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EPLP dit résolument non à la centrale 100 % gaz de la société Nouvelle-Caledonie énergie

Mardi 6 Mars 2018

Après l’annonce publique de l’examen, le 23 janvier dernier, par le gouvernement d’un avant- projet de loi de pays relatif au financement de la centrale 100% gaz de la société Nouvelle- Calédonie Energie (filiale d’ENERCAL), nous espérions que les pléthoriques ONG, collectifs et autres associations dits de défense de l’environnement présents en NC « monteraient unanimement au créneau » pour dénoncer cet investissement 100% fossile dangereux à maints égards. Mais nous n’avons rien vu venir...
Alors c’est une nouvelle fois à EPLP que revient la charge de dire le vrai. Et c’est comme d’habitude sur EPLP seule que vont se concentrer toutes les flèches empoisonnées et toutes les représailles...
En PJ le courrier au président de la République et le CP



EPLP dit résolument non à la centrale 100 % gaz de la société Nouvelle-Caledonie énergie


Donc, après avoir dénoncé durant plus de 10 ans, bien solitairement (et douloureusement) mais avec un BEAU SUCCES, le projet de centrale 100% charbon de la SLN, EPLP dénonce aujourd’hui le projet de centrale 100% gaz pour Doniambo ainsi que la désastreuse gouvernance qui préside aux décisions en la matière.
Et malgré l’annonce de la signature demain 6 mars 2018 de la commande des études relatives à cette centrale par Messieurs Germain et Gomès (pour plus de 600 millions) (1), nous espérons encore un sursaut de lucidité des décideurs et le même succès pour notre revendication tout aussi sage et de bon sens que la première concernant le charbon...

D’aucuns, très mal informés, là-bas et ICI, ont prétendu que le gaz serait « le combustible de la transition énergétique ». Pauvres naïfs ! En effet, si les industriels du secteur de l’énergie le présentent comme propre et efficace, c’est au prix de quelques saisissants « raccourcis » sur son origine et ses conditions d'exploitation.
Depuis plusieurs années déjà, nombre de chercheurs (2) ont averti que le gaz naturel, à l’exception du gaz « renouvelable », est plus polluant que les produits pétroliers qu’il vise à remplacer. Si l’on tient compte des fuites de méthane qui se produisent tout au long de la chaîne de production, de traitement, de transport, de distribution et d’utilisation du gaz, en plus des émissions en provenance des puits orphelins, les chiffres sur lesquels se basent les gouvernements pour justifier l’emploi du gaz comme énergie de transition « ne tiennent pas la route ».
   
Le gaz naturel c’est du méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Si l’on tient compte, comme on le doit, des émissions fugitives, le gaz naturel est donc plus nocif pour le climat que le mazout, le diésel et le pétrole !

Jusqu’où faudra-t-il aller dans la destruction environnementale et les conflits sociaux avant qu’on commence à voir une véritable transition énergétique se mettre en place chez nous ? Le moment est pourtant venu pour tous les acteurs de la société de voir la réalité en face: dans 2 ans il sera globalement trop tard pour le climat.

Ce n’est pas par ignorance que nos élus ne tiennent pas compte de ces études. Nous savons que le déni de la science et la désinformation sont les stratégies qui prévalent dans les sphères du pouvoir politique afin de sauvegarder les intérêts du capitalisme thermo-extractiviste actuel, même si ces stratégies doivent conduire à la destruction de la civilisation...

Parce que ce projet doit bénéficier de divers avantages financiers et garanties de l’ETAT, EPLP a adressé à Monsieur le Président de la République (3) un courrier circonstancié expliquant quelques-unes des excellentes raisons de l’opposition de notre association assorties de quelques propositions.

Vous en trouverez copie intégrale en PJ. Nous retenons particulièrement:

I. Aux plans environnemental et sanitaire
Les bilans environnemental et sanitaire de l’actuelle centrale sont tellement catastrophiques que TOUT vaut mieux.
Mais si le gaz naturel « ordinaire » (craignons plus encore les gaz « non conventionnels »! - 4-) est NOUS DIT-ON, deux fois moins émetteur de CO2 que le charbon initialement choisi, le gaz est cependant officiellement 3 fois plus émetteur que le solaire thermodynamique pendant que pour l’éolien c’est ZERO émission tout court (5).

Avantage incontestable aux ER !

Ajoutons enfin qu’au plan sanitaire, les rejets toxiques de la production d’électricité d’origine renouvelable sont NULS, pas seulement diminués...

Avantage incontestable aux ER !

II. Au plan de la sécurité énergétique
La Nouvelle-Calédonie est aujourd’hui dépendante de l’extérieur pour ses approvisionnements énergétiques à hauteur de 98.7%. A la faveur de l’augmentation de puissance de la centrale en projet, cette dépendance passera à plus de 99%. Pendant ce temps, dans le monde développé, c’est la course à l’autonomie (atteinte par le Costa Rica, 5 millions d’habitants)...
Cette formidable dépendance est une vulnérabilité très préoccupante et dont nous ne voulons plus.

Rappelons que l’investissement consenti produira ses effets durant 30 ans. Le choix doit donc être d’autant mieux pesé que la durée de vie de l’équipement est longue.

Il faut notamment considérer ces incertitudes :

1) que sera le prix du gaz dans 10, 15, 20 ans ? Soleil et vent, eux, demeureront gratuits...
2) que sera le monde à cet horizon ? Les approvisionnements seront-ils encore possibles ?
Bien fou celui qui pense que « tout va continuer comme avant »...
De plus, ce projet « fossile » ne changera pas notre détestable statut de gros pollueur. Il sera donc difficile de justifier ce choix passéiste à l’international...
Avantages incontestables aux ER !

III. S’agissant de développement économique
En prétendant développer une filière gaz pour offrir une alternative plus verte aux secteurs de l’industrie et du transport, ENERCAL-EDF et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie créent un mythe.
Les partisans d’une transition énergétique ambitieuse, c’est-à-dire la plus décarbonée possible, seule capable de permettre au thermomètre mondial de ne pas s’élever de plus de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle (nécessité que rappelle par ailleurs fort hypocritement le communiqué du gouvernement de la NC), ne diabolise pas le gaz en tant que tel parce qu’il y a une distinction à faire entre le gaz d’origine «fossile» et le gaz «renouvelable». Ce dernier peut être produit de trois manières : par la méthanisation issue de la fermentation de matières organiques comme les déchets agricoles, ménagers et de l’agro-alimentaire (biogaz), par la gazéification du bois ou d’autres combustibles végétaux, ou encore par la méthanation, un procédé industriel permettant de transformer les excédents d’électricité en méthane (notamment les excédents d’électricité d’origine renouvelable, ce qui permet ensuite de les stocker dans le réseau de gaz si on n’en a pas d’usage immédiat).
Développer une filière biogaz calédonienne est une très bonne idée. Même si, a priori, la production serait très insuffisante pour couvrir l’ensemble des besoins, ce serait « toujours ça de gagné » (sur nos emplois, notre dépendance, nos finances, la mise en décharge, et notre image) !

Mais cette idée n’est pas venue à nos décideurs...
Avantage incontestable au biogaz renouvelable !

IV.S’agissant de la SLN
La « vieille dame » de Doniambo a beau jeu de faire porter sur nous, société civile, les conséquences de son impéritie... Mauvais choix et gaspillages sans nom depuis des lustres l’ont menée au bord du gouffre. Rappelons que c’est SA SEULE responsabilité.
La part de la société civile que nous représentons peut envisager une forme de solidarité à l’égard de ses salariés mais pas sans contreparties.
Nous demandons instamment depuis longtemps que le secteur mine et métallurgie amorce lui aussi résolument sa transition énergétique. Rappelons qu’il consomme 80% de l’électricité produite et 65% de l’énergie.

Pareil poids lourd ne peut donc « rester à l’écart »...
La petite participation de la SLN à l’investissement de 10% pour profiter de 73 % (160 MW sur 220) de la production nous interpelle. Le déséquilibre est fort, très fort... Au point que nous pensons que ERAMET-SLN n’a peut-être pas confiance dans la pérennité de ses activités calédoniennes ? Inquiétant... Cela mérite quelques éclaircissements !
Nous aimerions connaître le prix auquel l’électricité lui sera vendue : prix de revient ? prix augmenté d’un bénéfice ? de quel ordre ?
Rappelons qu’ENERCAL est une SEM et qu’une bonne part de SES sous sont NOS sous !

V. A propos de gouvernance
Une fois encore nous déplorons l’absence de débat public préalable au choix du combustible. Seul ce projet 100% gaz sera soumis à enquête publique, et lorsqu’il le sera, ce sera bien tard pour prétendre l’amender...
Nous déplorons aussi que les « conseilleurs » (qui ne sont pas les payeurs comme nous ne le savons que trop bien !) soient en conflit d’intérêt (le directeur d’ENERCAL est un agent EDF expatrié et c’est EDF qui vend sa technologie, et la directrice du projet est issue d’ERAMET ...).
Et plus encore, nous dénonçons vivement le fait que les études des alternatives n’ont pas été réalisées (cf la réponse de la Province Sud à notre demande de communication). Comment dans ces conditions prétendre que la solution gaz est la meilleure ?
Jeu, set et match !
Le choix fait et les conditions dans lesquelles il est fait sont très inquiétants pour notre avenir. Défaut de transparence, absence de concertation,
absence de prise en compte de notre vulnérabilité et des formidables enjeux écologiques que nul ne nie plus, absence de « vision » donc, nous amènent à demander gravement « où allons-nous ? ».

La Nouvelle-Calédonie claironne sur toutes les estrades locales et internationales qu’elle s’engage POUR le climat.
Qu’elle le prouve en intégrant une part significative de production renouvelable dans son projet !

Pour EPLP, la Présidente, Martine Cornaille

(1) Actualités du jour du gouvernement de la NC: «
(2) Dans un webinaire organisé par HEC Montréal, Mme Rosa Dominguez-Faust, responsable du Sustainable Transportation Energy Pathways (STEP) de l’Institute of Transportation Studies à l’Université de Californie Davis, a démontré à l’aide d’une série d’études que les émissions de GES liés au gaz naturel sont de 25% à 75% supérieures aux données fournies par l’agence gouvernementale américaine Environmental Protection Agency (EPA). Elle démontre également que les véhicules lourds qui fonctionnent au gaz naturel liquéfié (GNL), émettent davantage de GES que ceux roulant au diésel !
«Les industriels comme Total essaient de nous faire croire que le gaz est une énergie propre alors que les impacts de son exploitation, tant sur les populations locales que sur le climat, sont tout aussi dramatiques que les autres énergies fossiles. Ils nient la réalité pour ne rien changer à leurs pratiques», dénonce Juliette Renaud des Amis de la Terre. Et de citer le cas du Nigeria, où il est reproché à Total l’accaparement des terres lié à l’extension de son usine à gaz d’Obite et surtout la contamination de plus de 140 hectares de cultures suite à un accident majeur en 2012 sur son champ de gaz d’Ibewa.
Le nigérian, Jerusalem Ajie, a interpellé le DG de Total, Patrick Pouyanné, sur le torchage du gaz, pratique consistant à brûler sur place le gaz associé à l’extraction de pétrole. «C’est une problématique majeure au Nigeria, où c’est pourtant interdit depuis 1984, ce qui a été confirmé par un jugement de la Haute cour de justice en 2005,souligne Juliette Renaud. C’est un gâchis énergétique, mais aussi un désastre climatique à cause des importantes émissions de gaz à effet de serre. Et une problématique environnementale et sanitaire avec la pollution locale de l’air, de l’eau et des sols.» Celle-ci ne se satisfait pas de la réponse du patron de Total. «Il a indiqué qu’ils voulaient arrêter le torchage du gaz car il s’agit d’une "perte de valeur", alors que le représentant nigérian l’interpellait sur les problèmes de santé et la perte des moyens de subsistance causés par cette pratique dans sa communauté. Les considérations économiques l’emportent toujours sur les problématiques sociales et environnementales.»
Sur le rôle du gaz pour « effacer » l’intermittence des ER
Le gaz est souvent présenté comme étant nécessaire pour produire de l’électricité lorsque le soleil ne brille pas ou que le vent faiblit. «Ce n’est pas justifié», tranche Anne Bringault de la Coordination Transition Energétique. Selon la coordinatrice, «on a déjà beaucoup de systèmes de stockage ou de flexibilité». Les stations de transfert d’énergie par pompage turbinage signent la convention relative au financement des études de la construction de la centrale thermique inscrite au contrat de développement État/Nouvelle-Calédonie 2017-2021, en présence Philippe Germain, président du gouvernement, et Philippe Gomes, président de la société Nouvelle-Calédonie Énergie, de Nicolas Metzdorf, membre du gouvernement en charge de l’énergie. »

(STEP) offrent de belles possibilités. Des solutions complémentaires sont développées pour permettre de stocker massivement l’électricité non consommée. L’une des pistes les plus prometteuses est la méthanation, qui consiste à produire du méthane à partir des surplus d’électricité. Lequel peut ensuite être utilisé dans les transports ou pour produire de l’électricité dans les périodes où ce serait nécessaire.
Bref, il y a largement moyen de «faire avec» l’intermittence des énergies renouvelables électriques sans que le gaz fossile vienne «généreusement» leur porter secours. Le rapport Vers une France 100% renouvelable en 2050 commandé par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) (caché car dérangeant moult intérêts établis mais révélé par Mediapart) démontre sans faille la faisabilité de la transition énergétique française sans gaz fossile.
Enfin, rappelons que pour espérer contenir le réchauffement à une hausse de 2°C d’ici à 2100, il faudra laisser dans le sol un tiers des réserves de pétrole, la moitié du gaz et 82% du charbon, selon une étude de l’University College de Londres publiée dans la revue Nature.

(3) Copie à
- Monsieur le Premier Ministre
- Madame la Ministre des Outre-mer
- Monsieur le Ministre de la transition Ecologique et solidaire
- Monsieur le Ministre des finances
- Monsieur le Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie. - Monsieur le Président du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
- Monsieur le Président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie
(4) Alain Grandjean, du cabinet Carbone 4 précise que selon des études de la National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA) et de l’université de Cornell, il y a de 6 à 12% de fuites de méthane lors de la production de gaz et huiles de schiste. Or, au-delà de 3% de fuites, il est considéré que le gaz de schiste contribue autant au réchauffement climatique que le charbon. Sans parler des désastres environnementaux et sociaux provoqués par cette extraction...

(5) Tableau comparatif coûts et émissions de diverses technologies

EPLP, N'Géa - BP 32008 - 98 897 NOUMEA Cedex - NOUVELLE-CALEDONIE
Site internet : http://www.eplp.asso.nc – Courriel : eplp.asso@gmail.com

 

Source EPLP



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