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La réponse à Ronald Frère : le débat est ouvert...

Lundi 17 Septembre 2012

La réponse sur Calédosphère de "Sgopi" à Ronald Frère



La réponse à Ronald Frère : le débat est ouvert...

Cher Ronald Frère,

Voici quelques éléments de réponse qui permettront aux Calédoniens de comprendre que votre analyse sur Kanaky 2014 ou Kanaky 2019 est totalement fausse. Elle est même dangereuse.

Vous vous réclamez avec insistance du droit international pour prétendre que la Nouvelle-Calédonie a déjà acquis l’indépendance, que c’est déjà fait, que c’est écrit, que tout est décidé. Que le seul choix offert à la Nouvelle-Calédonie et à ses habitants est celui de l’indépendance. Bref, qu’en vérité, il n’y a plus de choix librement et démocratiquement possible. Il n’y a plus qu’à s’y plier ou à faire ses valises.

Mais vous semblez ignorer ce que le droit dit réellement à ce sujet. Pour éclairer sereinement nos concitoyens, voici la vérité objective sur le droit international, la décolonisation, l’indépendance et la Nouvelle-Calédonie.

Premièrement, contrairement à ce que vous affirmez, l’indépendance n’a pas été acquise depuis le 1er décembre 1986 et l’inscription de la Nouvelle-Calédonie sur la liste des territoires à décoloniser des Nations Unies.

Votre analyse, fondée sur une interprétation simpliste et partisane de la Résolution 1514 (XV) de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 14 décembre1960, ne vise qu’à faire peur aux gens et à les induire en erreur. Il s’agit bel et bien d’un contresens et donc d’une contre-vérité. S’il est vrai que cette Résolution consacre la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, il est tout aussi vrai qu’elle ne consacre absolument pas l’indépendance des territoires coloniaux de l’époque.

Cette Résolution de 1960 consacre uniquement le droit à l’autodétermination et, en droit international, « autodétermination » (tout comme « décolonisation ») n’est pas synonyme « d’indépendance ». Cela implique un choix, donc plusieurs possibilités. Le droit de choisir démocratiquement ce que l’on va faire. L’autodétermination est un concept qui s’accompagne du « droit pour un peuple à disposer de lui-même. » C’est encore quelque chose compliqué : la notion de peuple est jusqu’à présent restée très floue et n’a jamais été vraiment tranchée sur le plan juridique. Qu’est-ce qu’un peuple ? Qui le compose ? Qui décide où commence et où s’arrête un peuple sur un territoire ? Faut-il parler de peuple ou plutôt de populations, en respectant la diversité et le pluriel ?

L’inscription de la Nouvelle-Calédonie sur la liste des territoires à décoloniser n’a par conséquent pas pour obligation de rendre la Nouvelle-Calédonie indépendante.

Elle n’a évidemment pas pour conséquence de reconnaître, de facto, le drapeau indépendantiste comme drapeau de la Nouvelle-Calédonie, ni Kanaky comme le nom du « pays ». Elle n’a pas non plus pour conséquence de placer de manière automatique et sans consultation démocratique la Nouvelle-Calédonie sur la voie de l’indépendance.

En réalité, elle a pour conséquence unique de reconnaître aux populations (au pluriel, donc il ne s’agit pas seulement du peuple Kanak) installées en Nouvelle-Calédonie le droit de choisir librement leur statut politique.

En droit international, l’autodétermination équivaut donc à la possibilité pour un territoire de choisir librement son statut politique grâce au vote de tous, ce que l’on appelle le suffrage universel. On est bien loin de l’indépendance !

Mais de quel choix est-il question en fait ? Et comment fait-on pour effectuer ce choix ?

C’est la Résolution 1541 (XV) de l’Assemblée Générale des Nations Unies adoptée le 15 décembre 1960 (le lendemain de l’adoption de la Résolution 1514) qui définit en droit international les trois options pour l’autodétermination :

« On peut dire qu’un territoire non autonome a atteint la pleine autonomie :

a) quand il est devenu un Etat indépendant et souverain ;
b) quand il s’est librement associé à un Etat indépendant ; ou

c) quand il s’est intégré à un Etat indépendant. »

Vous le voyez bien, Ronald, en droit il y a trois choix et non un seul. C’est le droit, et c’est aussi la démocratie.
Au cas où vous auriez encore des incompréhensions, les trois choix proposés sont : l’indépendance, l’Etat associé ou l’intégration dans un Etat indépendant.

Alors attention à la caricature ! Il ne faut pas aller trop vite et supprimer toutes les règles !

Mais il faut aussi continuer à lire correctement les textes et rappeler les autres dispositions de cette Résolution 1541 (XV) qui expliquent que l’intégration à un Etat indépendant se fait lorsque :

« a) le territoire intégré devra avoir atteint un stade avancé d’autonomie, avec des institutions politiques libres, de telle sorte que ses populations [désolé, Ronald mais c’est encore au pluriel, donc cela concerne toutes les populations de Nouvelle-Calédonie] aient la capacité de choisir en pleine connaissance de cause, selon des méthodes démocratiques et largement diffusées ;

b) l’intégration doit résulter du désir librement exprimé des populations du territoire [encore au pluriel, dans le respect de tous et dans la tolérance, deux valeurs fondamentales, décidément le droit international et les Nations Unies n’ont pas réservé le choix de l’avenir politique et institutionnel de la Nouvelle-Calédonie au seul peuple Kanak], pleinement conscients du changement de leur statut, la consultation se faisant selon des méthodes démocratiques et largement diffusées, impartialement appliquées et fondées sur le suffrage universel des adultes ».

Cela vous paraîtra peut-être étonnant, mais ce qui est prévu par les Nations Unies ressemble beaucoup à la situation actuelle de la Nouvelle-Calédonie : un stade avancé d’autonomie, des institutions politiques libres et démocratiques dans lesquelles chacun est libre de s’impliquer, des consultations populaires prévues sur l’autodétermination dans la mandature 2014-2018, dans le respect du principe démocratique issu du suffrage universel.

Au regard des résultats électoraux successifs largement en faveur des candidats et des partis non-indépendantistes, la Nouvelle-Calédonie serait donc plutôt, pour 2014 ou pour 2018, selon les termes du droit international bien sûr, sur la voie de l’intégration à un Etat indépendant : la République française.

Pour résumer donc, au regard du droit international, au regard de la loi :

- vous avez menti en affirmant que « L’indépendance n’est plus le combat du peuple Kanak car elle est déjà acquise depuis le 1er Décembre 1986 » ;

- vous avez menti lorsque vous avez estimé qu’en vertu du droit international le drapeau indépendantiste aurait dû être hissé aux côtés du drapeau de la République française dès 1986 ;

- vous avez menti lorsque en prétendant qu’il n’y a plus aucun aléa sur le sujet de l’indépendance ;

- vous avez menti en scandant : « au plus tard, Kanaky deviendra indépendante en 2019 » ;

- vous avez menti lorsque vous avez écrit que la seule issue possible pour la Nouvelle-Calédonie est l’indépendance négocié par le FLNKS, même en cas d’un vote clair et majoritaire contre l’indépendance lors des référendums prévus, c’est-à-dire même si les populations, consultées par référendum, refusent majoritairement en toute liberté et en toute connaissance de cause l’indépendance.

En réalité Ronald, si je peux comprendre que vos mensonges visent à faire peur à cette grande majorité de Calédoniens issus de toutes les cultures et toutes les origines qui ne veulent pas de l’indépendance, je trouve particulièrement grave de mentir aussi à ceux qui soutiennent la cause indépendantiste.

Une telle somme de contrevérités n’aura comme conséquence que la déception de cette partie de la population, avec tous les risques que cela peut engendrer. Comment va faire le FLNKS lorsque, au réveil du 1er janvier 2014 ou du 1er janvier 2019, vos électeurs, vos militants sincères pour l’indépendance, se rendront compte que vous leur avez menti, que la Nouvelle-Calédonie n’est pas devenue indépendante pendant la nuit, qu’il n’a jamais été prévu qu’elle le devienne automatiquement, que rien est écrit ni décidé par personne, par aucune organisations internationale, et que c’est l’avis donné démocratiquement et majoritairement par les autres populations, celles qui ne veulent pas de l’indépendance, qui l’a emporté ? Que de frustrations, de déceptions, d’incompréhensions il vous faudra gérer ! Comment expliquer alors qu’il faut respecter la démocratie et le vote de la majorité des citoyens ?

Car la vérité Ronald, vous qui semblez si friand de références juridiques, c’est qu’il ne peut y avoir l’indépendance en 2014.

Ce n’est tout simplement pas prévu par l’Accord de Nouméa, votre grande référence, ce n’est pas prévu par la loi organique statutaire de 1999 et ce n’est pas prévu non plus en droit international.

Kanaky 2014 est donc au mieux un rêve, et au pire, un terrible mensonge que le FLNKS s’efforce de répandre parmi une certaine jeunesse Kanak et pour faire peur au reste de la population. Le risque, c’est le déséquilibre, le rejet de l’autre, la fin du dialogue constructif.

La vérité, c’est aussi que les trois référendums servent bien à purger la question de l’indépendance.

Lorsque la majorité des populations concernées se sera prononcée trois fois contre l’accession à la pleine souveraineté et pour un statut ancrant la Nouvelle-Calédonie dans la République française, le droit international et les Nations Unies vont considérer sans doute possible que la Nouvelle-Calédonie a été décolonisée. Il s’ensuit la désinscription de la Nouvelle-Calédonie de la liste des territoires à décoloniser et la fin immédiate, sur le plan juridique, du débat sur l’indépendance. Il s’ensuit aussi l’impossibilité pour le FLNKS de négocier l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie tout seul avec l’Etat français, contre la majorité de la population et en interdisant de manière autoritaire à toutes les autres composantes de la diversité calédonienne de s’exprimer.

Contrairement à ce que vous affirmez, le droit international n’est donc pas en faveur de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Le droit international n’est pas en faveur des positions défendues par le FLNKS. La réalité est que le droit international est conçu en faveur du choix librement opéré par les populations de la Nouvelle-Calédonie, sur la base du suffrage universel et des principes démocratiques.

Et nous le savons tous, le libre choix des électeurs ne sera pas celui de l’indépendance kanak !

Ronald, il faut accepter la vérité, accepter le résultat des urnes et en accepter les conséquences. Cela ne signifie pas la victoire de telle ou telle population contre une autre, mais la voie choisie avec maturité par la majorité.

L’avenir de la Nouvelle-Calédonie ne pourra donc s’imaginer et se bâtir sans celles et ceux qui, comme moi, sont opposés à l’indépendance.

Refuser de reconnaître cette vérité, ce qui semble malheureusement être le cas à la lecture de votre prose, c’est placer le FLNKS en dehors du débat démocratique et des lois internationales.

Quelques réflexions encore. Vous avez dit : « Le drapeau Kanak est donc le drapeau de Kanaky, reconnu et officialisé en 1986 par le droit international ». Nous avons vu qu’au regard du droit international cette affirmation est erronée (pour ne pas dire juridiquement et politiquement fausse). S’il est admis aujourd’hui que ce drapeau est le symbole de la reconnaissance de la légitimité du peuple Kanak, le droit international ne reconnaît pas au peuple Kanak « un droit inné à l’indépendance ». Il lui reconnaît simplement, et c’est important, de même qu’aux autres populations concernées de Nouvelle-Calédonie et de manière indissociable, le droit à l’autodétermination, le droit de librement choisir son statut politique dans le cadre des trois options définies par les Nations Unies. De plus, lorsque vous écrivez que le FLNKS « a accepté depuis 150 ans le drapeau français », vous oubliez bien vite les drapeaux tricolores brûlés ou foulés aux pieds par des partisans de l’indépendance. C’est ça l’acceptation et le respect pour vous ?

Votre analyse me gêne aussi en ce qu’elle oblige « les victimes de l’histoire et la communauté de destin », que vous avez l’air d’apparenter à toutes les populations non Kanak de Nouvelle-Calédonie, comme si seuls ces « victimes » trouvaient grâce à vos yeux, à se ranger du côté du FLNKS dans le processus de l’inéluctable indépendance. Vous prétendez que le FLNKS a consenti des gestes importants envers ses populations, comme par exemple une période « de répit » (c’est bien cela votre idée, c’est ce que l’on dit aux condamnés, un sursis ?) de 30 ans pour se faire à l’idée de l’indépendance, une indépendance forcée.

Mais qu’en est-il du FLNKS ? Vous avez disposé de 30 ans pour vous faire à l’idée que la grande majorité des Calédoniens ne veulent pas de l’indépendance kanak socialiste défendue par votre mouvement politique. Vous avez eu 30 ans pour vous ouvrir aux autres populations de la Nouvelle-Calédonie et à partager leur vision de l’avenir. Vous avez eu 30 ans pour échanger, pour discuter, pour avancer…

Le rééquilibrage, l’éducation pour tous, les soutiens financiers, l’aide au développement, la prise en compte des langues et de la culture kanak, est-ce que tout cela vous paraît inutile ?

Pourquoi est-ce toujours aux autres de faire des compromis en votre faveur ? Pourquoi les gestes doivent-ils être encore aujourd’hui, des gestes unilatéraux ? Pourquoi y aurait-il d’un côté des fautifs pour l’éternité et de l’autre des opprimés pour toujours ? Est-ce ainsi que se construit, dans votre esprit, une communauté tournée vers l’avenir ? Sur l’expiation des fautes et le ressassement du passé ?

Il serait temps que le FLNKS prenne ses responsabilités et qu’il s’imprègne réellement des notions de communauté de destin et de démocratie, pour bâtir l’avenir de la Nouvelle-Calédonie en accord avec toutes ses populations, de toutes les couleurs et de toutes les origines.

Vous écrivez également que « le FLNKS a déjà trop attendu que les communautés de destin s’imprègnent et s’impliquent dans la construction du Pays ».

Trop ? En d’autres termes, pour vous et pour le FLNKS, l’indépendance doit venir dès demain et « il n’y aura plus de nouveau délai ». Un délai de grâce ? Qu’est-ce que signifie exactement ce chantage menaçant ? Mais je vous pose la même question que celle que j’ai posée précédemment : que va-t-il se passer lorsque la majorité de la population aura dit « non » à l’indépendance. Si je suis votre position jusqu’au bout, le FLNKS s’en moque, il méprise le vote démocratique et la diversité, et ce sera tout de même l’indépendance envers et contre tous, car il n’y a plus rien à négocier et il n’y aura plus de délai accordé. Malheureusement, je ne peux que constater que nous n’avons vraiment pas la même approche du destin commun, ni du respect de la démocratie.

« Certains partis politiques n’ont pas assumé leur signature et ont préféré masquer la vérité pour sauvegarder des parcelles de pouvoir », écrivez-vous. Vous visez évidemment les grands partis non indépendantistes, mais mon analyse le démontre clairement : ceux qui n’assument pas leur signature sur les accords passés, ceux qui masquent la vérité, ceux qui déforment les textes de loi ce sont ceux qui, parmi les indépendantistes jusqu’au boutistes, refusent d’accepter que le droit et la démocratie ne leur accorderont pas l’indépendance en 2014 ou en 2019, ceux qui refusent de dire cette vérité à leur militants de peur de perdre leur « parcelle de pouvoir » et d’influence, ceux qui refusent d’entamer des négociations de bonne foi sur une sortie de l’Accord de Nouméa qui permettrait de sauvegarder la dignité, l’histoire et les cultures de tous et la paix en Nouvelle-Calédonie.

S’il faut 30 ans de plus pour trouver cette solution dans la paix, pourquoi refuser, s’il faut 50 ans de plus pour permettre à nos populations de s’imprégner de la communauté de destin, pourquoi refuser ? Qu’est-ce qu’une décennie de plus ou de moins s’il s’agit de vivre en paix et d’offrir à notre jeunesse des lendemains solides ? Cher Monsieur, s’accrocher au pouvoir, par idéologie pure, ne vaut pas le sacrifice de toutes ces populations en attente d’avenir et prêtes à continuer à se comprendre et à s’accepter.

Lorsque vous notez que « le peuple Kanak […] dit que le temps de la construction du pays est venu, qu’il n’attendra plus ceux qui ne veulent pas être prêts », la seule réponse qui me vient à l’esprit c’est que vous ne souhaitez ni la paix, ni la communauté de destin. Au lieu de tolérance et de respect, je ne vois qu’ostracisme et rejet de l’autre. Vous n’avez qu’une idée en tête, qu’un unique projet : imposer votre solution, la solution d’un camp minoritaire, aux autres populations, au mépris de tous les principes démocratiques et au mépris du processus de décolonisation tel qu’il a été prévu par les Nations-Unies.

Sur la viabilité de l’indépendance.

Vous omettez de mentionner que l’économie de la Nouvelle-Calédonie se porte bien grâce aux transferts financiers venus de Métropole et que ces transferts et compensations accordés par l’Etat disparaîtront au lendemain de l’indépendance que vous réclamez tant. Le calcul est simple : la Nouvelle-Calédonie perdra plus de la moitié de ses recettes et son économie se portera beaucoup moins bien. Vous oubliez bien entendu de dire que votre indépendance, faite du « partage de richesses » selon des schémas tirés de la théorie marxiste-léniniste conduira à une baisse considérable du niveau de vie, du pouvoir d’achat des Calédoniens, de la qualité du service public. Que deviendra le système de santé ? Que deviendra l’éducation gratuite pour tous ? L’université ? Les infrastructures publiques ?

En menaçant, en montrant la porte à tous ceux qui ne seront pas d’accord, vous négligez de parler de toutes ces entreprises qui devront mettre la clef sous la porte ou qui seront obligées de licencier des salariés. Qui les indemnisera ? Qui les protégera ?

Vous passez sous silence également, dans vos louanges sur la gestion des deux provinces indépendantistes, la période récente où le budget de la Province des Iles Loyauté était sous tutelle, en raison de la dilapidation de l’argent public par ces chers élus indépendantistes. Quel esprit de responsabilité ! Quel sens de l’intérêt général ! Quel exemple pour les plus jeunes !

La richesse de la province Nord s’est fait sur le dos et grâce à la sueur des entreprises et des travailleurs de la province Sud. Où est donc le mérite ? Certainement pas entre les mains des dirigeants de la province Nord ! Et à qui et quoi sert ce trésor ?

Quant au développement industriel attribué au seul travail des indépendantistes : ces affirmations sont tout simplement grotesques, tellement elles sont fausses. Sans le travail de l’Etat français, sans le travail des ingénieurs, des techniciens, des experts qui sont venus ici, sans le travail de nos parlementaires, sans le travail des élus de tous bords et de la société civile, ce développement que tout le monde admire n’aurait jamais vu le jour.

Et comment construire la Nouvelle-Calédonie de demain sans apports de l’extérieur, que ce soit en termes d’investissement ou de compétences ? Comment pour 2014 ou pour 2018 imaginer un territoire replié sur lui-même, comment proposer à notre jeunesse un projet de société qui refuse les autres cultures, les autres manières de penser, de vivre, les voisins, le monde, les voyages ? Aucun pays au monde ne vit en autarcie (sauf peut-être le Bhoutan, mais c’est éventuellement le modèle social et politique auquel vous aspirez pour les populations ?). Mais en vous lisant, voilà que je comprends mieux : vous voulez bien accueillir des personnes « étrangères » à la Nouvelle-Calédonie à condition qu’elles acceptent de travailler sans perspectives, de ne pas avoir voix au chapitre, de ne pas voter, d’être contraintes à un séjour limité et contrôlé, comme aux pires heures du stalinisme, de se soumettre à toutes les règles fiscales que vous pourrez leur imposer et d’être, en somme, des sous-citoyens de passage. Quelle extraordinaire et progressiste vision de l’avenir ! Quel esprit d’accueil fait de tolérance et de respect ! Ne s’agit-il pas purement et simplement d’une vengeance, de l’expression d’une colère qui n’aura jamais de fin ?

Et enfin, lorsque vous écrivez : « A ceux qui disent qu’ils ont peur de l’avenir et d’une indépendance Kanak ! Le peuple Kanak leur dit qu’il ne peut rien pour eux et il leur conseille vivement de chercher un pays où ils n’auront plus peur », que désirez-vous réellement : que tous ceux qui sont opposés à l’indépendance quittent la Nouvelle-Calédonie ? Que tous ceux qui ne partagent pas votre vision « radieuse » de l’avenir kanak abandonnent cette terre où ils se sentent chez eux, où ils ont travaillé, peiné, aimé tout simplement ? Faites votre valise, partez, laissez ici un seul peuple. Cela rappelle hélas de très mauvais souvenirs de l’histoire du siècle passé, chaque fois qu’un parti ou un groupe a voulu s’autoproclamer supérieur à tous les autres, au mépris de la plus élémentaire morale, au mépris de ce qui fait le cœur de l’homme…

Ce serait cela la communauté de destin telle que l’imagine le FLNKS : une Nouvelle-Calédonie nombriliste, qui exclut toute personne venue de l’extérieur et qui réprime ceux qui ne partagent pas cette doctrine. L’édification d’un état totalitaire. Et moi qui croyais que l’Union soviétique n’était plus. Je croyais que le mur de Berlin s’était effondré. Moi qui pensais que les mors de la Deuxième Guerre Mondiale, les résistants modestes, les jeunes révoltés des maquis n’étaient pas tombés en vain contre le racisme et contre l’injustice. En tout cas, je dis « NON » : NON à l’indépendance kanak socialiste, NON à la tyrannie de la minorité, NON à un destin commun creux, NON à une Nouvelle-Calédonie qui exclut ceux qui souhaitent s’y installer et travailler sincèrement pour son développement, NON à des revendications outrancières d’un autre temps, déconnectées de la réalité d’aujourd’hui.

Je dis OUI à une Nouvelle-Calédonie en paix. OUI à une Nouvelle-Calédonie que l’on construira ensemble, dans la durée et dans le respect égal de toutes ses populations. OUI à une Nouvelle-Calédonie du partage, de l’espoir, de l’ouverture. Il y a chez nous de la place pour toutes les bonnes volontés, pour toutes les différences, pour toutes les cultures. Je ne veux pas dire « au revoir » et claquer la porte, mais je veux dire « bienvenue ! » et ouvrir les bras.

A ceux qui disent « Kanaky 2014 », à ceux qui crient « Indépendance kanak » avec des voix menaçantes, je dis que c’est un leurre. A ceux qui disent, « rentre chez toi », je leur dis « je suis chez moi, ici en Nouvelle-Calédonie, et je n’ai pas d’autre chez moi ». A lire votre discours, cher Ronald Frère, je me rends compte à quel point vous et la minorité de ceux qui pensent comme vous sont loin d’avoir réellement adopté la devise « Terre de parole, Terre de partage ». Ils sont loin de la vraie vie, dans nos tribus, dans nos villages, dans nos villes, une vie qui appelle à une parole de paix et de fraternité.

Ronald, je suis opposé à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie et je suis résolument contre le projet de société fermée que vous proposez. A tous ceux qui veulent avancer, de bonne foi, vers une communauté de destin, quelle que soit leur tendance politique, à tous ceux qui veulent réellement construire la Nouvelle-Calédonie de demain, je leur dis « la République française est assez grande pour nous accepter tous, la Nouvelle-Calédonie est assez grande pour que nous puissions tous y vivre harmonieusement et en paix. Choisissons le chemin du dialogue, créons ensemble une solution politique et institutionnelle novatrice dans la France fondée sur la légitimité égale de toutes nos populations et le respect de nos différences. Nous en avons le talent et l’imagination. Nos jeunes en ont l’intelligence ».

J’invite toutes ces personnes à s’unir dès aujourd’hui, à former un front républicain pour la démocratie et pour la paix, à débattre de l’essentiel pour construire l’après Accord de Nouméa dans le dialogue, dans le respect réciproque et dans la France.

Le message initial de Ronald Frère


http://caledosphere.com/2012/09/04/a-ceux-qui-disent/


Source Calédosphère



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