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Discours de Pierre Frogier au Comité directeur du Rassemblement le 21 mars 2018

Jeudi 22 Mars 2018

Comité directeur du Rassemblement
– 21 mars 2018 – Intervention du président Pierre FROGIER

Seul le prononcé fait foi
Mes chers amis, mes chers compagnons.
Nous avons souhaité nous retrouver avant le prochain comité des signataires. Il nous faut faire le point de la situation et, notamment, depuis notre dernier rendez-vous, au mois de décembre, et après la déclaration que j'ai faite au Sénat.
Enfin, nous devons tracer les prochaines perspectives d'ici, bien sûr, la consultation référendaire fixée au 4 novembre prochain.




Faire le point de la situation, c'est prendre acte de la décision du Premier ministre, conformément à la lettre de l'Accord de Nouméa, ce référendum binaire et brutal aura lieu.
Le choix sera donc, la France ou l'indépendance. L'indépendance ou la France.
Faire le point de la situation, c'est ne pas regretter d'avoir tenté, pendant près de dix ans, d'emprunter tous les chemins possibles pour atteindre une solution négociée, un nouvel Accord.
Faire le point de la situation, c'est rappeler avec fierté qui nous sommes, ce que nous avons fait car le Rassemblement, c'est une histoire, c'est un enracinement, c'est une exigence, ce sont des valeurs, c'est une légitimité.
Le Rassemblement, c'est l'héritier de la poignée de mains entre Jacques LAFLEUR et Jean-Marie TJIBAOU.

Le Rassemblement, c'est l'un des signataires des accords de Matignon et de Nouméa et il a toujours été à la hauteur de cet héritage, de cette vision et de cette responsabilité.
Depuis dix ans, nous avons cherché, inlassablement, une solution pour sortir, au mieux, de l'Accord de Nouméa et, très tôt, nous avons pris des initiatives pour ne pas attendre passivement l'échéance de 2018.
Dès 2009, j'ai proposé une solution institutionnelle novatrice, celle d'une Nouvelle-Calédonie largement autonome, avec sa propre personnalité, au sein de la République française.
Au-delà des mots, j'ai posé, en 2010, le geste des deux drapeaux qui traduit la reconnaissance mutuelle des deux légitimités qui structurent la société calédonienne et qui affirme que leur avenir est indissociable. C'est, aussi, pour favoriser une confiance réciproque, et pour créer les conditions d'un dialogue apaisé, que j'ai proposé, alors même qu'ils étaient minoritaires, qu'un indépendantiste soit élu à la présidence du Congrès.
Et nous avons poursuivi en proposant, dès 2011, dans la perspective d'un nouvel accord, d'additionner les valeurs que nous partageons et dont nous trouvons les racines dans nos cultures respectives.
Valeurs républicaines, valeurs kanak et océaniennes, valeurs chrétiennes.
Faire le point de la situation, c'est assumer ces choix sans état d'âme, car comme l'affirmait Michel ROCARD, "l'Accord de Nouméa concerne beaucoup plus que la Nouvelle-Calédonie. C'est un acte de civilisation, au sens qu'il jetait les bases du vivre ensemble".
Personne ne pourra nous reprocher de ne pas avoir tout entrepris pour rechercher une solution alternative conforme à l'Accord de Nouméa, nous permettant de continuer la Calédonie du 21ème siècle, en privilégiant une consultation qui rassemble, plutôt qu'une consultation qui divise.

Mais ce referendum binaire étant devenu incontournable, je vous propose de vous y engager pleinement, pour que les calédoniens dans leur grande majorité affirment qu'ils veulent rester français.
Nous avons été, dans l'Histoire, le pilier et le creuset d'une Calédonie ancrée dans la France.
Nous n'avons jamais rien cédé sur l'essentiel et nous avons su résister quand les circonstances l'exigeaient.
Aujourd'hui, face à l'Etat, qui après avoir affirmé qu'il sortirait de l'équidistance chère à François HOLLANDE, fait de l'ambiguïté le mode de gouvernance du dossier calédonien, le Rassemblement doit incarner l'exigence de clarté, le refus de tout compromis.
Non ! Nous n'acceptons pas que, face à l'enjeu du referendum, le seul dont l'avis n'est pas connu, le seul qui ne veut pas s'engager c'est l'Etat.
Non ! Nous n'acceptons pas qu'en cette période sensible de sortie de l'Accord, le rôle de l'Etat se limite à garantir le dialogue, aussi nécessaire soit-il, à jouer les bons offices alors qu'il doit être aussi le garant de ce qu'il incarne : une unité, une souveraineté et une solidarité françaises.
Parce qu'en réalité, derrière cette impartialité affichée par l'Etat, on voit poindre parfois une grande ambiguïté.
Cette ambiguïté, elle est présente dans la mise en place du groupe de travail sur le chemin de l'avenir, le fameux G10, dont on ne sait pas quels sont les objectifs réels. Il devait parler du bilan de l'Accord, des transferts de compétences, de la place de la Calédonie dans le monde et des valeurs.
Et il se retrouve à proposer la date de la consultation et un exposé des motifs qui, pour nous, est inacceptable.
Ce texte a été beaucoup commenté ces derniers jours. Je voudrais vous dire ce que j'en pense.
Il est mauvais dans la forme, parce que c'est un plagiat déshonorant du préambule de l'Accord de Nouméa.
Il est inacceptable sur le fond, parce qu'il dénature, qu'il défigure, ce que nous avons écrit il y a 20 ans.
Le préambule a été écrit en 1998, pour établir une passerelle entre le passé et l'avenir et cette commune lecture de l'histoire, nous a aidés à fonder l'avenir partagé.
Et surtout, nous avons tenté d'exprimer alors une vision de la Nouvelle- Calédonie qui soit acceptable par tous.
Et si, un jour, nous avons à réécrire un préambule, nous ne ferons pas dans la repentance. Il devra traduire les aspirations des nouvelles générations, celles du 21ème siècle.
En réalité, pour toutes celles et ceux qui ont en mémoire les années 80, cet exposé, défendu et revendiqué par Philippe GOMES, est au FLNKS ce que la FNSC a été au Front Indépendantiste en 1982 !
Cette ambiguïté de l'Etat, on la retrouve, aussi, dans la préparation de la formulation de la question.
Et je vous le dis très clairement. Nous n'accepterons pas une question alambiquée ou compliquée.
La question doit être la plus claire possible.
Elle doit être formulée avec des mots simples.
Elle doit pouvoir être comprise par tous.
Nous nous opposerons à des formulations confuses qui pourraient biaiser l’expression de la volonté des Calédoniens.
Nous refuserons, par exemple, que l'on demande aux calédoniens s'ils veulent que la Nouvelle-Calédonie accède, ou non, à la pleine souveraineté.
Ce terme risque de ne pas être compris par le plus grand nombre.
Il faut donc que la question soit claire :
"Est-ce que vous voulez, ou non, l'indépendance de la Calédonie ?"
Ou "Est-ce que vous voulez, ou non, le maintien de la Calédonie dans la France ?"
Nous serons intransigeants sur cette formulation.

Nous allons donc nous engager pleinement dans la campagne pour le referendum mais je dois vous dire aussi qu'il ne faut pas considérer que le résultat est acquis d'avance.
Bien sûr, une large majorité des Calédoniens veut rester dans la France mais il ne suffit pas de gagner ce referendum.
Le résultat doit être indiscutable.
Il doit être suffisamment clair et massif pour éviter les 2ème et 3ème consultations prévues dans l'Accord de Nouméa.
Plus large sera la victoire du "oui" à la France, plus ces scrutins apparaitront comme superflus et inutiles.
Pour obtenir ce "oui" massif au maintien dans la France, il faut aller au plus près de la population.
Le temps des conciliabules dans les bureaux ou dans les salles opaques du haut-commissariat, c'est terminé !
C'est une façon pour quelques-uns, de confisquer le débat et de mettre les électeurs devant le fait accompli.
Ce débat, nous avons, nous, la responsabilité de le porter au plus près de la population.
Nous devons investir le terrain.
Je veux saluer à cet instant, l'initiative citoyenne qu'Alcide et Éric ont engagé dans leurs communes, au titre de leurs fonctions de maire.
Pour notre part, nous allons mener une action militante.
Je demande à chacun et chacune d'entre vous, à tous les adhérents du Rassemblement, d'organiser chez eux, à leur domicile ou ailleurs, des réunions de proximité pour expliquer, expliquer, expliquer...
Aujourd'hui, notre devoir c'est de faire en sorte que les Calédoniens aient pleinement conscience des enjeux, qu'ils soient capables de s'exprimer en pleine connaissance de cause et qu'ils puissent le faire en toute liberté. C'est comme cela que nous garantirons la vraie sincérité du scrutin et que les Calédoniens pourront dire massivement qu'ils veulent rester français.

Mes chers amis, c'est le défi que nous avons à relever dans les prochaines semaines et dans les prochains mois.
Mais en conclusion, je veux vous dire qu'il n'y pas de regrets à avoir.
Ni d'amertume.
Même si nous n'avons pas réussi à bâtir cette solution négociée qui nous aurait permis de sortir harmonieusement de l'Accord de Nouméa.
Nous aurons toujours la fierté d'avoir ouvert la voie, d'avoir pris des risques, d'avoir imaginé, d'avoir été des précurseurs.
Donc, chacune et chacun d'entre vous, doit bien comprendre que le temps de la recherche d'un accord, le temps du compromis et du consensus est derrière nous !
Ce n'est plus le moment et chacun doit en avoir conscience.
Nous sommes entrés dans une nouvelle étape, celle de la préparation de la consultation référendaire.
C'est un temps d'engagement, c'est un temps de combat politique, c'est un temps d'affrontement électoral.
Maintenant, c'est projet contre projet, conviction contre conviction ! C'est la France ou l'indépendance !
Mais je sais que nos idées finiront par s'imposer.
Au lendemain du referendum que nous aurons gagné, nous devrons continuer à porter cette solution partagée, parce que – vous le savez comme moi – il n'y a pas d'autre solution pour la Nouvelle-Calédonie.
C'est la seule qui nous permettra de vivre, ensemble, dans la paix et dans la France.
Je vous remercie.
Pierre Frogier

Source RLR



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