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Démantèlement du KEA TRADER : les fortes inquiétudes des experts calédoniens.

Jeudi 22 Février 2018

C'est assez rare pour le souligner, l'ensemble des organismes représentant les entreprises et le Cluster Maritime de Nouvelle-Calédonie étaient réunis ce matin au siège de la FINC pour alerter le Haut-Commissaire et le gouvernement calédonien sur le choix qui leur semble inquiétant de l'entreprise SHANGHAI SALVAGE pour le démantèlement du KEA TRADER.
Au delà de l'aspect économique qui aurait permis aux entreprises calédoniennes de récupérer environ 3 milliards de CA sur les 10 à 11 milliards du coût de ce démantèlement, c'est aussi l'aspect technique et environnemental qui a été évoqué. Si tout le monde s'accorde pour dire que c'est bien Lomar Shipping, l'armateur qui choisit le projet de démantèlement et qui aurait donc tendance à choisir le moins cher, l'Etat, affirme avoir son mot à dire pour "la protection du récif et de la ZEE" .
Cela aurait été un juste retour des choses, de veiller à ce que la Nouvelle-Calédonie et son économie ne subisse pas la double peine, environnementale d’abord, puis économique en voyant s’échapper 3 milliards de chiffres d'affaires qui auraient dus, selon eux, revenir aux entreprises calédoniennes et à leurs salariés qui sont plus compétents que le projet chinois retenu dans certains domaines.
En effet les deux autres projets faisaient participer les entreprises calédoniennes, pas le projet chinois !
Dans le projet de SHANGHAI SALVAGE, un bateau hôtel est prévu de s'installer sur zone avec des équipes de personnel travaillant aux conditions de travail chinois, et tournant tous les deux mois. On peut facilement imaginer un rythme de travail inédit dans nos eaux françaises. Quel est le dispositif prévu par l'Etat pour faire en sorte que tout se passe au mieux pour le récif et la ZEE.
Mystère, et à ces questions, pas de réponse à ce jour.
Quel jeu joue l'Etat, se demandaient les participants de cette conférence de presse, qui dit protéger la ZEE mais ne répond pas aux questions des experts calédoniens, n'oblige pas à la transparence sur le plan environnemental ni sur la sécurité de ce démantèlement. Un Haut-Commissariat qui aurait demandé l'avis d'experts métropolitains mais pas celui de ceux concernés au premier chef, c'est à dire les calédoniens, ni d'ailleurs parait-il celui de la Marine à Nouméa qui pourtant supervise le chantier depuis 8 mois ! Comme si les entreprises calédoniennes ne pouvaient pas avoir d'avis compétent sur les études environnementales, le travail des barges et des hélicoptères qui sont utilisées depuis 8 mois par Ardent ! Ardent entreprise reconnue dans le monde entier, en charge du chantier, s'est pourtant elle, appuyée sur les entreprises calédoniennes qui ont ainsi pu encaisser environ 2 milliards de chiffres d'affaires.
Les représentants du monde économique et des experts maritimes ont souhaité alerter sur les risques et surtout sur la non transparence de ce marché, pourtant en passe d'être signé avec la bénédiction de l'Etat via le Haut-Commissaire.


Lire en PJ , le document comprenant les questions techniques restées à ce jour sans réponse de la part du Haut-Commissariat : pourquoi, c'est la question posée ce matin lors de la conférence de presse?



Le communiqué de presse commun.


"A la suite du communiqué presse n°28 du Haut-commissariat de la République en Nouvellle-Calédonie en date du 13 février 2018, les acteurs économiques calédoniens ont pris note de l’avis favorable des services de l’Etat sur la méthodologie d’enlèvement ayant la préférence de l’armateur consistant à l’évacuation des deux parties de coque, sans découpage. Une méthode innovante puisqu’il s’agirait seulement de la 2ème opération de ce type réalisée dans le monde, le démantèlement sur place étant jusqu’à présent la méthode la plus courante.

Les acteurs économiques tiennent tout d’abord à saluer le sens des responsabilités de l’armateur Lomar Deutschland GmbH qui assume et met en œuvre depuis le 12 juillet dernier, tous les moyens nécessaires au déséchouement et aujourd’hui démantèlement du Kea Trader au regard des règles environnementales ainsi que le professionnalisme des équipes qui sont jusqu’à présent intervenues sur place pour éviter toute catastrophe écologique notamment.
Il convient de rappeler que la préservation de la zone économique exclusive de la Nouvelle-Calédonie est une compétence calédonienne (article 22- alinéa 10 de la loi organique) déléguée à l’Etat français, la Nouvelle-Calédonie ne disposant pas des moyens nécessaires à cette mission.
Aussi, nous nous interrogeons sur la communication et la coopération de l’Etat avec les services de la Nouvelle-Calédonie sur ce dossier.
Les acteurs économiques maritimes calédoniens, sur la base de leur expérience professionnelle et de leur connaissance du Récif Durand, ont émis des doutes fondés et soulevé plusieurs questions techniques relative à la méthode d’enlèvement ayant fait l’objet d’un avis favorable de l’Etat.
Ces questions présentés au service de l’Etat par courrier en date du 9 février (cf. courrier ci-joint) restent aujourd’hui sans réponse et suscitent l’inquiétude des professionnels quant à la réussite de l’enlèvement.
Le 22 février 2018
       Les Calédoniens peuvent légitimement s’interroger sur ce qui arriverait en cas d’échec de la méthode retenue et ses conséquences sur l’environnement maritime dans le temps. Il convient ici de rappeler la nature exceptionnelle du chantier, en pleine mer, dans des conditions de houle très forte, qui ont notamment conduit 4 mois après l’échouement du Kea Trader, à la séparation du navire en deux parties, dont l’une s’éloigne au fur et à mesure que les mois passent. Chaque jour qui passe détériore un peu plus le navire.
Il est également légitime de s’interroger sur les modalités de suivi et de contrôle des opérations.
Les acteurs économiques calédoniens déplorent ainsi un manque de communication de l’Etat avec les acteurs économiques locaux.
Enfin, outre l’aspect environnemental qui reste la principale priorité pour les Calédoniens, nous insistons sur le rôle à jouer de l’Etat quant à l’avenir économique de la Nouvelle- Calédonie".

Signataires : FINC, U2P-NC, CPME, MEDEF NC, CCI, Cluster Maritime NC, AMD.




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