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LE SOMMET DU KOUAKOUÉ... FACILE !

Lundi 18 Mai 2015

Le massif montagneux des monts Dzumac est le royaume des bois pourris, des mousses et des Elfes. Souvent décrit comme un lieu maléfique envoûtant, ensorcelé, enchanté, il a une image un peu sulfureuse dans l’imaginaire local. Les mélanésiens y situaient jadis leurs légendes et leurs tabous. Et il n’est pas rare que des randonneurs s’y perdent ou parfois y disparaissent ! Mais c’est aussi un massif montagneux proche de Nouméa, facilement accessible grâce aux anciennes pistes minières qui le sillonnent. De nombreux chasseurs le parcourent. Et les aventuriers y partent souvent en “expédition”. Il faut y monter lorsque le soleil se lève. La transparence de l’air, la lumière rasante qui éclaire le tronc blanc des niaoulis, les ombres projetées dans les vallées encaissées donnent une vraie ambiance à la randonnée.



photo JFClair
photo JFClair

Le mont Kouakoué dont le sommet culmine à 1501 m est le 4è sommet du territoire. Il est gardé par une forêt rude et fière, qui ne se livre pas facilement. L’expression “hors des sentiers battus” prend ici toute sa signification. La pioche des prospecteurs n’a pas résonné sur ces versants, la nature y est restée vierge. Le temps a laissé des traces belles et profondes, telle la rivière Ni aux cascades abruptes, aux larges blocs ocres, aux marmites de géant. Et puis, le soir au bivouac, près du sommet c'est le silence sous les étoiles. La nature y est muette, fermée sur sa mémoire.
Selon nos informations, jusqu’à la décennie précédente, il était peu parcouru, car très difficile d’accès. Il est resté longtemps inviolé par son versant sud. Avant 1985, il avait déjà été gravi depuis la côte Est. Luc Chevalier y était monté vers les années 59/60 en remontant la rivière qui porte le même nom. Il avait certainement aussi été exploré par des prospecteurs, des botanistes ou des chercheurs de l’ORSTOM, mais toujours, semble-t-il par la côte Est. 
Pendant de nombreuses années, il a tenu en échec les équipes qui en ont tenté l’assaut par le Sud. Personne n’avait réussi son approche intégrale depuis la vallée de la Ouinné. 
Jean Chatelier avait tracé, un itinéraire de descente après une dépose en hélicoptère au sommet. 
En 1985, deux tentatives échouent. La première a été menée par les Raiders du Mont-Dore par un itinéraire de crête. Leur attaque se situe dans l’est de la côte 528 vers la côte 1047. Il leur a fallu deux jours pour atteindre le point 1317. Mais ils doivent renoncer. 
La seconde expédition composée de Jean Chatelier, Patrick Tissandier, Guy Piolat, Roland Pieron et Alain Houdan décide de suivre un tracé différent. Ils choisissent le cours de la Ouinne jusqu’à la côte 280. À cet endroit, ils remontent la vallée direction NO, puis N et enfin après la côte 571, gagnent la crête vers le point 1107. Des conditions météo très mauvaises les forcent à abandonner (Nouvelles Calédoniennes 23/10/85).
Cette résistance insolite pour un sommet dont l’altitude est modeste s’explique néanmoins par plusieurs facteurs. La pénétration est très difficile à cause d’un couvert végétal dense et souvent aggressif. Le parcours sans être long, est très accidenté. Il faut progresser sur des pierres glissantes et abrsives ou cheminer dans l’eau. Les bivouacs sont précaires. Les conditions météo sont rarement bonnes et la brume enveloppe fréquemment le massif. La pluie modifie rapidement le débit des creeks. L’orientation est délicate surtout dans la partie sommitale. Altimètre, boussole et GPS sont nécessaires.
L’engagement est réel. En cas d’accident, une expédition de secours ne serait pas aisée. Les zones de posé hélicoptère sont rares et le treuillage difficile à cause de la végétation.
Depuis l’ouverture de la piste du mont Ouin, l’accès au sommet du Kouakoué est devenue plus facile mais il reste engagé. La base de son versant SO qui donne sur la vallée de la Ni, est parfois accessible en 4x4 (selon état de la piste). Tracée en 1990 et 1991 par la scierie Barbou (ancienne scierie Mathieu) pour les besoins de l’exploitation forestière dans la haute vallée de la Ni et sur les flancs Sud du Kouakoué, elle devait permettre d’atteindre les peuplements de kaoris qui survivent sur les versants de la vallée. Elle a été abandonnée après un grave incendie qui a détruit une surface très importante de forêt, provoquant la colère des défenseurs de la nature. Elle permet de pénétrer dans une vallée qui était auparavant peu fréquentée à cause des difficultés d’accès. L’approche par la Ni, sur la face SO du mont, peut-être considérée comme la voie normale. C’est un itinéraire qui a de la classe et du caractère.
Mais cette fois... nous sommes partis en pèlerinage de manière plus confortable… En hélicoptère ! Une journée magnifique sans un nuage… L'âge sans doute ! Nostalgie…
Jean-Francis Clair

FLG/Nouvelle-Calédonie Sauvage, Randonnées



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