Connectez-vous

Interview de Jean Pierre DJAIWE, candidat FLNKS de la 2ème circonscription

Mardi 22 Mai 2012

Retranscription "mot à mot" : RNC Vendredi 18 mai 2012



Interview de Jean Pierre DJAIWE, candidat FLNKS de la 2ème circonscription

 

Journaliste : Jean-Pierre Djaiwé est notre invité, ce midi. Bonjour !

 

Jean-Pierre Djaiwé : Bonjour !

 

Journaliste : Jean-Pierre Djaiwé, vous êtes candidat FLNKS pour les législatives dans la 2nde circonscription, avec comme suppléante Caroline Machoro, militante de l'UC. Le FLNKS est donc parvenu, au terme de trois réunions et d'âpres négociations à se mettre d'accord sur des candidatures uniques. Vous affirmez être réunis sous le slogan "L'Accord de Nouméa, c'est notre parole". Les discussions, est-ce qu'elles ont été difficiles pour parvenir à l'unité des candidatures ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Rien n'est jamais facile, et en politique, ça se vérifie. Les partis politiques composant le FLNKS, ce sont des partis indépendants qui ont une organisation, qui ont une manière de fonctionner, et se retrouver ensemble pour nommer un candidat commun à des élections aussi importantes que les législatives, ne sont pas chose facile.

 

Journaliste : Surtout avec l'UC et le Parti travailliste qui font partie de la majorité gouvernementale, aujourd'hui.

 

Jean-Pierre Djaiwé : Tout à fait. ces derniers temps, les choses ont été beaucoup plus difficiles entre nous, au niveau du FLNKS, et il a fallu discuter pour qu'on puisse arriver à des candidats communs dans les deux circonscription, parce que l'enjeu des législatives, cette fois-ci, est un enjeu majeur, et que crois que le FLNKS a montré qu'au-delà des divisions, on peut se retrouver sur des points qui nous unissent, et se retrouver sur des moments forts pour poursuivre le travail qu'on a à faire.

 

Journaliste : Comment vous êtes parvenus à vous mettre d'accord ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Ça n'a pas été facile, mais un certain nombre de critères ont été avancés par les composants, et il a fallu trouver des candidats pour arriver à faire en sorte pour que des candidats entrent dans ces critères-là. Et au final, on arrive à se retrouver avec deux ou trois candidatures. Donc, il a fallu trancher, le principe étant que dans chaque circonscription, il ne faut pas que ce soient deux candidats issus des rangs d'un même parti politique, c'est le principe de l'équité entre les partis.

 

Journaliste : C'est pour ça qu'il y a des candidats Palika et UC.

 

Jean-Pierre Djaiwé : Voilà, candidats Palika – UC, dans la 2e circonscription, et candidats UC – Palika, dans la 2e *

 

Journaliste : N'est-ce pas un handicap de partir en retard dans la campagne ? Vous avez perdu beaucoup de temps, non ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Nous avons effectivement mis du temps à discuter. Et le travail, il reste à faire. Mais je pense que nous avons engagé également les discussions, le travail a été fait pendant les campagnes des élections présidentielles, et les comités de soutien ont fait un travail sur le terrain, et ont appelé les populations à rester mobilisées jusqu'aux élections législatives. Ce travail est à poursuivre, bien sûr.

 

Journaliste : Donc vous êtes déjà partis en campagne ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Oui, on n'a pas attendu que les législatives démarrent. Quand ont a fait les tournées au moment des élections présidentielles, nous avons dit à nos populations, que c'était important de se mobiliser pour le candidat de gauche, François Hollande, et qu'il fallait, après, lui donner la possibilité de pouvoir avoir une majorité au parlement français, pour pouvoir mettre en place sa politique.

 

Journaliste : Sauf que l'appel à voter François Hollande n'a pas été entendu partout. Un taux d'abstention quand même assez important. Il n'y a guère que les provinciales qui mobilisent davantage. Vous allez faire comment pour inciter les gens à se mobiliser ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Là, c'est vraiment une préoccupation que nous avons, parce que, au vu des résultats des présidentielles, qui est une élection, pour un certain nombre de nos électeurs, une élection lointaine. Mais on a pu constater également, au moment des législatives de 2007, et aussi aux provinciales, qu'en fin de compte, il y a toujours un taux d'abstention qui est assez fort. Donc, il y a tout un travail qui est à faire par nos comités de soutien locaux auprès de la population, pour les convaincre, les sensibiliser de l'importance de ces élections qui arrivent.

 

Journaliste : Il y a Michel Jorda qui se positionne dans la 1ère circonscription, dans la 2e, il vous soutient, vous. Dans la 1ère circonscription, il y a deux candidats de gauche.

 

Jean-Pierre Djaiwé : Disons que, pour ce qui concerne les candidats du FLNKS, ils vont peut-être pas aller chercher les électeurs de ce côté-là, mais Jorda aura son électorat. Le plus important, c'est sa position qu'il aura au moment du 2e tour, si le candidat FLNKS, dans la 1ère circonscription arrive, et c'est ce qu'on espère, à passer le 2e tour, il faudra que monsieur Jorda fasse un appel à ce que son électorat puisse voter à gauche.

 

Journaliste : Quels sont vos thèmes de campagne ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Nous avons commencé avec les élections présidentielles. Les comités locaux de soutien qui sont assez actifs, ont déjà fait un travail de terrain. Le slogan, vous l'avez dit, c'est "L'Accord de Nouméa, c'est notre parole".

 

Journaliste : Donc vous êtes pour l'application pleine et entière de l'Accord de Nouméa, aller jusqu'au bout du processus.

 

Jean-Pierre Djaiwé : Tout à fait.

 

Journaliste : Que pensez-vous de ce qu'a proposé Pierre Frogier, de discuter, de négocier une solution avant 2014 ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : C'est une proposition qui a été faite et discutée, lors du dernier comité de suivi des signataires, l'année dernière, et ça a été acté. Un certain nombre de comités de pilotage ont été mis en place, pour commencer à discuter sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. La position du Palika, c'est de dire : on peut en discuter, mais la négociation sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, pour le moment, il n'en est pas question. Il faut mener ce processus qui a constitué l'Accord de Nouméa jusqu'à son terme, et après, on verra. De toute façon, il y a pas à s'inquiéter, parce que souvent, on entend dire qu'à l'approche de 2014, il y a des risques, et ce sont des gens qui tiennent ces propos-là qui font peur. Ils disent que les investisseurs ne viendront pas, l'investissement va être réduit, il y a un risque, il faut tout de suite négocier. Non ! Je veux dire, l'Accord de Nouméa dit qu'il y a trois référendums qui peuvent être organisés, et ce processus nous mène jusqu'en 2022. Et en 2022, on peut rediscuter. Mais pendant tout ce temps, l'organisation institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie reste la même. Il y a les provinces, il y a le gouvernement, il y a les communes, rien ne change, et donc, il n'y a pas d'inquiétude à avoir. L'Accord de Nouméa, comme nous le disons, dans notre slogan, l'Accord de Nouméa, c'est notre parole. C'est notre parole, et nous voulons qu'il soit mis en œuvre entièrement. Quand nous avons signé l'Accord de Nouméa, on connaît la situation politique de la Nouvelle-Calédonie, mais ça, c'est notre parole, et au moment où se fera le référendum, parce que je crois que c'est un petit peu ça, l'inquiétude de ceux qui brandissent des menaces, c'est que le FLNKS, au sortir des élections, risque de mener des bouleversements, appeler à la violence. Non ! La parole donnée du FLNKS, d'avoir signé l'Accord de Nouméa, et il veut qu'il soit respecté.

 

Journaliste : Il y a un point qui a fait polémique, la montée du drapeau FLNKS aux côtés du drapeau français sur les bâtiments publics. Dans l'Accord de Nouméa, il y a la recherche du drapeau commun. Quelle est votre position là-dessus ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Je crois qu'il faut rappeler l'historique. Quand le drapeau de Kanaky a été levé aux côtés du drapeau français, c'était pour que l'on puisse, juste avant les jeux du Pacifique, pour que les deux drapeaux puissent être hissés, à ce moment-là. C'est bien. Lorsque le vœu a été présenté au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, le groupe UNI au Congrès l'a adopté, parce que nous, concernant les indépendantistes dans les établissements publics dont nous avons la charge, les deux drapeaux flottent déjà depuis longtemps. Donc, on n'a pas un problème particulier à avoir les deux drapeaux. Le fait de lever le drapeau, c'est pour un temps qui est bien défini. C'est comme ça que ça a été entendu au départ, c'est pour un temps bien défini. Ensuite, pour nous, qui sommes pour la mise en œuvre totale et entière de l'Accord de Nouméa, c'est bien précisé dans l'Accord de Nouméa qu'il faut des signes identitaires, dont le drapeau. Donc, nous sommes pour que l'on recherche un drapeau pour les Calédoniens.

 

Journaliste : Lors d'un audit sur le chemin parcouru depuis la signature de l'Accord de Nouméa, il a été dit qu'il restait encore beaucoup à faire, en matière de rééquilibrage économique Nord-Sud. Qu'est-ce que vous pensez qu'il faut faire ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Le rééquilibrage, il est loin d'être terminé. La province Nord a mis en place un certain nombre  de dispositifs, d'outils, pour aider la population à aller dans le sens de la mise en œuvre d'une politique économique. Le constat que l'on peut faire aujourd'hui, et les experts l'ont dit, le décollage économique en province Nord ne s'est pas fait. Depuis une vingtaine d'années, la province Nord a avancé à son rythme, avec la population qu'elle a. Une population à très grande majorité kanake, une population qui a sa façon de vivre, qui a sa vision de l'économie. Quand on doit les faire venir dans un monde qui ne leur est pas forcément familier, il faut un temps pour s'adapter, un temps d'apprentissage, et un temps pour s'adapter. Et les choses aujourd'hui commencent à venir. Et quand on essaye de mettre en place ce dispositif, pour faire en sorte à ce que les gens participent à l'essor de l'économie de la province Nord, il faut aussi qu'il y ait quelque part un élément déclencheur qui permette aux gens, là où ils sont, de prendre conscience, et de faire en sorte qu'il y ait un déclic, et cet élément déclencheur, pour ce qui nous concerne, le constat que l'on fait, c'est l'usine du Nord, le projet de l'usine du Nord qui est en train de se mettre en place. Depuis trois ou quatre ans, on voit les choses qui évoluent. Les choses évoluent, les choses changent, et au moment de l'annonce de la construction de l'usine du Nord, disons, on n'a pas vu cela. Les initiatives privées n'étaient pas au rendez-vous à ce moment-là parce que la puissance publique, elle va engager des choses, mettre en place un certain nombre d'outils pour aller dans le sens souhaité, mais il faut aussi l'initiative privée. Et puis, on se rend compte que de l'autre côté, quand on fait ce constat-là, on dit que de l'autre côté, ça avance trop vite. Les autres diront, à une vitesse normale, en province Sud. Mais c'est aussi parce que de l'autre côté, les gens ont les moyens financiers. À la province Nord, nous avons une population qui à très grande majorité est très faiblement monétarisée. Donc, il faut également la puissance publique, mais lorsque l'annonce du projet de l'usine du Nord est arrivée, il y a aussi des discours qui on dit que peut-être ce projet-là ne se réalisera pas. J'ai eu l'occasion de faire visiter monsieur Jean-Jack Queyranne, qui était alors ministre de l'outre-mer, et quand il a vu les résultats de l'usine aujourd'hui, que l'année prochaine, ça va certainement rentrer en fonction, il était très satisfait, parce que, au moment de la signature de l'Accord de Bercy, il a dit, lui-même, que ce projet-là, même à Bercy, au plus haut niveau de l'État, ce projet-là, pour eux, ne se réalisera pas.

 

Journaliste : Je voulais aussi vous faire réagir sur ce qu'a déclaré Gaël Yanno, il y a quelque temps. Il a déclaré vouloir remettre en cause le corps électoral gelé, après la sortie de l'Accord de Nouméa. Quelle est votre position ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Monsieur Gaël Yanno connaît très bien la réaction de la population, ici en Nouvelle-Calédonie, au moment où on a remis en question le corps électoral figé. Le président de la République est venu jusqu'en Nouvelle-Calédonie, Jacques Chirac, à l'époque. Il a rassemblé les signataires au haut-commissariat, les signataires, les parlementaires. Monsieur Yanno, à l'époque, n'était pas un député. Et il leur a demandé : sur quel corps électoral vous avez, les uns et les autres, signé ? Et je crois que les uns et les autres se sont exprimés, et ils ont reconnus avoir signé sur un corps électoral gelé, et c'est la raison pour laquelle on a entendu le président de la République dire, à l'occasion de son allocution, ici, à la place des Cocotiers, aussi en province Nord et en province des Îles, que la parole de l'État qui a été donnée sera respectée. Les choses sont allées dans ce sens-là, au Sénat, à l'Assemblée nationale, au congrès de Versailles, et le corps électoral a été rétabli comme il a été décidé au moment de l'Accord de Nouméa. Je ne pense pas qu'il faille revenir là-dessus. Et ce corps électoral, il sera là jusqu'à l'aboutissement du dispositif, jusqu'à ce qu'on arrive à terme du dispositif de l'Accord de Nouméa.

 

Journaliste : Ça veut dire qu'après, il y a pas de souci, tout le monde pourrait…

 

Jean-Pierre Djaiwé : Aujourd'hui, ce sont les gens qui sont concernés par l'avenir de la Nouvelle-Calédonie qui sont consultés. Il a parlé de 26 mille personnes qui seraient sur le tableau annexe. Mais ces personnes-là ne sont pas directement concernées par l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Ils sont arrivés il y a quelque temps.

 

Journaliste : Une question au standard :

 

Intervenant : Vous parlez d'unité, et par rapport aux autres composantes qui ne font pas partie du FLNKS, par rapport à ces militants, qu'est-ce qu'il en pense ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Vous avez entendu le slogan que je porte dans cette campagne législative, c'est de dire : l'Accord de Nouméa, c'est notre parole. Donc, on va tout faire pour que cet Accord de Nouméa nous mène à son terme. C'est un processus politique d'émancipation, ce n'est pas simplement un statut comme on a vu de par le passé, des statuts qui changent au fil des différents gouvernements qui passent au pouvoir en France. Non, c'est un réel statut, c'est un réel processus politique d'émancipation et de décolonisation. Si vous êtes d'accord avec ce slogan et avec le fait qu'il faut que cet Accord de Nouméa aille jusqu'à son terme, je pense que…, c'est le souci que nous avons aujourd'hui de pouvoir porter cette parole-là à l'Assemblée nationale, parce que depuis 25 ans nous n'y sommes pas. Ce sont des parlementaires de droite, ici en Nouvelle-Calédonie, qui représentent la Nouvelle-Calédonie, mais ils ne portent pas forcément la parole que nous voulons porter, nous.

 

Journaliste : Vous pensez avoir des chances d'être élu dans la 2e circonscription ?

 

Jean-Pierre Djaiwé : Je ne compte pas sur les faiblesses des autres, je compte sur nos forces à nous. Il y a un travail à faire, il y a vraiment un travail à faire, et moi, je lance un appel à nos comités de soutien locaux pour qu'ils fassent ce travail de fourmis sur le terrain, auprès de nos populations, pour les appeler à se mobiliser au 1er tour des législatives, pour que nous puissions passer la barre dans un premier temps, les 12,5 %, et être présents au 2e tour.

 

Journaliste : Jean-Pierre Djaiwé, merci d'avoir accepté notre invitation.


Source RNC



Politique | Les videos | Les archives | Les listes par commune