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Edouard Philippe dans Les Nouvelles ce matin !

Lundi 5 Mars 2018

EXCLUSIF. Le Premier ministre estime que « la politique ne peut se résumer à des positionnements tactiques ». Il annonce que des contacts vont être pris dans les prochains jours avec les responsables locaux.





Entretien avec Edouard Philippe, Premier ministre

Les Nouvelles calédoniennes : Le G10, que vous avez souhaité et installé, a volé en éclats dès sa première réunion de travail. Vous aviez qualifié « d’essentiels » ses travaux. C’est une situation grave selon vous ? 
Devant le Congrès de Nouvelle-Calédonie, en décembre dernier, j’ai proposé que l’Etat et les responsables politiques des groupes au Congrès discutent de plusieurs thèmes : le bilan politique de l’Accord de Nouméa, l’exercice des compétences transférées ou à transférer, la place de la Nouvelle-Calédonie dans le monde, le socle des valeurs et des projets. Ces thèmes sont essentiels parce qu’ils déterminent l’avenir de la Nouvelle- Calédonie. J’ai suggéré un cadre d’échanges, qui ne se substitue pas aux institutions, comme le Congrès ou le Comité des signataires : les membres l’ont appelé le groupe de travail « Sur le chemin de l’avenir ». Certains responsables, qui ont toute leur place dans ce lieu d’échanges, ont exprimé leur volonté de s’en retirer pour des raisons qu’il ne me revient pas de commenter. Pour autant, je regrette cette décision. Je suis certain de la nécessité de poursuivre les discussions : le dialogue ne peut pas être rompu, ni même interrompu. Il est essentiel. D’ailleurs, il se poursuit dans des formes différentes et multiples, parfois sans l’Etat, faut-il le rappeler.

Cela vous incite-t-il à agir pour ramener chacun autour de la table ? Et comment ?
Des responsables des forces politiques souhaitent poursuivre le dialogue dans le cadre du groupe de travail « Sur le chemin de l’avenir » : je m’en réjouis. Nous allons nous retrouver dans les prochaines semaines pour un Comité des signataires de l’Accord de Nouméa. Avec Annick Girardin, ministre des Outre-mer, je suis déterminé à poursuivre la préparation de cette échéance avec les membres du Comité : des contacts vont avoir lieu dans les prochains jours dans cet objectif.

Faire de la politique, c’est s’engager sur une vision et pour des valeurs et des principes, qui, par construction, ne sont pas partagés par tous. 
Avez-vous le sentiment que les représentants politiques calédoniens font du référendum un élément de campagne électorale en vue des prochaines élections provinciales ?
Pour moi, la politique ne se résume pas à de tels calculs, ni à des positionnements tactiques. Faire de la politique, c’est s’engager sur une vision et pour des valeurs et des principes, qui, par construction, ne sont pas partagés par tous, voire divisent. Pour discuter régulièrement avec les responsables politiques calédoniens, je peux vous assurer que ce sont des perspectives de la Nouvelle-Calédonie dont nous parlons et non d’échéances électorales, aussi importantes soientelles.

C’est la notion de colonisation - et de la négation du peuple kanak qui en a résulté - qui semble être au coeur du débat. Comment résoudre cette question au regard de l’Accord de Nouméa, qui évoque clairement « les ombres et les lumières » de la colonisation ? 
Le préambule de l’Accord de Nouméa pose des paroles d’une grande portée sur le passé, le présent et l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. D’une certaine manière, il constitue un tout, un ensemble indissociable. Mais je vais prendre le risque d’en extraire un passage qui me semble au coeur de la question que vous soulevez : « La décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie, en permettant au peuple kanak d’établir avec la France des relations nouvelles correspondant aux réalités de notre temps. » Le rééquilibrage territorial et économique, la reconnaissance de l’identité kanak, l’emploi local, la citoyenneté… ce sont autant d’actions concrètes qui témoignent d’une refondation de ce lien social durable évoqué par le préambule.

Qu’avons-nous décidé lors du dernier Comité signataire de l’Accord de Nouméa à cet égard ? 
Nous avons convenu que le gouvernement allait solliciter l’Organisation des Nations-Unies pour qu’elle réalise un audit du processus de décolonisation. Une délégation du comité spécial de l’ONU sur la décolonisation est cette semaine en Nouvelle-Calédonie. En parallèle, nous allons aussi actualiser le bilan des réalisations de l’Accord de Nouméa qui avait été établi en 2012.

Le Comité des signataires n’est pas là pour régler tous les différends entre les forces politiques de Nouvelle-Calédonie ! 
Comment le président de la République et vous-même, lors de vos échanges, analysez-vous le risque d’enlisement de la situation ?
Tout d’abord, je note qu’il y a des avancées nettes sur ces derniers mois et ces derniers jours pour l’organisation de la consultation : je pense bien sûr à ce que contient la loi organique et à tous les travaux qui sont conduits avec les forces politiques calédoniennes. Je pense aussi au consensus qui n’est pas contesté sur la date de la consultation, à savoir le 4 novembre ; il revient au Congrès d’en décider. La situation ne peut pas s’enliser : je l’ai dit dès le discours de politique générale. La consultation sur l’accession à la pleine souveraineté se tiendra, elle est prévue par un texte de niveau constitutionnel et elle est très largement écrite dans la loi organique portant statut de la Nouvelle-Calédonie. L’Etat assumera pleinement sa responsabilité, parce qu’il est engagé moralement, politiquement et juridiquement par l’Accord de Nouméa comme signataire. Et nous allons poursuivre tous nos efforts pour que cette consultation, que beaucoup d’acteurs internationaux observent avec un grand intérêt, se tienne de manière exemplaire, à la fois par son organisation mais aussi par son esprit. Cet esprit, c’est pour le gouvernement la volonté réaffirmée de préserver l’actif immatériel de ces trente dernières années, cet actif immatériel qui est constitué par une pratique politique commune, un attachement aux institutions, aux principes qui les régissent… C’est pour cela que je souhaite que nous discutions ensemble de ces éléments structurants pour l’avenir : je pense par exemple au projet de charte sur les valeurs communes qui avait été discuté en 2016 avec les forces politiques. Autant de sujets sur lesquels il y a une convergence entre le gouvernement et les forces politiques calédoniennes.

Si on en reste à cette situation de désaccord entre non-indépendantistes, le comité des signataires du 27 mars peut-il être remis en question ? 
Le Comité des signataires de l’Accord de Nouméa n’est pas là pour régler tous les différends entre les forces politiques de Nouvelle-Calédonie ! Il est un lieu de dialogue politique entre le gouvernement et les autres signataires de l’Accord et – c’est sa vocation première – le lieu pour suivre la mise en oeuvre de l’accord. Nous avons à discuter dans ce cadre habituel de tout ce qui tient à la tenue de la consultation, à son organisation et aussi, je le redis, à ce qui entoure la consultation, avant comme après.

Dès la mise en place de ce G10, l’un des signataires de l’accord, Pierre Frogier, a refusé de siéger. Cette rupture date de votre visite à Nouméa, quand vous avez évoqué la notion de « peuple calédonien ». Regrettez-vous cette expression ?
Je regrette qu’elle puisse donner prise à polémique, d’autant que je n’ai pas été particulièrement novateur dans son usage. Vous me donnez l’occasion d’y revenir ; je le fais volontiers parce que cela participe du bilan politique de l’Accord de Nouméa que j’appelle de mes voeux. Avec quel terme qualifier un ensemble de personnes partageant un destin commun et disposant – c’est le corps électoral défini dans l’accord – du droit à décider d’accéder ou non à la pleine souveraineté ? En sciences ou en philosophie politiques, un tel sentiment d’appartenance et un tel pouvoir sont des attributs – sans doute les plus éminents – d’un peuple. J’observe également qu’avant moi le président du Sénat, Gérard Larcher, avait lui aussi utilisé ce terme sans que quiconque y trouve à redire.

Alors que votre travail lors du Comité des signataires a été unanimement salué, le Rassemblement vous accuse depuis «d’immobilisme » et vous fait même le reproche de «ne pas être un vrai rocardien», car vous privilégiez l’application littérale de l’Accord. Le principe de neutralité du gouvernement peut-il être remis en question? 
Personne ne conteste que le gouvernement doive faire preuve de neutralité dans la préparation et l’organisation de la consultation sur l’accession à la pleine souveraineté. C’est l’une des garanties essentielles pour que la consultation soit sincère et son résultat pleinement légitime. Dans l’organisation même de la consultation, le gouvernement s’engage, avance des propositions : il n’est pas un observateur ou un arbitre. Par exemple, j’ai proposé qu’un comité des sages puisse se constituer pour veiller sur la campagne à venir. Le gouvernement s’est aussi complètement impliqué dans la résolution de la question de l’inscription la plus large sur les listes électorales : il a ensuite proposé une loi organique qui va être débattue tout prochainement à l’Assemblée nationale. Et je peux vous assurer que le gouvernement va continuer à s’engager et être un acteur à part entière pour préparer la consultation mais aussi les mois qui la suivront.

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Source LNC/ALP (Agence Locale de Presse) Philippe Minard



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