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La polémique des "ambassadeurs"

Jeudi 5 Juin 2014

Et si le conflit entre le Haut-commissaire et le vice-président Tyuienon avait une toute autre origine que l’affaire de Canala ? De nouvelles informations tendent aujourd’hui à le démontrer. Gilbert Tyuienon aurait en fait voulu nommer « ambassadeurs » certains de ses proches et le haussaire s’y serait opposé.



L’affaire de Canala n’aurait-elle été que la goutte d’eau ayant fait déborder le vase entre Brot et Tyuienon en début d’année ? En effet, dans un courrier adressé au Haut-commissaire en février, le responsable du service de la coopération régionale et des relations extérieures, François Bockel, informait le représentant de l’Etat de l’avancée d’un dossier sensible dont l’objet était:
 
Le recrutement et la formation des délégués pour la Nouvelle-Calédonie affectés dans les postes consulaires et diplomatiques de la République française auprès des Etats du Pacifique 
 
Conformément à l’Accord de Nouméa, et même si la mesure est loin de faire l’unanimité au sein de la classe politique, la Calédonie peut, si elle le décide, affecter dans les ambassades de France de la région Pacifique des représentants appelés délégués, sortes « d’ambassadeurs de la Nouvelle-Calédonie ». Les nominations de ces délégués étant une compétence partagée entre l’Etat via le ministère des affaires étrangères et le gouvernement local. Or, selon une personnalité officiant dans un des services de l’exécutif, Gilbert Tyuienon n’aurait pas cru utile d’associer l’Etat à ces recrutements. François Bockel, le directeur du service de la coopération régionale aurait, avec son vice-président, mis en place le dispositif unilatéralement afin de donner une totale liberté à l’élu indépendantiste dans le choix des nominés. En l’occurrence : des proches de Gilbert Tyuienon.
 
Une méthode « singulièrement discutable » et « sujette à suspicion »
Dans plusieurs correspondances, le Haut-commissaire a ainsi mis en cause en début d’année la méthode et le calendrier de ces futures nominations. Extraits.
 
Ce projet ne consiste pas en un simple recrutement de collaborateurs, mais il relève d’un domaine régalien de souveraineté dont je suis aussi dépositaire (…) Sans vouloir remettre en cause le principe de l’affectation de délégués dans les ambassades et les consulats de la région, la méthode et le calendrier pour y parvenir me semblent singulièrement discutables 
 
En sus du mode opératoire, Jean-Jacques Brot reprochait ouvertement aux services du gouvernement qu’aucun représentant de l’Etat ne participe au jury initialement prévu : celui-ci étant composé en tout et pour tout du Secrétaire général du gouvernement, de François Bockel et… de Gilbert Tyuienon lui-même. Autant dire un jury composé d’un élu et de deux de ses subordonnés. De quoi permettre la nomination de qui bon lui semble.
 
La relance soudaine et accélérée – sans raison portée à ma connaissance – du processus de recrutement des délégués de la NC (…) ne manquera pas d’être sujette à diverses interprétations, pour ne pas dire suspicions, amplifiées par le mode de désignation choisi par votre gouvernement (…) Vous prévoyez une voie de recrutement par contrats à durée déterminée de 3 ans, sans aucune condition réglementaire de titres, diplômes ou expériences 
 
Il s’avérait que les futurs « ambassadeurs » n’auraient à répondre d’aucune formation ou compétence particulière. Pire, la maitrise de la langue étrangère du pays dans lequel ils seraient affectés n’entrait pas non plus en ligne de compte. Plus tard, le haussaire aura enfoncé le clou en s’adressant directement à François Bockel :
 
[Votre] mode opératoire me parait dénué de toute base légale dans la mesure où les emplois permanents de l’administration ont en effet vocation à être occupés par des fonctionnaires (…) Un minimum de garanties réglementaires s’impose pour rendre incontestables les recrutements opérés 
 
De là à croire que selon l’État les recrutements de ces délégués seraient ultérieurement contestés ? Voire. Quoi qu’il en soit, cette volonté du Haut-commissaire de modifier le plan établi par Gilbert Tyuienon et ses collaborateurs a dû suffisamment laisser de traces pour que les rapports entre les deux hommes s’enveniment durant les semaines suivantes; jusqu’à l’incident en séance du gouvernement et la plainte de Gilbert Tyuienon contre Jean-Jacques Brot pour diffamation. C’est de plus à l’aide des propos du haussaire, reçus par mail par François Bockel, que se basent les avocats du vice-président Tyuienon pour l’attaquer au tribunal. Fils de l’ancien ministre sarkozyste Jean-Marie Bockel, un contentieux plus politique pourrait expliquer, selon certains observateurs, la raison pour laquelle le haut-fonctionnaire aurait envoyé les mails de ses échanges personnels avec le représentant de l’État à son vice-président ainsi qu’aux Nouvelles Calédoniennes.

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Source : Caledosphère



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