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Des mesures de sauvegarde pour l’aérien

Vendredi 28 Août 2020

Un point sur la situation du secteur aérien a été présenté le 20 août au gouvernement, en présence du vice-président Gilbert Tyuienon, également en charge des transports, et des dirigeants d’Aircalin et d’Air Calédonie. Comme partout ailleurs, la crise sanitaire entraîne des impacts sans précédent pour les deux principales compagnies calédoniennes qui mettent tout en œuvre pour se maintenir avec des prévisions de retour à la normale du trafic à long terme.





« Le plus important d’ici à la fin de l’année, c’est de sauver les compagnies », a insisté Gilbert Tyuienon en rappelant qu’Aircalin et Air Calédonie appartiennent majoritairement à la Nouvelle-Calédonie. « Il faut envisager un soutien fort et un accompagnement pour les aider à sortir de cette crise », a ajouté le membre du gouvernement en charge des transports. « Au niveau mondial, une baisse de 80 % du trafic passagers est prévue sur 2020 », a exposé Christophe Vergès, directeur adjoint de l’aviation civile. Les experts internationaux font état d’un retour à la normale du trafic pas avant 2024, voire 2025 pour les scénarios les plus dégradés.
Perte de 80 % du chiffre d’affaires

Depuis le 21 mars, tous les programmes de vols réguliers internationaux en Nouvelle-Calédonie, ont été suspendus, hors vols autorisés par les autorités et opérés essentiellement par Aircalin. « La compagnie est en état de fonctionner, a assuré son directeur général Didier Tappero. C’est un gros challenge de maintenir des avions en capacité de voler avec cette baisse d’activité. Mais avec le soutien du gouvernement, un programme minimum de vols est assuré ». Restreint à Tokyo, Sydney (seulement pour le fret et les évasans) et Wallis-et-Futuna, tandis que le nombre de places dans les vols retour de Métropole est déterminé par la capacité hôtelière limitée pour la quatorzaine. Conséquence, depuis le début de la crise, avec une perte de 91 % de son trafic passagers et de 30 % de son trafic fret, Aircalin affiche une baisse de 80 % de son chiffre d’affaires et des pertes mensuelles de 570 millions de francs, malgré les aides de la Nouvelle-Calédonie dont le dispositif du chômage partiel Covid-19. « Depuis cinq ans, l’entreprise fait des bénéfices, tout en menant une politique de baisse des tarifs, ce qui lui a permis d’absorber le premier choc de la crise », a précisé Didier Tappero. Mais pour tenir sur la durée, un plan de "survie" est mis en œuvre avec tout d’abord le report de la livraison des A320neo, à novembre 2020 pour le premier et septembre 2023 pour le second au lieu de février 2021. « Sans pénalités pour la compagnie, a-t-il indiqué. La défiscalisation nationale a été accordée pour le premier appareil, seulement un aménagement des règles fiscales est nécessaire pour sécuriser les investisseurs ». Ce point est en discussion entre l’État et la Nouvelle-Calédonie. Vient ensuite le report du remboursement des billets d’avion non utilisés – évalué à ce jour à plus de 3 milliards de francs – par le biais d’avoirs d’une validité d’un an. Un projet de loi du pays est en cours d’examen par le Congrès en ce sens.

Prêt garanti par l’État

Les deux autres mesures concernent la réduction de la masse salariale de 20 % et le recours à l’emprunt avec la demande d’un prêt garanti par l’État (PGE) remboursable sur cinq ans. Deux sujets que partage Air Calédonie pour pouvoir passer le cap de la crise. En effet, malgré la reprise des vols depuis le 4 mai, la compagnie accuse le coup. « Nous avons fait un trait sur la clientèle internationale qui représente 25 % du trafic domestique. Les festivités d’août,  un gros mois en temps normal, ont été annulées par les autorités coutumières. Nous envisageons une baisse de 130 000 passagers par rapport à l’an dernier, ce qui nous ramène aux résultats de 201, soit 350 000 passagers », indique Samuel Hnepeune, le pdg d’Air Calédonie. Dans ce contexte, l’entreprise prévoit un déficit de plus de 1,2 milliard de francs fin 2020 et dispose d’une trésorerie de trois mois. Les demandes de PGE par les deux compagnies – d’un montant de 4,8 milliards de francs pour Aircalin et d’1,2 milliard pour Aircal (avec une première tranche de 500 millions) – sont en cours d’instruction auprès des services de l’État. 

Restructuration

« Pour sauver l’outil, il faut aussi faire des concessions », a déclaré Samuel Hnepeune en faisant référence à la nécessité de diminuer les frais généraux de l’entreprise de 10 % et de réduire la masse salariale de 20 % « en mixant plusieurs mesures ». Plan de départs volontaires, révision des accords conventionnels – avec notamment des baisses de rémunération de l’ordre de 10 % pour tous les salariés chez Aircalin –, réorganisation des services… Les deux compagnies vont faire appel à ces solutions afin de préserver l’emploi et éviter les licenciements secs. La Nouvelle-Calédonie, actionnaire majoritaire, est également sollicitée pour participer à l’effort. Dans ce contexte inédit, la coopération entamée entre Aircalin et Aircal avant la crise, en matière par exemple de développement touristique, va se poursuivre. Objectif : étudier toutes les pistes de synergie possibles dans l’avenir tant au plan commercial, que technique et opérationnel.

Contraintes techniques

La crise sanitaire entraîne également des contraintes techniques et de sécurité importantes pour l’ensemble des exploitants du secteur aérien. Ainsi, l’activité d’Air Calédonie est menacée à court terme par un problème de révision pour l’un de ses appareils, habituellement effectuée en Nouvelle-Zélande, et de qualification pour ses pilotes. « Le personnel navigant technique est soumis régulièrement à des vérifications de compétences et doit suivre de nombreux entraînements sur simulateur de vol. Les pilotes doivent  se rendre en temps normal tous les six mois à l’étranger car la Nouvelle-Calédonie ne possède pas le simulateur nécessaire. Ces échéances ne peuvent plus être repoussées et des solutions sont à l’étude vers la Nouvelle-Zélande et l’Australie pour Air Calédonie et vers la Métropole pour Aircalin », a détaillé Christophe Vergès, directeur adjoint de l’aviation civile. Un travail est mené entre les compagnies et les services de la Nouvelle-Calédonie pour les mettre en œuvre dans le strict respect des contraintes sanitaires.

Frédéric Dhie



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