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Déclaration de Virginie Ruffenach au XIXè Comité des Signataires pour Le RLR

Lundi 14 Octobre 2019

Vous trouverez ci-dessous la déclaration du Rassemblement prononcé par Virginie RUFFENACH
Monsieur le Premier ministre,
Madame la Ministre,
Vous réunissez aujourd’hui le dix-neuvième comité des signataires de l’Accord de Nouméa. Cet Accord a été approuvé depuis près de 21 ans.
En 2018, nous avons vécu un premier référendum binaire, à l'issue duquel a été réaffirmé la volonté pour la Nouvelle-Calédonie, de voir sa souveraineté exercée par la France.




La formulation de la question obligeait les partisans du maintien dans la France à exprimer une négation, et le terme de "pleine souveraineté" est resté difficile à appréhender pour la majorité des votants.
Le corps électoral de cette consultation a été l'un des plus restrictifs de notre histoire, privant 35 000 personnes d'expression démocratique. Et il doit être entendu ici que ces personnes ne sont pas des électeurs de complaisance mais bien des femmes, et des hommes, dont la vie familiale et économique a partie liée avec l'avenir de la Nouvelle-Calédonie.
C'est dans ce contexte contraint que le "NON" à l'indépendance est arrivé nettement majoritaire.
Ce référendum n'a pas eu pour conséquence d'offrir une position partagée sur une question qui a, par le passé, violemment divisé la Nouvelle-Calédonie. Au contraire, il a brutalement repositionné les 2 légitimités face à face, bloc contre bloc.
Il a généré un climat de défiance pour les acteurs économiques, les investisseurs mais également plus généralement pour bon nombre de Calédoniens préoccupés de voir ainsi l'histoire recommencer avec pour seule perspective un nouveau référendum.
Pourtant, Monsieur le Premier ministre, ces dernières années, nous nous sommes engagés dans une série de réflexions riches et nombreuses sur lesquelles nous sommes aujourd’hui en droit de nous interroger de leur utilité et de leur finalité.
Je veux bien sûr évoquer ici, la mise en place de trois comités de pilotage sur le bilan de l’Accord de Nouméa, la stratégie industrielle et l’avenir institutionnel, diligentés en 2010.
J’évoque également les réflexions sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie menées par Jean Courtial et Ferdinand Mélin-Soucramanien en 2011 et qui ont abouti en 2014.
Puis il y eu en 2015, la mission d’écoute et de conseil avec « les experts » qui ont à leur tour fait leur entrée en scène.
Mais à quoi bon, Monsieur le Premier ministre, tous ces travaux et cette réflexion quand il a s’agi, au final, de soumettre l'avenir des Calédoniens et de la Nouvelle-Calédonie à la toute-puissance d’un référendum dont nous savons bien, en France comme ailleurs, que pour une telle question et des enjeux aussi fondamentaux, ce mode de décision ne tranche pas plus qu'il n'offre de perspectives rassembleuses.
Nous savons l’attachement que vous portez à Michel Rocard, artisan des Accords de Matignon-Oudinot dont chacun doit saluer l'engagement et le souffle créatif qu'il a su apporter à une époque où de sombres perspectives dominaient l'horizon.
Et c'est le même homme qui portait un regard cru, et lucide, sur le processus référendaire puisqu’il s’exprimait ainsi :
“Un référendum c’est une excitation nationale où on met tout dans le pot. On pose une question, les gens s’en posent d’autres et viennent voter en fonction de raisons qui n’ont plus rien à voir avec la question.”
Personne, je crois, ne peut nier la justesse de cette phrase.
Puisque les indépendantistes et vous-même aviez choisi que se tienne le second référendum, nous avons demandé que cette consultation intervienne le plus tôt possible pour lever les incertitudes.
Par ailleurs, et je le dis avec force, il est pour nous impératif que le second référendum se déroule dans les mêmes conditions juridiques que le premier. Elles avaient été mutuellement acceptées, reconnues par les instances internationales et on ne change pas les termes d'un accord pour des raisons politiciennes. Ce serait grave, indigne et les cicatrices pourraient être profondes.
Ce second référendum ne doit pas être entaché de tripatouillages juridiques et de négociations sur tapis vert. Deux référendums, les mêmes conditions pour les deux.
Il est pour nous tout aussi essentiel que rien ne vienne troubler la nouvelle période qui s’ouvre pour les Calédoniens, qu’on ne leur impose aucune nouvelle charte des valeurs qui divise alors qu’elle était sensée rassembler, plus d’exposé des motifs à charge contre la colonisation et qui prendrait d’une certaine façon partie, influençant le choix des électeurs.
Nous voulons engager cette campagne référendaire en prise directe avec les Calédoniens, convictions contre convictions et sans que rien ne vienne perturber leur nécessaire sérénité face au choix décisif qu’ils auront à nouveau à faire en 2020.
Nous, Français de Nouvelle-Calédonie, exigeons que l'État s’engage à nos côtés afin que toutes les communautés vivent en harmonie leur légitimité sur notre terre de France du Pacifique.
Sauf à considérer que les 30 dernières années n'ont servi à rien, je rappelle que nous refusons qu'un troisième référendum binaire fracture à nouveau la Nouvelle-Calédonie.
Il nous incombe à tous, en responsabilité, de concrétiser et construire ce qui a rendu possible la signature de ces Accords qui ont permis à toutes les composantes culturelles et identitaires de vivre dans la paix, et dans la prospérité.
Je vous remercie.

Source LRLR



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