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Déclaration d'ouverture du comité des signataires de Sonia BACKES au nom des Républicains Calédoniens

Mercredi 28 Mars 2018

Monsieur le Premier Ministre,

C'est la seconde fois que vous présidez ce comité.
La première fois, il y a à peine 4 mois aura été considérée par chacun comme un succès tant l'accord sur le corps électoral semblait difficile à trouver. Après une dizaine d'heures pendant lesquelles vous vous êtes personnellement impliqué, nous avons trouvé le consensus tant attendu.





Mais vous le savez, à peine rentrés à Nouméa, certains ont remis en cause cet accord, jouant sur les ambiguïtés rédactionnelles d'un accord pourtant d'une clarté minérale.

Vous devez vous demander pourquoi je vous reparle du comité précédent. Pour une raison simple : en Nouvelle-Calédonie, toutes les ambiguïtés sont susceptibles de devenir des désaccords, les désaccords de devenir des conflits. Ça a été le cas pour le corps électoral glissant, ça a été le cas pour la place de la virgule pour le corps électoral référendaire, qui a exclu plusieurs milliers de Calédoniens, ça a été le cas pour l'inscription d'office des natifs de Nouvelle-Calédonie lors du dernier comité.

Au nom des Républicains Calédoniens, Monsieur le Premier Ministre, je veux vous dire que nous attendons une seule chose de ce comité. Simple : soyons clairs avec les Calédoniens. Sans ambiguïté.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Ça veut dire que la question qui sera posée au référendum devra être binaire. Et au-delà, elle devra permettre à chacun de choisir entre les deux projets qui s'affrontent depuis 30 ans : l'indépendance, et le maintien dans la France. « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément », disait Boileau.
Lorsque nous débattons entre nous et avec la population depuis 30 ans, il n'est pas question de « pleine souveraineté », ou de « souveraineté avec partenariat », il est question « d'indépendance » et de « France ».
Alors soyons simples, soyons clairs. C'est pour nous le plus important lors de ce comité.

Ensuite, vous le savez, nous avons été très critiques sur l'action du représentant de l'Etat en Nouvelle-Calédonie en matière de sécurité. Certains ont dit qu'on ne pouvait pas se dire loyaliste et critiquer l'Etat. Mais c'est justement parce que nous aimons la France, parce que nous avons une haute opinion de ce que doit être le quotidien de nos concitoyens sur le territoire de la République que nous sommes si critiques. Et je vous le répète, je considère que l'Etat est défaillant sur la question de la sécurité en Calédonie. Les Calédoniens vivent dans l'inquiétude permanente. De se faire voler, agresser, que leurs enfants soient inquiétés. La mobilisation des femmes kanak ces derniers jours traduit le ras le bol partagé par tous les Calédoniens. Ce n'est plus acceptable sur le territoire de la République. Je vous remercie donc d'avoir accepté la demande des Républicains Calédoniens d'ajouter ce point à l'ordre du jour de ce comité des signataires. Nous devons garantir aux Calédoniens qu'en cette année 2018 si particulière, leur sécurité sera assurée, et comment elle le sera.

Pour finir, je sais votre attachement au dialogue entre toutes les forces politiques de Nouvelle-Calédonie. Nous y sommes également très attachés. Nous avons adhéré à votre démarche initiale, celle qui devait nous amener notamment à faire le bilan de l'accord de Nouméa. Oui, c'est utile de discuter entre nous de ce qui a bien fonctionné dans l'accord de Nouméa, et de ce qui dysfonctionne. Evoquer ensemble le fait que certains partages des compétences entre la Nouvelle-Calédonie et les provinces génèrent des lourdeurs administratives et des surcoûts, que la clef de répartition génère un appauvrissement des populations du Sud, que l'exclusion de 30 000 électeurs du corps électoral génère des injustices qui ne sont plus acceptables après 2018, évoquer ensemble tous ces sujets, c'est une vraie nécessité, et nous serons moteurs pour les évoquer, par le prisme du bilan de l'accord de Nouméa que vous avez souhaité.

Par contre Monsieur le Premier Ministre, nous considérons que les valeurs calédoniennes, qui se rapportent directement à notre identité en construction ne doivent pas faire l'objet d'une charte préparée en catimini par quelques élus, aussi légitimes soient-ils. Ce sont les Calédoniens qui doivent s'approprier le débat sur les valeurs. Il faut que dans chaque commune, dans chaque quartier, dans chaque tribu, chaque calédonien qui le souhaite puisse apporter sa contribution à la rédaction de nos valeurs communes. Ce n'est qu'ainsi que s'instaurera un véritable dialogue pour construire notre « identité partagée dans un destin commun » avec toutes les communautés qui font la richesse de notre territoire. Car si la Nouvelle-Calédonie est belle et riche de sa diversité de population, aujourd'hui un tiers de ses habitants ne se sont ni kanak ni d'origine européenne. Ceux là doivent aussi faire partie de nos réflexions sur le futur que nous construirons pour l'après-accord.

C'est pourquoi, je souhaite que nous puissions avoir un large débat avec la population sur le sujet. C'est pourquoi nous considérons que le document qui sera présenté ce Matin par quelques-uns est nul et non avenu, et ne doit pas apparaître dans le relevé de conclusion.

Monsieur le Premier Ministre, je vous remercie, du temps, de l'attention et de l'énergie que vous accordez à la Nouvelle-Calédonie. Nos mesurons l'importance d'avoir à nos côtés un État engagé dans le processus calédonien.
Vous le savez, nous faisons campagne pour convaincre le plus de Calédoniens possible que la France est une chance pour la Nouvelle-Calédonie, nous espérons que le président de la République, dont le déplacement est prévu dans quelques semaines, pourra affirmer également son attachement et celui de la France à la Nouvelle-Calédonie.

Je vous remercie




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