province Sud mais pas non plus au Nord et aux Iles.
Que les élus indépendantistes refusent de voter un texte qui offre des avancées sociales, majoritairement à leur électoral potentiel est disproportionné et maladroit par rapport à l’audience de ce syndicat parmi le personnel concerné. 
J’ai le plus grand respect pour l’organisation USTKE, pour le rôle indiscutable qu’elle joue dans le paysage syndical, et surtout pour les milliers de salariés qu’elle représente.
Cette image est encore partagée par beaucoup de calédoniens. J’ai peur qu’elle ne se dégrade si un jour, par malheur, l’USTKE devenait le SOTPM du mouvement indépendantiste. 
Un mot enfin à l’adresse des stratèges de l’UC FLNKS et de l’UNI qui ont rejeté le texte. 
J’ai cru comprendre qu’à la suite des résultats du référendum la stratégie était d’aller chercher ceux qui n’ont pas encore franchi le pas, sur la base d’un projet de société plus juste. 
Parmi les manifestants pour le vote de cette réforme, il y avait de nombreuses délégations de camarades du Nord, aux Iles la mobilisation a été forte, ce sont pour beaucoup d’entre eux vos électeurs. Certains d’entre vous les considèrent peut-être comme des électeurs captifs, et qu’ils ne changeront pas leur vote pour ça ! C’est un calcul risqué ! Mais c’est un manque de considération envers votre propre électorat ! 
Mais l’ouverture aux autres exige de ne pas laisser à la droite le bénéfice électoral de réformes sociales. 
C’est ce que vous avez fait par votre vote et votre demande de deuxième lecture. 
Continuez comme ça et vos adversaires politiques pourront dormir tranquille.

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