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Discours de Daniel GOA

Lundi 23 Avril 2018

Lors du Comité Directeur de l'Union Calédonienne qui s'est tenu samedi 21 avril à Sarraméa, Daniel Goa a clarifié ses positions notamment vis à vis du RIN. Il a également explicité ses attentes concernant la venue du Président de la République




Militantes, Militants bonjour


Sarraméa est certainement un des tous derniers CODIR qui se tiendra dans le cadre de la dernière mandature de l’accord de Nouméa. Comme toutes les occasions de nous réunir, elles sont importantes pour le mouvement pour décider de nos actions par rapport à nos motions et ce CODIR revêt tout particulièrement une importance capitale car nous devons nous mettre en ordre de bataille pour la consultation référendaire. 
Je remercie vivement notre comité local qui nous accueille et J’adresse avec une grande humilité et un grand respect mon bonjour à tous les vieux du Pays XARACUU (xârâcùù). Je leur demande de nous guider dans un dernier effort pour que notre peuple et les populations invitées, puissent accéder à notre dignité de femmes et d’hommes libres. 
Je salue et remercie les autorités coutumières de la région, les chefs de clans et familles pour l’accueil de ce CODIR où nous devrons nous dire les choses. Merci pour la liberté de parole que vous nous accordez pour que nous puissions faire le travail.
Enfin un grand merci aux mamans, aux jeunes et à tous les militantes et militants qui assurent l’intendance avec abnégation et une grande compétence pour que ce comité se tienne dans les meilleures conditions.

Nous sommes rentrés dernièrement du dernier comité des signataires de l’Accord de Nouméa et le point central des discussions était de s’entendre sur la validation de la date et la formulation de la question de la consultation référendaire. Nous pouvons affirmer que cette question est conforme à ce que les indépendantistes disent depuis toujours et qu’elle ne déroge pas à l’esprit de l’Accord de Nouméa.
Ce point a été âprement discuté et les loyalistes souhaitaient avec insistance que la question porte sur l’accession à l’indépendance ou un retour dans la France. 
Voilà vingt ans qu’ils défendent ce retour dans la France, alors que la question négociée et signée le 5 mai 1998, par Jaques Lafleur, Pierre Frogier, Simon Louechote, Jean Lèques et Bernard Deladrière,  dans le cadre de l’accord de Nouméa, portait sur l’accession ou non à la pleine souveraineté, sans jamais qu’il soit question d’un retour dans la France. 
Mensonges ou jeu de dupes, en tous les cas beaucoup d’électeurs calédoniens auront été trompés et abusés, car vingt ans durant ils leur ont fait espérer cet impossible retour dans la France. 
Lors des discussions, après beaucoup d’insistance et des joutes assez sévères et relevées, ils ont fait rajouter le mot indépendance. Alors qu’ils crient victoire pour ne pas perdre la face, nous y voyons le ralliement au discours datant de 1988 de notre Président Jean Marie Tjibaou. Les choses ont donc bien évolué et c’est tant mieux, car lui parlait déjà « de souveraineté et d’indépendance », et reliait les deux termes en expliquant leurs sens utiles dans son livre « Théories et pratiques Kanak de la souveraineté » en page 103. 

Avant de me rendre à Paris, je suis passé par la Polynésie au titre de porte-parole du FLNKS à l’invitation du Président du TAVINI, Monsieur Oscar TEMARU qui tenait son congrès. Nous avons également rencontré toutes les composantes de la vie politique polynésienne. 
Nous avons porté un message fort de paix, au peuple polynésien concernant leurs citoyens vivant en Nouvelle Calédonie pour leur dire de ne pas s’inquiéter sur leur avenir. Ils y ont toute leur place. 
Ce message a été reçu haut et fort et nous remercions vivement les polynésiens, toutes composantes confondues pour leur légendaire accueil et l’intérêt qu’ils portent à la question calédonienne et au référendum.  Eux aussi auront leur élections demain et nous leur souhaitant le meilleur pour leur Pays. 
Plusieurs d’entre eux viendront nous soutenir en septembre. Je vous porte un message d’amitié et fraternité océanienne de la part de tous les partis politiques polynésiens.  
A Paris nous avons également rencontré toutes les forces anti coloniales et beaucoup d’associations soutiennent notre lutte et participeront activement à leur niveau, pour sensibiliser le peuple français sur ce référendum. Qu’elles en soient vivement remerciées. 
Nous avons rencontré un représentant des forces séparatistes basques et nous avons programmé un séminaire des nationalistes de France en septembre 2018 à Bruxelles pour sensibiliser la communauté européenne. Nous les remercions également.
Voilà très succinctement un rendu de ce voyage et de ces rencontres faites sous l’égide de ma mission de Porte-parole du FLNKS.

Lors de nos entrevus, nous avons constamment rappelé le sens que nous donnons à cette consultation référendaire, à savoir :
•    Le premier sens du référendum est l’invitation du peuple premier faite à toutes les communautés invitées à choisir pour faire le pays souverain avec nous.
•    Le deuxième sens à donner est le constat de la fin officielle de la colonie de peuplement avec l’avènement du corps électoral des listes provinciale et référendaire. 
•    Le troisième est la restitution de l’identité Kanak préalable à la nouvelle souveraineté et nous attendons de l’Etat, comme négocié dans l’accord de Nouméa, qu’il le fasse et nous dise le contenu de cette restitution. Nous devrons également parler à un moment de la dette coloniale. 

La route s’ouvre vers cette consultation référendaire et nous devons faire l’unité. Je vous le demande depuis plusieurs années car unis, nous convaincrons et porterons le discours officiel de l’Union Calédonienne, celui décidé par nos militants. 
Cette unité de parole apportera de la clarification, car aujourd’hui les tergiversations de certains indépendantistes sèment le trouble dans l’esprit de la population. Nous n’avons pas besoin de cela et ceux qui préparent déjà les élections provinciales de 2019 doivent s’effacer devant l’intérêt supérieur du peuple Kanak c’est-à-dire l’accession à sa pleine et entière souveraineté. 
Dans le cadre du processus de décolonisation engagé en 1986, il n’y a que deux interlocuteurs reconnus par l’ONU : l’état français et le FLNKS représentant le peuple premier. Personne d’autre. Toutes les composantes du front doivent être mobilisées sur l’enjeu de l’UNITÉ et s’aligner pour garder une cohésion politique. Je vous redis, un peuple qui perd UNI est un peuple qui a été rendu minoritaire chez lui. S’il perd parce qu’il est  DESUNI, qu’elle crédibilité  gardera t’il pour la suite de sa revendication ?
Les partis indépendantistes qui ne s’aligneront pas, marqueront ainsi leur position quant à la question de l’indépendance. Ce sera le premier référendum en interne sur l’indépendance, un test intéressant pour le monde indépendantiste...

Seule la ligne politique de l’Union Calédonienne doit compter et être portée. Les militants de notre mouvement qui sont dans le RIN doivent choisir, Ils restent à l’Union Calédonienne ou alors ils s’en vont avec le RIN. Ils ne tromperont plus personne avec le discours pseudo révolutionnaire qui ne sert qu’à attiser des vielles querelles d’un autre temps et faire peur. Ils sont les vrais alliés de la droite locale et aurait bien plus leur place dans les républicains calédoniens ou le Front National pour défendre le maintien de la France. 
Pour être encore plus clair et cohérent, j’annonce que l’Union Calédonienne ne fera pas de listes communes dans Sud pour les élections de 2019. Elle portera seule le programme de l’Union Calédonienne et de sa ligne politique.
Plutôt que d’aller crier dans les rues « les blancs dehors, faire des revendications de terres hasardeuses ou dire que les dirigeants FLNKS auraient invité le Président MACRON à Ouvéa » ces personnes sont forcément guidés par des personnes non Kanak car ces slogans sont contre toutes les valeurs KANAKS. 
Je rappelle que nous avons donné notre parole pour qu’il y ait un peuple calédonien et nous ne pouvons pas la renier. Je rappelle que les terres claniques doivent être revendiquées par les clans propriétaires et non des clans arrivés, et enfin au nom de la coutume KANAK, il est impossible qu’un Kanak ne s’aventure à lancer une invitation à une personnalité sur la terre d’un clan. 
Je m’interroge vivement sur les motivations de ceux qui déclarent une telle énormité dans une émission de télévision, venant de personnalités Kanak en mal de reconnaissance, ce ne peut être que de la démagogie politicienne. 
Nous ne cautionnerons plus ces écarts et atteintes à l’unité, nous devons nous concentrer et savoir comment convaincre les autres par le pari sur l’intelligence comme nous nous y sommes engagés.  

Les calédoniens non indépendantistes ont peur de ce trou noir du lendemain, et nos insuffisances et nos erreurs de communication ne les encouragent pas à venir avec nous. 
De plus en plus ; ils sont convaincus et nous le voyons chaque jour car nous sommes interrogés, questionnés et encouragés. Il suffirait de lever ces doutes et ces peurs, parc qu’ils veulent savoir comment nous financerons nos besoins budgétaires, comment se passera l’éducation, la santé, la solidarité sociale, le respect de la propriété privée. 
Nous avons ces réponses, nous devons donc les donner et nous expliquer pour que tous adhèrent  et c’est ainsi que nous convaincrons. 

Les calédoniens ont marre de notre système actuel de société, ils n’en peuvent plus et sont de plus en plus sollicités sur leurs deniers personnels. Notre système dérive inexorablement et ce sont toujours les petites classes qui trinquent et les nantis ne paient pas, pourtant ils évadent, ils pillent. Tout ceci est très favorable pour notre combat et notre projet indépendantiste car nous voulons le mieux vivre, le partage.
L’indépendance n’est pas la rupture avec la France ou la région, telle qu’elle est décriée par les loyalistes, c’est avant tout le changement de notre société pour que cessent la gabegie budgétaire, le pillage économique orchestré par les multinationales, l’impossibilité d’accéder à notre ressource, mais aussi changer les gouvernances de nos administrations et du Pays. 

Je vous ai annoncé qu’au lendemain du référendum plus rien ne serait comme avant, et bien c’est nous allons faire et entreprendre dès maintenant. L’union Calédonienne dénoncera avec force tous ces travers de notre vie économique et politique qui nuit aux intérêts du peuple calédonien. Nous porterons l’avènement d’un nouveau modèle social. Nous poserons systématiquement des questions aux administrations, aux responsables politiques et aux personnes concernées pour comprendre certains us de la vie locale et certaines pratiques perverses de notre économie. 
Je prendrai un seul exemple pour illustrer ce qui va se passer, le gouvernement s’est doté d’une politique de transition énergétique que nous soutenons.  Tous les derniers quotas de 2017, ont été attribués à une société française, la société QUADRANT, qui n’investit rien dans ce pays, bénéficie de défiscalisation, ne fait pas travailler les entreprises locales ni la main d’œuvre locale.  Elle se trouve attributaire de l’ensemble des derniers quotas alors qu’elle n’est pas la mieux disante et surtout qu’elle est payée 5 Francs plus cher pour la production d’un KWH que son concurrent direct. De qui se moque t’on et cela coutera aux contribuables calédoniens, pour une ferme de 12 MGW, une somme supérieure à 100 millions par an et sur 20 ans, environ de 2 milliards.  
Ces attributions douteuses vont faire que nous rebâtissons de nouveaux monopoles pour des sociétés extérieures et c’est encore du pillage qui s’installe. Nous enquêterons sur ce dossier et n’hésiterons pas à alerter le procureur de la République pour révéler des faits délictueux si besoin. Nous ne pouvons demander à nos contribuables de payer 3,5 F par litre de Gasoil et dans un autre temps organiser et encourager une gabegie de 2 Milliards de francs. 
Nous le ferons désormais systématiquement dès que nous aurons connaissance de nouveaux dossiers et nous avons hélas de nombreux autres exemples. Nous pouvons déjà citer d’autres cas  sur lesquels nous interviendront dans les semaines à venir : 
1.    OPT, Citius, le câble sous-marin, 
2.    Enercal, la centrale à gaz et les attributions de fermes solaires,
3.    La royaltie minière Nickel,  Cobalt et autres métaux rares, 
4.    Les monopoles des multinationales. 
5.    La calédonisation des emplois de la fonction publique et des organismes para-administratifs, et nous donnerons 2 ans aux institutions pour mettre en œuvre cette mutation.
6.    Les embauches non locales.

Nous poserons ainsi des ultimatums, et informerons la population calédonienne. Nous irons jusqu’à la mobilisation de nos bases si il le faut et si l’intérêt du Pays est reconnu. 
 
 Pour conclure, l’actualité politique reste la venue du Président MACRON le 5 mai prochain. Nous l’accueillerons  comme le veux notre tradition, et ce sera l’occasion de discuter avec notre colonisateur de notre avenir pour lui expliquer les enjeux et nos visions pour notre futur pays. 
Nous lui demanderons quel sens, donne t’il en tant que Président de la France en 2018, à une prise de possession unilatérale faite en 1853, et le maintien d’un lien de sujétion sur un peuple premier, lui qui a reconnu que la colonisation était un crime contre l’humanité.  
On nous demande de reconnaitre dans le document sur nos valeurs, porté par le Premier ministre Edouard Philippe, le préambule de la constitution de 1946. Or pour les quatre derniers paragraphes, la France n’arrivent même pas à les respecter et à les appliquer, notamment celui concernant la décolonisation. 
Nous sommes prêts à discuter de ces points de litiges qui figent notre histoire et notre évolution. Nous devons envisager avec lui des solutions d’avenir pour que notre identité soit ainsi restituée conformément à l’accord de Nouméa et que les intérêts supérieurs de la France soient préservés. Nous sommes convaincus que la Nouvelle Calédonie et la Kanaky demain pourra jouer un rôle dans ce domaine. C’est ce que nous appelons les interdépendances.  

Militantes et militants, telles sont les pistes à explorer et je vous invite à y réfléchir pour porter le débat entre nous. 
Je déclare ce comité directeur ouvert, que nos travaux soient fructueux et qu’ils nous engagent irrévocablement sur le chemin de notre émancipation, de notre dignité et notre liberté.  J’appelle à l’unité des forces indépendantistes et progressistes. J’appelle tous les calédoniens à nous rejoindre pour qu’ils participent à la construction de leur pays. 


Daniel Goa, 
21 avril 2018. 
(seul le prononcé fait foi)

 

Source UC



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