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Le cœur plus léger

Mercredi 5 Décembre 2018

Une deuxième mission de chirurgie cardiaque vient de s’achever au Médipôle. Née d’un partenariat entre le CHT Gaston-Bourret et l’Institut mutualiste Montsouris (IMM) de Paris, elle a permis d’opérer du cœur 42 nouveaux patients calédoniens. Soit un total de 71 interventions chirurgicales réalisées en deux missions et de 87 Évasan évitées en six mois. Et une économie estimée à près d’un milliard de francs par an.





Fruit de la collaboration entre service de cardiologie du CHT Gaston-Bourret et équipes de l’IMM, une première mission-test de chirurgie cardiaque, financée par l’Agence sanitaire et sociale (ASS-NC) a eu lieu au Médipôle du 26 mai au 12 juin dernier. Durant ces deux semaines, 28 malades ont été opérés. Prise en charge par le CHT, la deuxième mission, de même durée, vient de s’achever. Seize spécialistes métropolitains y ont participé : chirurgien, cardiologues, perfusionniste, anesthésiste, infirmières anesthésistes, de réanimation, de bloc opératoire… Pour 42 nouveaux patients opérés – 24 actes de chirurgie cardiaque et 18 de cardiologie interventionnelle (lire ci-dessous) – après consultation collégiale (IMM, cardiologues du Médipôle et leurs confrères du privé) de plus de 300 dossiers. « Ce qui signifie que plus de 300 personnes ont bénéficié de l’avis de gens ultra-compétents et obtenu une réponse adaptée à leur problème : opération, traitement médical… On a gagné des mois ! », se félicite le Dr Anael Lameyse, cardiologue libéral à Païta.

Ce vendredi 30 novembre, Philippe Germain est venu rendre visite aux malades. « À travers ce dispositif, nous poursuivons trois objectifs, explique-t-il : d’abord la qualité de la prise en charge du patient qui reste près de sa famille dans un environnement français et non anglophone, ce qui pour ce type d’intervention est tout de même plus rassurant ». Objectif « atteint à 100 % », les intéressés témoignant leur gratitude d’avoir été opérés ici, et non à Sydney, et d’être déjà rentrés chez eux pour certains !

Revaloriser le service et maintenir les effectifs

Le président du gouvernement souligne ensuite le partage de compétences entre l’IMM et l’ensemble de la profession en Nouvelle-Calédonie, la mission agissant comme un module de formation continue. Enfin, satisfaction, et pas des moindres, la maîtrise des dépenses. « On confirme aujourd’hui que ce dispositif coûte moitié moins cher qu’une Évasan sur l’Australie. » (lire également ci-dessous).

Praticien hospitalier, le Dr Priscille Bouvier est l’un des douze cardiologues du CHT et des deux référents sur cette mission. Elle qui dit avoir besoin d’un avis chirurgical pour exercer son activité, se réjouit de la « vraie discussion médico-chirurgicale » et de la dynamique engagée depuis quelques mois. « C’est une chance qu’une équipe parisienne à la pointe de l’activité cardiologique et chirurgicale vienne ici, nous former et nous apprendre autant de choses. Ça nous donne envie de continuer à travailler à l’hôpital. » Précisions : « Sans chirurgien à ses côtés, le cardiologue hospitalier est réduit à faire un service de gardes, jusqu’à trois par semaine, à travailler la nuit, à traiter les urgences ». Physiquement intenable aussi. « Passé 40 ans, ça devient compliqué. On finit souvent par partir en libéral. » Alors, ce partenariat CHT-IMM, elle le voit comme l’opportunité de « revaloriser un service cardiologie et maintenir une activité et des effectifs à long terme ».

Contractualiser les missions

Autres vertus, optimiser le fonctionnement des blocs opératoires, favoriser la montée en puissance des équipes médicales, et, à long terme, le transfert de compétences. « Nous allons augmenter le nombre de patients opérés par mission, ce qui fera baisser mécaniquement les coûts. Mais, pour garantir la même qualité des soins, il y aura toujours une colonne vertébrale de l’IMM, même si nous viendrons moins nombreux dans le futur et remplacerons progressivement les maillons de la chaîne par des personnels locaux », détaille le chirurgien Mathieu Debauchez, fer de lance de ces missions, particulièrement enthousiaste et investi dans le processus. « Vous avez un outil formidable et le même niveau médical que chez nous. Pourquoi les Polynésiens ne viendraient-ils pas se faire opérer ici ?, lâche-t-il, très sérieux, avant d’ajouter. Vous devriez vendre la santé calédonienne en Australie ! ».

Prochaine étape, indique Philippe Germain, « déterminer avec le CHT, la Cafat et l’IMM comment on passe du stade expérimental à un fonctionnement “normal”, comment on contractualise ces missions de manière pérenne ». Elles devraient intervenir quatre fois par an. En parallèle, le CHT réfléchit à d’autres partenariats du même genre. En cancérologie par exemple…



Des économies substantielles pour le RUAMM

Sept milliards de francs : c’est le coût des évacuations sanitaires supporté chaque année par la Nouvelle-Calédonie. Soit environ 10 % des dépenses du RUAMM. Les 87 Évasan évitées par les deux missions de l’IMM (71 personnes opérées, mais 87 traitées au total) constituent une économie nette pour le RUAMM estimée à 600 millions de francs (le prix moyen d'une Évasan en Australie s’élève à 6,9 millions). Les deux missions ayant coûté 330 millions, l’économie pour la Nouvelle-Calédonie représente donc 270 millions. Au total, sur les 2 milliards de francs imputables aux seules Évasan en cardiologie, de 700 à 900 millions de francs d'économies pour le RUAMM sont espérés chaque année.
Cardiologie interventionnelle

Sur les 42 interventions de la deuxième mission, 18 ont concerné de la cardiologie interventionnelle, ou « structurelle ». Explications du Dr Bouvier : « On n’ouvre pas le sternum pour accéder au cœur, on passe par les réseaux vasculaires, généralement au niveau des jambes, et on remonte des guides à l’intérieur jusqu'au cœur ». Les patients très âgés sont de plus en plus orientés vers ce type de micro-intervention.
Collaboration public-privé

Présidente du conseil d’administration du CHT Gaston-Bourret, Jacqueline Bernut tient à souligner « l’exemplarité de la collaboration public-privé ». Si le dialogue est permanent tout au long de l’année, cette nouvelle mission a permis de l’optimiser. Avec un échange et une interaction de tous les instants, notamment en matière de discussion sur les dossiers des patients. « Nous avons pu bénéficier de conférences, de cours, de formations, et de soirées dédiées au cours desquelles les staffs médicaux permettaient de trancher des situations délicates. C’était vraiment très intéressant pour nous », indique le Dr Anael Lameyse, cardiologue dans le privé. Des soirées auxquelles participaient la dizaine de cardiologues libéraux de la place et leurs confrères de l’hôpital.

Source gouvernement



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