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Daniel GOA a été élu Porte parole du FLNKS

Lundi 5 Février 2018

Lors du comité du FLNKS d'ARAMA , Daniel GOA a été élu Porte parole du FLNKS. Il devient donc un interlocuteur majeur pour l'Etat et pour les non-indépendantistes à quelques mois du référendum. Lire ci-dessous son discours au Congrès du FLNKS.



Daniel GOA a été élu Porte parole du FLNKS
DISCOURS AU CONGRES DU FLNKS

ARAMA - 3 et 4 février 2017


Chères Militantes et chers Militants,

La mouvance indépendantiste est aujourd'hui réunie pour prendre des décisions qui impacteront la vie politique du Pays dans cette année décisive de notre lutte vers l'émancipation. 

Cette émancipation est inexorable, irréversible, inéluctable et non négociable. C'est le chemin de la souveraineté qui doit s'ouvrir désormais pour nous " peuple calédonien ".

Voilà 164 ans que nous peuple premier, sommes sous une tutelle non voulue, fruit d'une prise de possession unilatérale, 164 ans que nous vivons une histoire non consentie. 164 ans aussi que nous subissons dans le silence de nos âmes et dans la conscience collective de notre peuple ces affres de la colonisation, ses ombres.

A ceux qui nous parlent de lumières de la colonisation, qu'elles ont eu du bon et que grâce à elles nous sommes éduqués, nous avons des religions, nous sommes soignés, nous sommes libres et en paix.  A ceux-là, je les invite à prendre notre place ne serait-ce qu'une seule journée de leur vie ainsi ils verront et comprendront. Notre grand chef de guerre ATAÏ disait " nous vous avons donné la terre et vous nous laissez les cailloux ". Cet homme, non éduqué aux standards européens de l'époque, avait parfaitement résumé la définition de la colonisation. 

Aux cailloux d'antan, se rajoutent la pollution minière, le pillage, l'exclusion, l'infantilisation, l'irresponsabilité, notre mise à l'écart dans notre propre pays et sur nos terres ancestrales. 

Que feront nos jeunes et nos futurs générations ? Doivent-ils entrer en résilience comme nos vieux l'ont fait, et comme nous l'avons fait aussi. Je ne crois pas qu'ils le feront, je ne crois pas qu'ils accepteront l'inacceptable que nous avons accepté jusqu'alors. Ce temps est révolu. 

Notre responsabilité suprême est d'accomplir et d'achever ce parcours entrepris il y a 40 ans lors de la création du Front Indépendantiste qui devait nous mener vers notre souveraineté. Il y a 40 ans nous utilisions le terme indépendance, car nous étions séparatistes, c'était la seule voie possible et la seule rhétorique pour se faire entendre. 

Une fois le processus de décolonisation reconnu par l'ONU en 1987, nous avons signé des accords en 1988 et 1998,  bâtis grâce à d'importantes concessions. Nous avons opté et porté une solution qui devait être un pari de l'intelligence, de la tolérance et de l'ouverture politique. Nous avons signé un accord de transfert de souveraineté.

Vingt années plus tard sonne le terme de cet accord politique, " l'accord de Nouméa ". Le peuple calédonien doit cette année, se prononcer sur sa volonté de devenir souverain, c'est ce que nous avons négocié pour sortir définitivement de ce processus de décolonisation. 

Le sens politique de cette consultation référendaire était de demander à la population invitée si elle avait la volonté de construire dans un destin commun, la nouvelle souveraineté avec le peuple premier, une fois son identité préalablement restituée. 

Le Front indépendantiste, puis le Front de Libération Kanak Socialiste étaient mandatés pour mener notre lutte dès le départ de notre revendication. Alors que nous arrivons au terme d'un processus politique fondamental et historique, le FLNKS n'est plus en mesure de porter ce combat de nos ancêtres, de nos vieux, de nos ainés car nous sommes désunis. 

Et pourtant le FLNKS est le seul interlocuteur reconnu à l'ONU, c'est cet outil qui a porté l'entrée dans le comité de décolonisation et c'est lui qui porte notre voix dans les instances internationales et régionales comme au GFLM. 

C'est encore le FLNKS qui a signé l'accord de Nouméa et qui porte la légitimité de sortir de l'accord. 

C'est le FLNKS qui sortira crédible et grandi de la consultation référendaire s'il est uni et fort, quel que soit le résultat. Il sera encore plus fort si il aura su faire l'ouverture vers les autres composantes indépendantistes et les progressistes. 

Car c'est unis et forts que nous gagnerons. Si nous ne le faisons pas, nos vieux se sentiront trahis, démunis devant nos propres faiblesses, devant nos manquements à ce devoir sacré et devant notre piètre détermination. 

Déjà nous voyons des hommes de notre mouvance se mettre sur le côté et se désengager discrètement du processus de consultation référendaire pour mieux penser à leur réélection ou leur élection en juin 2019 pour les provinciales. Ils ont troqué la cause pour leur profit immédiat, ils oublient 164 ans de souffrances pour 5 ans de privilèges. Oui chez nous aussi cela existe. 

Notre combat arrive dans sa phase ultime, nous avons une responsabilité suprême, c'est celle de l'union sacrée qui doit conduire notre peuple vers sa libération, pour éviter et prémunir nos enfants de cette exclusion, de ce pillage qui ne leur laisseront rien d'autres que des montagnes dont l'érosion remplira nos rivières. Elles imprégneront de façon indélébile, à jamais notre lagon, patrimoine de l'humanité et garde-manger séculaire du pays. A jamais nous rougirons de honte devant nos vieux, nous porterons cette responsabilité devant nos jeunes et nos générations futures. 

Militantes et militants, ce jour est rempli d'espoirs et faisons qu'il soit historique pour notre peuple. Nous avons le devoir de nous unir et faire taire nos divisions, nos peurs, nos querelles de clochers et d'égos. Je vous appelle à l'unité inconditionnelle et sacrée. Faisons-le, en respect pour nos vieux qui ont souffert et pleuré, nos mamans et nos clans qui ont connu la détresse profonde, pour notre jeunesse qui s'enfonce dans le précipice abyssale de l'exclusion, et pour nos générations futures, dépositaires de notre histoire et de notre patrimoine. 

Aujourd'hui, il n'y a plus de place pour le colonialisme, une ombre de l'histoire qui doit disparaître à jamais. Quel sens donner encore en 2020 à une prise de possession unilatérale, quelle grandeur la France peut-elle retirer de cette situation ?  C'est hors du temps. Force est de constater que 164 ans plus tard,  nos enfants n'ont toujours que les cailloux.

Le FLNKS doit parler d'une seule voix, suivre un seul chemin en union de conscience sur la voie de la liberté, de la libération et de la dignité. Nous devons repenser notre gouvernance, lui donner de la lisibilité pour nos militants, nommer un Président qui nous rassemblera, saura nous mettre au diapason et portera haut et fort la voix de notre lutte. Il sera notre représentant à l'extérieur du Pays pour porter notre volonté d'aspirer à notre liberté, à la reconnaissance d'un statut international. 

Il aura une autre très grande responsabilité, qui sera celle d'aller chercher tous nos frères de sang, de souffrances et de vies communes et partagées depuis des décennies, pour faire ce destin commun auquel nous aspirons avec force et pour refonder ce lien social qui est indissociable d'un nouveau modèle de société qui émergera. C'est nous qui portons la responsabilité du destin commun, c'est logique et c'est le sens de l'accord. Ce ne sont pas ceux les arrivants de la dernière heure, qui doivent nous dire comment nous allons vivre chez nous. 

Tout l'enjeu de notre lutte est là, pour retrouver notre dignité et accueillir tous ceux que nous avons choisis pour faire notre nouveau pays. 

Aujourd'hui, il ne faut plus penser à nous, c'est à nos enfants et nos générations futures qui porteront le flambeau des vieux et feront de ce Pays le leur. 
 
Vive la nouvelle Kanaky libre, digne, et fière de tous ses enfants. 

Daniel GOA
03 février 2018. 



 




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