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Intervention de Pierre FROGIER lors du conseil politique du Rassemblement - 05 décembre 2018 - Mont-Dore

Vendredi 7 Décembre 2018

Mes chers amis, mes chers compagnons.
Merci d'avoir, encore une fois, pris de votre temps pour partager cette soirée. D'autant plus nécessaire qu'il est utile de faire le point tout juste un mois après le scrutin du 4 novembre et surtout d'en tirer les conséquences.
Et d'abord, on a toujours tort d’avoir raison trop tôt !
Combien de fois avons-nous mis en garde contre ce referendum binaire et brutal ?
Combien de fois avons-nous prévenu que cette consultation conduirait à des surenchères ?
Combien de fois avons-nous expliqué que ce référendum n'apporterait aucune solution d’avenir ?
Et nous n'avons pas été entendus.



Intervention de Pierre FROGIER lors du conseil politique du Rassemblement - 05 décembre 2018 - Mont-Dore

Conscient des risques que faisait courir cette consultation, nous avons tenté, sans relâche, de convaincre qu’un nouvel accord s’imposait pour préserver les acquis du partage des responsabilités, et du vivre-ensemble.
Pour avoir affirmé, à de nombreuses reprises qu'un nouvel accord s'imposait, nous nous sommes attirés les critiques de tous nos interlocuteurs.
Les indépendantistes d'abord qui nous affirmaient que ce referendum leur appartenait, que c'était un droit pour eux.
Les critiques, aussi, de notre famille politique, qui nous reprochait de vouloir la priver d'une victoire annoncée.
Celles, aussi, de l'Etat qui nous accusait de ne pas vouloir respecter la lettre de l'Accord de Nouméa.
Eh bien, malheureusement, les faits nous ont donné raison !
Ce référendum, a eu l'effet d'une bombe et nous sommes, aujourd'hui, au milieu d'un champ de ruines !
Alors, certes, chacun se félicite du bon déroulement du scrutin. L'Etat nous explique que, grâce à lui, tout s'est bien passé et je pense que c'est l'une des raisons de la convocation, la semaine prochaine, du comité des signataires. L'Etat nous dira, "J'ai bien fait mon boulot, maintenant, débrouillez-vous entre vous !"
Mais disons les choses !
On oublie un peu vite les pressions exercées par le FLNKS et l'encadrement des électeurs organisé dans toutes les communes dirigées par le FLNKS. On comprend mieux leur insistance pour faire inscrire d'office, coûte que coûte, les électeurs de droit particulier.
On oublie un peu vite, aussi, les provocations et les graves incidents qui ont suivi le scrutin, à Nouméa, à Saint Louis et à Païta, notamment.
Alors certes, nous avons gagné !
Nous avons choisi de rester dans la France !
Et il n'y a pas, en Calédonie, de majorité pour l'indépendance.
Mais ce résultat révèle une partition politique qui se superpose à une partition géographique et à une partition ethnique.
Il ne pouvait pas en être autrement.
La majorité des calédoniens a répondu à la question posée et cette majorité a rejeté l’indépendance.
Mais les autres n'ont pas répondu à la question !
Ils se sont réfugiés dans un vote identitaire.
Ils ont exprimé un vote communautaire.
Ils ont voté pour l'indépendance kanak.
Et ce n'est pas une surprise !
Par ailleurs, comme nous l'avions affirmé, une campagne électorale a fait son œuvre. Cette campagne laisse des traces.
Dans chaque camp, les uns et les autres, ont campé sur leurs positions, ont adopté des postures, ont privilégié la confrontation. Chacun a eu la tentation de durcir le ton pour ne s'adresser qu'à ses extrêmes.
Et c'est vrai, surtout, des leaders du FLNKS qui nous ont ressorti des slogans d'un autre temps, en utilisant un vocabulaire dépassé et en se laissant aller à toutes les outrances et provocations.
Vous vous rendez compte que, trente ans après Matignon, l'un d'entre eux traite les non indépendantistes "d'Axe du mal".
Et il est inacceptable, par ailleurs, qu'un autre qualifie la réouverture du corps électoral, de "crime contre l'humanité".
En conclusion, ce référendum restera comme un immense gâchis !
Bien loin de l'ambition et de l'esprit des accords de Matignon et de Nouméa, il nous obligeait à confronter, brutalement, deux visions inconciliables de notre avenir.
Par définition, il nous emmenait aux antipodes de la recherche de cette communauté de destin.
Et nous nous retrouvons, trente ans en arrière, avec deux communautés qui se font face, les uns qui affirment leur volonté de rester français et les autres qui ne veulent parler que de l'indépendance.
Je le répète, c'est un immense gâchis ! Parce que, depuis la poignée de mains de Matignon, nous étions parvenus à surmonter nos antagonismes.
Après avoir donné et pardonné, nous avions travaillé ensemble dans les institutions, nous avions dialogué, nous avions appris à nous connaître. Nous avions, en permanence, recherché le compromis et fait des concessions réciproques.
Il ne reste plus rien de cette proximité.
Nous étions des partenaires. Nous sommes redevenus des adversaires.
Le 4 novembre a tout emporté !
Le referendum a eu l'effet d'une déflagration.
Il a balayé ce qui restait de l'Accord de Nouméa.
Je rappelle d'ailleurs que l'une des dispositions majeures de cet Accord – le corps électoral glissant, posant les bases d'une citoyenneté en devenir – a été remis en cause par la réforme constitutionnelle de 2007 qui a imposé le gel corps électoral.
Ce jour-là, ce texte qui a été approuvé par 72% des calédoniens a volé en éclat !
Je vous le dis. L'Accord de Nouméa a vécu !
Il avait été signé, en 1998, pour une durée de 20 ans.
C'est un accord transitoire qui définissait pour vingt années l’organisation politique de la Nouvelle-Calédonie.
Eh bien, c'est fini !
Ce n'est plus notre accord et je ne sais pas à quoi va servir le comité des signataires que le Premier ministre doit réunir dans quelques jours.
Mais nous participerons à ce comité. Nous y participerons, forts du résultat du 4 novembre.
Je vous l'avais dit avant le scrutin. Nous ne nous laisserons pas confisquer notre victoire.
Le referendum a tranché très clairement. Une majorité a choisi l'appartenance à la France et ce résultat nous oblige.
Notre responsabilité, celle du Rassemblement, c'est de faire respecter la volonté des calédoniennes et des calédoniens et d'inscrire, enfin, durablement l'avenir de la Calédonie dans la France.
Inscrire durablement notre avenir dans la France c’est, pour le Rassemblement, revenir aux équilibres de Matignon et Nouméa et, notamment, sur la question du corps électoral et des référendums.
Nous avions accepté des restrictions au corps électoral, parce qu'elles avaient un caractère transitoire, mais elles ne peuvent pas durer éternellement.
On ne peut pas priver, indéfiniment, du droit de vote, des milliers de français installés en Nouvelle-Calédonie et qui y ont fait leur vie.
Ils y ont investi, ils y élèvent leurs enfants, ils participent à son développement économique et à sa vie sociale.
Ils sont, aujourd'hui, plus de 40 000 à être privés de ce droit fondamental et c'est une injustice que nous ne pouvons pas supporter.
C'est une discrimination que la France ne peut plus tolérer.
Nous proposerons, pour les prochains scrutins, de revenir à ce corps électoral glissant.
De la même manière, maintenant que les calédoniens se sont prononcé, nous ne rentrerons pas dans le jeu du FLNKS qui exige un deuxième referendum, puis un troisième.
Ce serait une catastrophe pour notre économie, ce serait un désastre pour nos institutions, ce serait un drame pour la paix sociale. Cela différerait, encore, le traitement de tous les problèmes qui concernent notre vie au quotidienne.
Notre avenir, celui de nos enfants et de nos petits-enfants, ne peut pas s'inscrire, seulement, en fonction du bon vouloir des élus du FLNKS.
Alors je sais, par avance, qu'ils seront nombreux à dénoncer notre radicalité.
Mais eux, ils ont déjà capitulé. Ce sont les mêmes qui n'ont rien fait, en 2007, pour m'aider à lutter contre le gel du corps électoral.
Ils disent que l'on ne peut pas toucher au deuxième référendum et qu'on ne peut pas, non plus, modifier le corps électoral, parce que les indépendantistes ne l'accepteront pas.
Mais, dans ce cas, autant laisser le FLNKS faire la loi !
A la vérité, les seuls combats que l'on est sûrs de perdre, ce sont ceux que l'on n'a pas le courage de mener. Et je vous le dis, notre raison d'être au Rassemblement est de nous battre sur ces sujets essentiels.
Mes amis, je veux aussi vous parler de la vie interne de notre mouvement.
Le Rassemblement a fêté l'an dernier ses 40 ans.
Vous le savez, ce n'est pas et ce ne sera jamais, un parti comme les autres.
Le Rassemblement c’est une histoire, c’est un enracinement, c’est une exigence, ce sont des valeurs et c’est une légitimité.
C'est, depuis toujours, le défenseur inlassable de la Calédonie dans la France.
Mais le Rassemblement, c'est aussi une famille.
Et comme dans toutes les familles, nous avons connu, depuis 40 ans, des moments heureux, des moments douloureux, des disputes, des réconciliations, des temps de communion et des instants d'incompréhension.
Personnellement, j'ai été très fier et très heureux de présider, depuis 2005, ce grand mouvement, mais je veux vous dire ce soir.
J'ai décidé de quitter la présidence du Rassemblement.
Ce n'est jamais facile.
Si vous partez trop tôt, on vous reproche de quitter le navire et de dire : "Après moi le déluge !"
Mais si vous partez trop tard, on vous le reproche aussi.
Négociateur et signataire de Matignon et de Nouméa, j'estimais qu'il était de mon devoir d'assumer ma mission jusqu'à son terme et son terme, c'est celui de l'Accord, jusqu'au referendum, pour défendre avec vous le maintien de la Calédonie dans la France.
Je me souviens que, dans cette même salle, en août 1988, au retour de Paris, nous avions, avec Jacques, été pris à partie, car nombreux étaient celles et ceux qui nous reprochaient d'avoir vendu la Calédonie aux indépendantistes.
Je me souviens, qu'en novembre 1988, une majorité de 63% des électeurs de la Province Sud, disaient NON aux accords de Matignon qui devaient mettre en terme à la guerre civile.
Mais trente ans après, la Nouvelle-Calédonie est toujours française et elle le restera.
Vous avez compris que pour moi, c'est une forme de bilan.
Et c'est l'héritage que je souhaite laisser au Rassemblement.
Aujourd'hui, je crois, sincèrement, que le moment est venu de passer le flambeau, mais je resterai bien sûr avec vous, à vos côtés.
Là encore, ce n'est jamais simple d'organiser une succession.
Aussi, j'ai décidé de confier, à Thierry, la présidence intérimaire du Rassemblement avant que, conformément à nos statuts, les adhérents élisent leur président lors d'un congrès et je souhaiterais que ce congrès se tienne après les élections provinciales.
Les qualités de Thierry sont grandes et il a toute ma confiance.
Il est imprégné de notre histoire et de nos valeurs.
Il a le sens du dialogue et du consensus et il s'est révélé dans ses fonctions de président du Congrès.
Il fait partie de cette nouvelle génération qui sera chargée d'accompagner la Nouvelle-Calédonie dans ces années décisives qui s'ouvrent devant nous.
Sa première mission sera de préparer les élections provinciales de mai 2019, avec Virginie au secrétariat général. Il leur reviendra d'y engager le Rassemblement.
Et ils pourront, bien sûr, toujours compter sur moi.
Comme vous tous d'ailleurs !
En quittant la présidence du Rassemblement, je serai un peu plus présent, au Sénat, et je porterai la voix de la Calédonie dans la France à Paris.
Je pense notamment à Nicolas SARKOZY, mais aussi à Gérard LARCHER et à Bruno RETAILLEAU au Sénat, à Christian JACOB à l'Assemblée nationale, à Laurent WAUQUIEZ et à tous nos amis des Républicains. C'est un engagement que je prends.
A Thierry, à Virginie, à ceux qui travailleront à leurs côtés et à vous tous, je voudrais confier une double mission.
Celle de faire un grand Rassemblement, de redonner à notre parti toute la place que l'histoire, les adversités ou les trahisons lui ont confisquée.
Je leur demande, aussi, de maintenir l'unité du Rassemblement et de favoriser l’unité de notre famille politique, car nous avons vocation à accueillir tous les partisans du maintien de la Calédonie dans la France.

Vive le Rassemblement
Vive la Calédonie
Vive la France
Je vous remercie.

Source LRLR



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