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Caledonickel, la "nouvelle bombe" de la blogosphère calédonienne sur le nickel

Dimanche 16 Novembre 2014

Voici quelques articles qui sont très bien documentés et écrits semble t-il par différentes personnes bien informés des dossiers Nickel... dont apparemment Dominique Nacci , l'ex (nous pouvons supposer) bras droit et directeur de la communication d'André Dang à la SMSP qui se lâche ...réglements de compte ou prise de liberté explosive ! Ces articles expliquent clairement ce qui devrait être su de tous...vous avez dit transparence ? très instructif.. et pourquoi cela sort-il le jour de l'arrivée de François Hollande au pays du Nickel, message ? raz le bol des doubles messages et des postures de façade ?
A lire absolument si l'on veut parler Nickel .....
BOUM!



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Esse est percipi

Quelles qu’elles soient, les facéties idéologiques et les vérités mercantiles ne peuvent reposer sur elles-mêmes. En tant que constitution des savoirs et des croyances, elles sont directement liées à des réflexes identitaires et des dispositifs de pouvoir, lesquels engendrent des normes du vrai ou de ce qui est tenu comme tel, au travers d’un ordre discursif exercé à des fins de contrôle. De Sade à Machiavel en passant par Madoff, cette emprise est monnaie courante dans les jeux de l’amour, en politique ou en affaires. Elle émane d’une capacité à séduire, à contraindre, et finalement à imposer sa volonté sur autrui pour se séduire soi-même. Aussi, afin d’essayer de surmonter le profond ressentiment qui les anime, d’asseoir leur autorité et tenter d’assouvir leur insatiable quête de reconnaissance, les hommes qui se rêvent providentiels ont recours à ces mensonges existentiels que la conscience se fait d’abord à elle-même. Pour pouvoir arriver à leurs fins et exercer leur propre emprise sur le cours de l’histoire, sur leur propre histoire, ils doivent avoir recours aux ruses du pouvoir : à la séduction et la manipulation, aux convictions et aux contraintes, à l’attaque et à l’esquive, au charisme et à l’abus de confiance. Ils le font sans forcément s’apercevoir que le pouvoir change profondément celui qui l’exerce parce que la capacité à se faire servir et à asservir, d’être obéi et d’infantiliser, transforme radicalement le rapport à soi et à celui des autres.
La prévalence du symbolique. Si sur le plan personnel elle n’en reste pas moins louable, légitime et méritée, la reconnaissance du travail accompli est assurément plus sournoise et dangereuse que les facéties idéologiques et les vérités mercantiles car à s’y méprendre ou se laisser surprendre, les hommes providentiels en viennent vite à aimer et à se laisser séduire par leur propre désir au travers du regard des autres. Esse est percipi, être c’est être perçu dit Berkeley. Or, si la séduction de l’auditoire est de l’ordre de l’artifice, en revanche l’autosatisfaction va bien au-delà de l’horizon sacré des apparences. Le regard des autres sur leur parcours, leur besoin de reconnaissance par autrui et les convictions plus ou moins complaisantes qui accompagnent cette quête identitaire, ont tout naturellement tendance à leur faire croire qu’ils sont exceptionnels, profondément authentiques, et donc sincères avec eux-même.  S’il appartient effectivement aux grands hommes d’avoir de grands défauts, il est clair que même les plus petits d’entre les roitelets éprouvent énormément de fierté lorsqu’ils décrivent inlassablement, jusqu’à l’extinction de voix, ce qu’ils pensent avoir réalisé. Chaque idée, chaque pulsion, est chez eux essentiellement surdéterminée de sorte que l’opportunisme propre à leur ambition cesse d’être une épine dans la chair d’une pensée autocentrée sur le me, myself and I. 
Les ruses du narcissisme. Séduit par leur propre personnage, ils ne peuvent faire autrement que de ramener tout à eux, exigeant obéissance absolue et fidélité au culte. Il faut dire que l’imaginaire collectif prête souvent aux audacieux le don d’avoir eu une vision a priori presque kantienne des mots et des choses, comme si le langage était la pour décrire une essence précédant l’existence, alors qu’il ne s’agit en fait que du fruit d’occasions opportunément saisies et mises bout-a-bout par le truchement du discours, puis du récit autobiographique. Depuis la nuit des temps, depuis que l’homme parle pour se persuader qu’il existe, depuis qu’il se raconte des histoires pour ne pas feindre dans le désespoir de sa propre finitude, le crime comme les mythologies s’accommodent des pertes de mémoires. Depuis l’an pèbre et les tribuns de la plèbe, c’est bien évidement la fonction même du récit autobiographique en tant que Mémoires, que de trier et réordonner les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir. La vie a besoin du service après-vente de ce corps désarticulé qu’est le langage par lequel la grande force du passé interprète, oublie, pour finalement s’inventer afin de mieux s’imaginer un avenir radieux et des lendemains qui chantent ses louanges. Avec les marques de gratitude venant d’en haut et celles refoulant d’en bas, ils finissent par s’identifier bien malgré eux dans le champ de l’énoncé et au travers de la fonction itérative du langage. Ce qui est redondant dans leur « histoire extraordinaire » devient précisément ce qui dans la parole de leur récit autobiographique fait office de résonance. Il n’y a dès lors plus de fatalité humaine ou d’apologie du rien. Doutant de tout mais plus d’eux-mêmes, nos hommes providentiels s’enfoncent inexorablement dans la déliquescence de ceux qui pensent avoir tout réussi.
La servitude volontaire. Au fil des représentations se dégage l’impression qu’ils ne vivent plus que pour le regard que les autres portent sur eux et qu’en vertu de cette sublimation d’eux-même nos héros des temps modernes s’arrogent des pouvoirs qu’ils n’ont pas et s’approprient des droits sur le devenir d’un destin commun qui n’est autre que le leur. Tout tourne autour du comité des signataires, de leur conception éclairée de notre avenir, autour d’une usine placée aujourd’hui en orbite présidentielle. Pour autant, cette société mythique telle qu’ils la décrivent n’est autre qu’une représentation d’eux-même, une vue de l’esprit qu’ils ont fini par conceptualiser à leur image, une société qui n’a pourtant rien à voir avec ce qu’ils en ont fait. Nos hommes providentiels vivent désormais dans leur bulle pour l’éternité afin de continuer à s’approprier cette chose publique qui n’existe que dans leur imagination, mais se perpétue aux travers de réflexes identitaires et de dispositifs de pouvoir qui finissent par domestiquer notre capacité d’indignation. Le problème n’est donc pas tant l’ignorance mais le refus de savoir, ce n’est pas tant l’obligation de se taire mais le refoulement et la forclusion face à la chose dite, car ils n’ont de puissance que celle qu’on leur donne.
Le paroxysme identitaire. Nous connaissons tous l’histoire de ces petites chrysalides ternes et anodines qui se prennent pour des lucioles brillantes et s’imaginent devenir de jolis papillons bleus du lagon avant de se métamorphoser en mites dévoreuses de rêves. La béance ambiguë du vide qu’elles créent autour d’elles renvoie à la trace de l’existence de toutes ces bonnes volontés qui ont pourtant sombré dans l’anonymat. Mais tant qu’il y aura des esprits libres suffisamment entraînés pour distinguer un objet savant d’une chose pensée, aucune véritable affirmation de soi ne pourra provenir d’une négation totale de l’autre. Pour l’heure, il est bien évidement inutile de tenter d’alerter leur attention sur les conséquences de la financiarisation de la ressource. Inutile de leur préciser que la question de la participation au capital social sans surface et contribution financière n’est finalement que pure chimère sur fond de nationalisme, la fièvre des vieux serments que l’on sait promis aux désillusions. Inutile de rappeler que la réalisation des usines est sans aucun doute la consécration d’une obstination respectable et de leur prédisposition pour les affaires, mais aussi une réalisation érigée en symbole passant au second plan la mobilisation et le travail de milliers d’hommes et de femmes, calédoniens ou pas. Inutile de rappeler que les facéties idéologiques entretenues autour de leurs actes font du travestissement des vérités mercantiles propres aux affaires une caractéristique permanente de leur pouvoir absolu. Pour l’heure, comme la majorité de nos hommes providentiels issus d’une classe politique fortement ancrée à droite, ils se font une immense joie à l’idée de serrer la main de François Hollande après celle de Nicolas Sarkozy. Le flacon importe peu, pourvu qu’ils aient l’ivresse. www.caledonickel.com



 

 

 


Le partenariat industriel et commercial entre la SMSP et le sud-coréen Pohang Steel Corporation (POSCO) est assez exceptionnel et révélateur à plus d’un titre. C’est en effet la première fois dans l’industrie du nickel qu’un aciériste, qui est le consommateur final du ferronickel produit par les fondeurs, est directement associé à un mineur, notamment sur la base d’une répartition du capital 51/49. POSCO est minoritaire en capital au sein des deux co-entreprises, en Nouvelle-Calédonie comme en Corée. Si André Dang fut intimement convaincu du bien-fondé et des avantages du partenariat pour la SMSP, en revanche il n’en fut pas de même pour Paul Néaoutyine qui avait de sérieux doutes par rapport au modèle off-shore et conditionna la réalisation de ce projet à celle de l’usine du Nord considérée comme prioritaire. Depuis les perceptions et apparences ont bien évidemment changé, et l’intégration verticale issue du partenariat entre SMSP et POSCO est présentée par le président de la province Nord comme « un partenariat gagnant-gagnant ». Or c’est oublier un peu vite que POSCO n’a pas la réputation d’être très tendre. Cela fait dix ans en effet que les populations locales s’érigent contre la confiscation des terres agricoles dans la province indienne d’Odisha. C’est oublier que POSCO opère et contrôle de fait la Société du nickel de Nouvelle-Calédonie et Corée Co Ltd (SNNC) qui génère la valeur ajoutée de la filière nickel. C'est surtout ne pas vouloir admettre que POSCO excelle dans l'art d'atteindre le bon déséquilibre entre ressource minière et financière.

Aspects économiques et financiers. En cédant 49% de la société minière apportant la ressource contre 51% de celle possédant l’usine valorisant le minerai, il est un fait qu'à court terme la SMSP aura su tirer son épingle du jeu, notamment en ayant fondé le partenariat sur l’approvisionnement d’une teneur en nickel de 2,3%. Elle aura ainsi innové et revalorisé ses actifs, conserver et même créer des emplois sur mine. Toutefois, la répartition du capital social des co-entreprises n’est pas celle de leur propriété économique placée sous contrôle coréen. Les cash-flows sont en effet réalisés en Corée par l’usine, tandis que la co-entreprise minière calédonienne, Nickel Mining Company (NMC), génère évidemment de l’emploi et perd donc de l’argent. Si l’usine fut amortie en trois ans, dégageant au cours de cette période de montée en puissance un résultat brut d’exploitation supérieur au coût de construction, si elle généra un profit de quelques 27,8 milliards de francs au cours des cinq premières années, la mine cumula des pertes s’élevant à 6,5 milliards de francs sur la même période. Eu égard aux données statistiques relatives aux exportations de minerai vers la Corée et aux coûts opératoires respectifs, cette année l’usine devrait générer un profit net d'environ 40 millions de dollars, tandis que la mine devrait perdre au cours actuel autour d’un milliard et demi de francs, ce qui limite la possibilité de distribuer des dividendes en provenance de Corée et surtout contraint la SMSP à faire appel à son partenaire pour les besoins en trésorerie de NMC. La mise en service de la seconde ligne est censée répondre à un besoin qui est celui de réduire les coûts de production, le doublement de la capacité devant permettre d’abaisser la teneur d’alimentation. Selon les résolutions d’actionnaires, en passant d’un approvisionnement de 1,8 à 3,7 millions de tonnes de minerai par an, et en abaissant la teneur de coupure à 1,7% avec pour objectif la fourniture d’une teneur en nickel moyenne de 2,07% pendant 14 ans, l’usine de Gwangyang devrait théoriquement être en mesure de produire annuellement 54 000 tonnes de nickel métal contenu dans des ferronickels. Cependant, même en diminuant ainsi la teneur, NMC est dans l’incapacité d’approvisionner seule une usine programmée pour atteindre sa capacité nominale mi 2015. La Nouvelle-Calédonie sera donc mise à contribution.

Aspects opérationnels. L’absence flagrante de cogestion de l’usine de Gwangyang découlant du contrôle économique exercé par POSCO est bien évidemment préjudiciable à la SMSP qui dispose de peu d’éléments d’appréciation sur l’activité métallurgique et doit néanmoins contribuer à garantir auprès des banques locales les autorisations de découverts de la co-entreprise minière. Elle l’est particulièrement pour cette dernière en charge d’approvisionner l’usine en minerai, mais aussi pour Cotransmine, société détenue à 100% par la SMSP, assurant pour sa part les chargements des minéraliers partant pour Gwangyang et Yabulu. Le fait de gérer les co-entreprises comme deux entités différentes est assurément une erreur fatale pour la SMSP. En effet, sur le plan purement opérationnel, l’intégration verticale entre les deux entités se fit progressivement et presque inévitablement en faveur du partenaire coréen qui produit le métal, génère donc la valeur ajoutée et apporte les finances. Aussi, la co-entreprise coréenne gère quasiment en direct la programmation des minéraliers et ce quel que soit la variation du niveau des stocks de minerai disponibles au bord de mer en Nouvelle-Calédonie. Cette mainmise de l’approvisionnement sur la production minière occasionne des décalages, des modifications, dans les plans de production et en retour des frais de démurrage pour la co-entreprise calédonienne NMC. Etant une entreprise sous-traitante et exclusive de cette dernière, la société Cotransmine est contrainte de travailler à perte sur des doubles ports ou sur des chargements qu’elle ne peut pas toujours honorer faute de minerai. Autrement dit, la plupart des frais de démurrage et autres surcoûts opérationnels de la chaîne d'approvisionnement sont à la charge des deux sociétés calédoniennes. Ayant de gros problèmes de trésorerie, NMC ne peut que mettre en difficulté son plus gros sous-traitant Cotransmine alors dans l’incapacité de réaliser des profits, de maintenir sa flotte en état et d’investir dans de nouveaux remorqueurs et chalands. Transférer les opérations de chargement sur NMC serait une façon habile pour POSCO de mettre la main sur Cotransmine, la seule société opérationnelle du groupe SMSP entièrement calédonienne.

Leviers stratégiques. En assurant le contrôle économique, financier et opérationnel du partenariat, POSCO dispose des principaux leviers lui permettant de faire évoluer la filière au mieux de ses intérêts. Le doublement de capacité de l'usine en Corée se fait à partir de la plus-value tirée du minerai calédonien, du moins tant que le territoire est en mesure d'en assurer l'approvisionnement. Le coût de construction de la seconde ligne et du port de déchargement globalement estimé à 449 millions de dollars est financé à 75% par emprunt souscrit auprès de la banque coréenne Kexim, lequel est garanti par l’usine de Gwangyang. Les autres 25% sont couverts par la capacité d’autofinancement générée par l’usine, donc non distribuables en Nouvelle-Calédonie, une façon subtile pour POSCO de capter la ressource minière d’une co-entreprise tentant désespérément de garder la tête hors de l’eau avec un seuil de rentabilité se situant au-dessus de 18 000 $ la tonne, soit à un niveau similaire à celui de la filière SLN. Les besoins en fonds de roulement, les coûts de mise en service et de montée en production de l’usine sont financés par la trésorerie d’exploitation, ce qui dégrade également la capacité de distribution des dividendes. En Nouvelle-Calédonie, le doublement de la capacité de production de la mine nécessite un investissement de 178 millions de dollars intégralement financé par la banque coréenne Kexim et garanti par l’usine de Gwangyang, car NMC est dans l’impossibilité de dégager une capacité d’autofinancement et n’offre aucune surface financière crédible pour les banques. Ce crédit relais d’environ 16 milliards de francs doit être remboursé dans son intégralité en juillet 2016, soit 30 mois après le premier tirage. Avec un report à nouveau négatif estimé a plus de 4 milliards de francs à fin 2014, tout laisse à penser que NMC ne pourra pas rembourser ce crédit relais, que les coréens seront contraints de le faire et qu’afin d’éviter cela les actionnaires pourraient procéder à des ajustements qui se feraient bien évidement en faveur de POSCO. Autrement dit, en laissant s’installer ce défaut de parallélisme, POSCO prend définitivement une option sur le contrôle de l’ensemble du partenariat, donc sur la ressource.

Contrôle de la ressource. Pour continuer à parler d'une usine off-shore détenue à 51%, la SMSP est contrainte de trouver le minerai pour l'alimenter. C’est la raison pour laquelle, la minière du Nord espère que les pouvoirs publics contraindront les petits mineurs à ne plus exporter de minerai brut vers le Japon et que la prise de majorité de la Société territoriale calédonienne de participation industrielle (STCPI) dans le capital de la Société Le Nickel-SLN (SLN) lui procurera le minerai nécessaire. Or si sur le plan commercial, la mise en place du partenariat entre SMSP et POSCO aura permis dans un premier temps de baisser la teneur d’exportation du minerai de nickel à une teneur pivot de 2,3%, force est de constater que les fondeurs japonais ont immédiatement réagi et qu’ils sont aujourd’hui capables de traiter des teneurs encore plus basses, avec la valeur pivot du Gogokaï étant passé à 2,2% en 2014 et 2,1% en 2015. A part la société de Louis Ballande qui exporte du minerai à une teneur d'environ 2,1% pour son client et partenaire Sumitomo, les autres mineurs exportent du petit minerai au-dessous de 2%. Non seulement la teneur moyenne des garniérites expédiées vers le japon est inférieure à celle alimentant l’usine de Gwangyang, de l’ordre de 1,9% en moyenne contre 2% pour la Corée, mais à teneur équivalente et compte tenu des valeurs pivots respectives, le prix payé par les fondeurs japonais est 15% plus cher que celui partant vers la Corée dont le prix reste basé sur la teneur initiale avec des pénalités pour les teneurs inférieures. De plus, afin de sécuriser leur approvisionnement, les japonais ont mis en place la pratique du profit sharing, qui est un bonus perçu par le mineur sur la valeur métal du minerai. En somme, en voulant tirer avantage des accords commerciaux et s’étant obstiné à ne pas vouloir revoir les teneurs et les prix à la baisse, POSCO a perdu son avantage compétitif et a permis aux fondeurs japonais de revenir dans la course. Pour autant, c'est bien la NMC et Cotransmine, donc la Nouvelle-Calédonie, qui fait les frais de la non-revalorisation du prix du nickel. Compte tenu, des déséquilibres économiques, financiers et opérationnels, le contrat d'exclusivité de fourniture de minerai entre les deux partenaires se retourne contre la SMSP qui est contrainte de fournir toujours plus si elle veut continuer à faire vivre la filière off-shore.

Le management par la contrainte. Si en dépit des beaux discours sur le « partenariat gagnant-gagnant » l’usine de Gwangyang refuse toujours de communiquer le détail des composantes de sa structure de coût, celui de l’emploi de ses réserves et ses plans de trésorerie à son actionnaire principal qu’est la SMSP, POSCO connaît la co-entreprise minière dans ses moindres détails. Si contrairement à cette dernière, l’usine de Gwangyang génère des profits substantiels, la plus grande partie n’est pas distribuée et sert à autofinancer les investissements industriels en Corée. Si aucun calédonien ne travaille encore aujourd’hui en Corée pour l’usine de Gwangyang, en revanche de plus en plus de cadres coréens s’installent en Nouvelle-Calédonie aux commandes de la NMC avec un sens aigu de la partition et un soin particulier pour l’approvisionnement de l’usine. Si un financement de 178 millions de dollars, soit environ 16 milliards de francs, devrait effectivement être consacré à l’extension de la capacité de production de la mine, la plupart des travaux de fabrication et d’infrastructure sont réalisés par POSCO A&C et ses sous-traitants coréens, et non par les entreprises calédoniennes. En somme, si la propriété légale du capital de la SNNC est censée appartenir à 51% à la SMSP, la propriété économique est bien détenue par POSCO qui met son partenaire devant ses responsabilités. Tant qu'il y aura du minerai et un marché porteur pour l'acier inoxydable, POSCO réinvestira les profits tirés de la transformation du minerai calédonien dans la construction d'autres lignes supplémentaires en Corée. En revanche, le jour où NMC ne pourra plus assurer ses engagements, alors et seulement alors les calédoniens réaliseront ce qu'est une cavalerie industrielle.  Ils seront face à un choix cornélien : soit la SLN et les petits mineurs seront contraints d’exporter leur nickel en Corée, soit ils redeviendront propriétaires à 100% des vieilles mines de NMC restant à réhabiliter, tandis que POSCO reprendra ses unités de production qui seront alors approvisionnées avec du minerai venant d’ailleurs. La devise de POSCO se passe de commentaires : We move the world in silence!

 

Etant à la fois financeur et maître d’ouvrage, Glencore contrôle le coût du projet de l'usine du Nord et donc par conséquent les leviers financiers, c’est-à-dire le montant de la dette junior que Koniambo Nickel devra lui rembourser sur 25 ans, capital plus intérêts fixes à 4,8% et coupons variables pour la rémunération des cash-flows en fonction du cours du nickel. Autrement dit, même si la conduite du projet aura été laborieuse, même si le chantier prit énormément de retard, même si le coût de construction augmente significativement, comme le montrent ses propres projections, les retours financiers pour la multinationale seront néanmoins substantiels. Il en est de même pour le financement des travaux supplémentaires dus aux nombreuses anomalies comme la mauvaise confection des échangeurs de chaleurs de la centrale et de l’unité d’affinage, surcoûts normalement placés sous la responsabilité du partenaire garantissant la bonne fin d’exécution de la construction. Comment cela est-il possible? Comment peut-on mal travailler et être bien payé?

Retards, surcoûts et moindre rentabilité opérationnelle. Il est un fait que ni Xstrata, ni Glencore n’avaient auparavant construit une usine de traitement de nickel d’une telle capacité, leur croissance provenant essentiellement du rachat de sociétés existantes, du négoce des matières premières, d’opérations d’affacturage et autres techniques d’optimisation fiscale. Aussi, du fait de l'isolement du territoire et de la complexité insulaire, de leur inexpérience et de la taille du projet, l’usine du Nord connut un retard considérable et des surcoûts importants. On se souvient que selon les dires de Falconbridge, l’usine devait atteindre sa pleine capacité en 2010. Puis selon Xstrata Nickel, elle devait produire à 60% de sa capacité nominale pour fin 2011 et 60 000 tonnes en 2012, alors que fin 2013, elle atteignit péniblement 1 426 tonnes de nickel métal en tirant sur des générateurs auxiliaires qui n’ont pas été conçus pour cela. Au cours du premier semestre 2014, la production avait à peine doublé. Bien que le prix initial de construction fut estimé par Falconbridge à 1,6 milliard $, puis à 2,2 milliards en 2004, avec Xstrata le coût passa à 3,85 puis à 5 milliards $ hors impact du financement, avant d’être ré-estimé par Glencore à 6,3 milliards $ et ce bien avant que les problèmes rencontrés au niveau des centrales d’énergie ne soient connus et portent le budget de construction à 7,2 milliards $. Compte tenu des nouveaux retards et des surcoûts occasionnés par les centrales d’énergie mais aussi par les auxiliaires qui auront été mis à rude épreuve pendant la période de montée en puissance, il faudra attendre au moins 2017, si ce n'est 2018, pour voir l’usine du Nord atteindre enfin sa capacité nominale de production, soit 21 ans depuis la visite d’Oyvind Hushovd. Son coût de construction et de mise en service basée sur un scénario de production dégradé avant intérêts intercalaires avoisinera vraisemblablement les 7,5 milliards de dollars. Le manque à gagner de ces retards est bien évidemment considérable si l’on considère qu’à partir de mi 2014 le cours du nickel se stabilisa autour de 9,2 $ la livre, puis autour de 8 $ le semestre suivant.  Mais sur le plan industriel, la fiabilité technologique du procédé NST ne peut pas encore être véritablement éprouvée du fait même des retards occasionnés par les problèmes d’échangeurs au niveau des centrales d’énergie. Enfin, compte tenu de l’augmentation des ratios miniers, de la baisse de la teneur prélevée par rapport aux objectifs, au problème de stockage et d’homogénéisation du minerai produit, de la consommation accrue de diesel liée au recours à des auxiliaires existants et supplémentaires, il faut s’attendre à une augmentation significative des coûts opérationnels de la mine et concomitamment une moindre rentabilité économique de l’usine.

Maximisation des profits financiers et commerciaux. Avec la fusion-absorption d’Xstrata par Glencore, le leader mondial du négoce des matières premières poursuit sa politique consistant à maximiser les profits financiers et commerciaux. Pour la majore Suisse dont une partie du capital est aujourd'hui introduit en bourse, l’usine du Nord fait partie de ces infrastructures dont le montant de l’actif se doit d’être déprécié pour faire monter les actions du groupe et accroître sa surface financière. L’ambition de Glencore en Nouvelle-Calédonie, comme ailleurs dans le monde, ne réside donc pas dans la croissance organique des unités de production. La finalité est ailleurs. Grâce à sa surface financière la multinationale a la faculté et l'immense privilège de financer puis de se faire rembourser au centuple par ses partenaires locaux ayant apporté la ressource. Autrement dit, elle se fait aussi rémunérer le risque financier de sa propre inexpérience en matière de conduite de projet. Or la revue à la baisse de la production et les retards successifs de la montée en puissance ont un impact négatif sur la séquence des revenus de son partenaire local qui devra attendre 2018, voire 2019, pour espérer percevoir les premiers dividendes issus des résultats d’exploitation. Pour se faire une idée du décalage qu'il existe actuellement entre les revenus générés par la co-entreprise Koniambo Nickel et les échéances financières de l'actionnaire local, il suffit de retenir qu’au cours du premier semestre 2014, Koniambo Nickel avait produit et vendu 3 077 tonnes de nickel métal contenu dans des ferronickels générant tout au plus 55 millions $ de chiffres d'affaires, tandis que les premières échéances de remboursement d’emprunt de la SMSP s’élevaient à quelques 2,5 milliards de francs. Il faut dire qu'au cours des dix dernières années des groupes miniers parmi les plus importants de la planète ont été rachetés par des sociétés de négoce moins imposantes certes, souvent clientes mais disposant des capacités financières et de la réactivité nécessaire leur permettant de tirer avantage des erreurs stratégiques commises par les sociétés dans lesquelles elles disposent de participations. Falconbridge a disparu au profit de sociétés de négoce plus diversifiées et réactives comme Xstrata. Au cours des quatre dernières années, Glencore a racheté le suisse Xstrata, le canadien Viterra spécialisé dans la commercialisation du grain et le sud-africain Caracal spécialisé dans l’exploration pétrolière et gazière. Sur la shopping list d’Ivan Glasenberg figurent Anglo-American qui avait échappé de justesse aux griffes d’Xstrata, mais aussi l’imposant Rio-Tinto, lequel dispose d’une base capitalistique plus importante mais qui est structurellement handicapé par son activité trop dépendante du prix du fer. Nul doute que le multimilliardaire Ivan Glasenberg, détenant 8% des actions de Glencore, espère un jour rivaliser avec le numéro un mondial BHP Billiton en ayant recours à ce que la finance qui nous gouverne appelle lesblockbuster acquisitions et le spinning off of a portfolio of core assets. Plus près du terrain, en Zambie, au Tchad, en République Dominicaine, au Pérou, aux Philippines, les organisations non-gouvernementales dénoncent une série de pratiques peu orthodoxes. Au Congo, Kamoto Copper Company, la filiale exploitant les mines de cuivre dans la province de Katanga, dégage systématiquement des résultats déficitaires malgré la hausse de sa production et celle des cours du cuivre. Cette société est majoritairement détenue par cinq sociétés établies dans des paradis fiscaux, elles-mêmes propriétés du groupe Katanga Mining Limited appartenant à Glencore. En Colombie, Predeco, une filiale de Glencore exploitant des mines de charbon, est accusée d’exporter le « sang du charbon » et de financer des milices paramilitaires ayant procédé à plusieurs centaines d’exécutions sommaires. La multinationale est généralement accusée de soudoyer les dirigeants et de gonfler artificiellement les coûts de production des filiales au travers de sociétés offshores spécialisées dans les opérations d’affacturage, d’optimisation fiscale et de méthodes de prix de transferts. Elle est notamment accusée de pratiquer l’évasion fiscale au travers d’emprunts souscrits auprès de ses propres filiales financières établies offshore dans des paradis fiscaux et imposant des taux d’intérêts supérieurs au marché.

Contrôle effectif de l'usine du Nord. Tout porte à croire que ces pratiques pourraient tout aussi bien se développer en Nouvelle-Calédonie, ou comme Eramet, Glencore détient les principaux leviers pour priver le territoire et ses populations de la manne de leur matière première. Si le labeur sous payé de milliers de travailleurs venus d’Asie pour construire l’usine du Nord resta une aubaine pour l’optimisation des coûts de construction, si l’usine et le traitement de l’or vert devinrent une source de fierté légitime pour ceux voulant mettre fin à l’hégémonie d’Eramet-SLN, il va sans dire que, bien que fort sympathique, la direction de Koniambo Nickel est naturellement d’obédience étrangère au service d’un retour sur investissement maximal au profit de la multinationale. Si la culture d’entreprise que connurent les employés du temps de Falconbridge n’existe plus, c’est bien parce que le « projet pays » était encore porté par des calédoniens. L’objectif de 2007 d’avoir moins de 80 expatriés en 2012 est naturellement oublié. Aujourd’hui, ce sont les expatriés canadiens aux commandes de l’entreprise qui font proposer à leurs compatriotes par des employés locaux « de venir travailler en Nouvelle-Calédonie pour y vivre une aventure humaine incroyable ». La multinationale y contrôle la production du ferronickel puisqu'elle est propriétaire exclusif du procédé de fabrication qu’elle loue à Koniambo Nickel. Les opérations de broyage et séchage, de calcination, puis de réduction dans le lit fluidisé et enfin de fusion dans le four électrique font parties du procédé NST développé par Falconbridge. Par ailleurs, elle contrôle la commercialisation. Elle détient en effet une totale exclusivité sur la vente de la production de ferronickel de KNS et peut donc spéculer sur les cours, influer sur la rotation des stocks et fixer les dates de paiement de sorte qu’une partie de la valeur ajoutée soit faite au niveau du négoce. Glencore approvisionne également l’usine australienne de Yabulu en minerai de nickel provenant des Philippines. La multinationale vend aussi en Chine l’oxyde de nickel et le carbonate de cobalt produits par la raffinerie australienne. A terme, l'objectif est de mettre la main sur le dernier maillon commercial qu’est le circuit d’approvisionnement de l’usine de Yabulu par le minerai nickel fatal calédonien, de profiter de l’arrêt des exportations indonésiennes pour exporter le minerai brut des petits mineurs en Chine, et pourquoi pas, de boucler la boucle en profitant de l’incapacité de Nickel Mining Company à monter en production pour exporter du minerai en Corée afin d’alimenter la seconde ligne de l’usine de Gwangyang. La devise de Glencore est assez simple finalement : Don’t blow capital on big projects and do keep shareholders happy by returning cash!

 

 

pastedGraphic_5.png

pastedGraphic_6.pngA-t-on le droit de se taire lorsque l'on sait? Est-il légitime de mentir par omission? Sommes-nous contraints par un devoir de vérité? Alors pour comprendre la portée tout en mesurant les limites des participations de la Nouvelle-Calédonie dans les sociétés minières et métallurgiques, il convient de faire une première distinction fondamentale entre la base capitalistique d’une activité industrielle et la ressource minière dont elle dispose. Dans cet échange entre bonne mine et métallurgie, il convient de dépasser la question épineuse du contrôle de la ressource par la seule participation des collectivités publiques car la répartition soi-disant équitable de la structure du capital des co-entreprises est du domaine de la sphère symbolique face à la course au gigantisme de la mondialisation. En effet, les sociétés multinationales contrôlant les deux tiers du commerce mondial sont seules capables de lever des montants substantiels auprès des fonds de pension sur les marchés des emprunts obligataires. Et comme pour d’autres sociétés multinationales qui pensent globalement sans loyauté ni attachements spécifiques, qui développent des produits de consommation dans les pays riches, puis une fois que ces produits ont atteint un stade de standardisation, délocalisent leur production dans des pays à bas salaires pour les réexporter dans les pays riches, les grands groupes miniers cherchent à produire à moindre coût dans des pays où la valeur travail est la plus faible. Mais en raison de leur activité d’extraction et de transformation, l’accès aux matières premières est incontournable et doit nécessairement passer par le contournement de certaines entraves à l’échange, quitte à acheter les minorités, leurs politiques et les syndicats, quitte à supporter des coûts d’investissement et du travail plus élevés comme c’est le cas en Nouvelle-Calédonie. En raison des coûts importants des projets industriels de classe mondiale, les multinationales disposent surtout de la surface financière leur permettant de faire endosser le prix du risque aux sociétés locales partenaires apportant la ressource. Autrement dit, si la stratégie développée par Inco et reproduite par Vale dans le Grand Sud engendre aujourd'hui des déséquilibres découlant du management par la contrainte, si en revanche la montée à 50,1% des provinces dans le capital de la Société Le Nickel-SLN (SLN) laisse espérer un contrôle de plus de la moitié du patrimoine minier du territoire, celle développée par la SMSP permit certes d’arracher la ressource des mains d’un protectionnisme parisien en perte de compétitivité, mais ce afin de développer des projets industriels sur une base capitalistique qui n’est équitable et équilibrée qu’en apparence. Autant les hommes ont douté de la possibilité de construire une usine dans le Nord, autant ils commettent aujourd'hui l'erreur de ne pas savoir limiter leurs espoirs.

Propriété économique et puissance financière. Premier postulat. Que ce soit l’usine du Nord, celle du Sud ou de l’Empire du milieu, que la Nouvelle-Calédonie dispose d’une participation de 51%, 34% ou 5%, ce sont les multinationales qui garantissent et financent la construction des usines, ce sont donc elles qui assurent la maîtrise d’ouvrage, contrôlent la maîtrise d’œuvre, détiennent les procédés de production et commercialisent le métal. Second postulat. Qu’il s’agisse de 51% ou 5%, les actionnaires locaux sont bien incapables de garantir donc de financer les investissements des co-entreprises qui portent des projets industriels gigantesques dont le coût de construction et de mise en œuvre unitaire dépasse les 700 milliards de francs. Aussi, quel que soit le niveau de participation au capital social, pour pouvoir être capable de rembourser leur quote-part d’investissements et le coût important du crédit, les actionnaires locaux n’ont pas d’autres choix que de dépendre du modus operandi de leurs partenaires financiers. Ceci ne fait bien évidemment aucun doute pour ce qui concerne la Société de participation minière du sud calédonien, qui malgré un endettement important lui permettant de financer sa quote-part des avances en capital, ne détient que 5% du capital social. Mais c'est également le cas pour la SMSP, car si elle est majoritaire au capital et malgré le mérite d'André Dang, compte tenu des montants engagés et de l’expertise requise, ce sont les multinationales qui contrôlent les projets. L’usine du Nord et celle de Gwangyang ont été construites et financées par les multinationales, pas par la SMSP. Encore une fois, le monde de la finance n’est pas élu, ni forcément majoritaire, mais il gouverne effectivement. Aussi, une seconde distinction fondamentale doit être faite entre la propriété légale mais symbolique du capital social des co-entreprises et la propriété économique et financière des projets. 51% de quoi et à quel prix?

Retombées locales du point de vue comptable. Qu'elles soient minoritaires ou majoritaires, les participations au capital social des co-entreprises s’appliquent à la distribution du résultat net sous forme de dividendes. Il convient donc de s’interroger sur la structure même des coûts générant la valeur ajoutée produite et sur ce qu'il reste à distribuer. Prenons le cas de Koniambo Nickel (KNS) par exemple. Quels sont en effet les mécanismes comptables de la production et de la commercialisation du ferronickel et de leur influence sur la marge commerciale et la valeur ajoutée de la co-entreprise ? En clair, comment Glencore tire parti de sa compétence exclusive sur le procédé de fabrication et sur la commercialisation du ferronickel ? En quoi cela est-il différent du contrôle exercé par Eramet ou Vale sur leurs filiales calédoniennes? Pour quelle raison Glencore ou Vale seraient-ils plus bienveillants qu'Eramet? De la même manière, d’un point de vue purement financier, quel est le montant et la répartition de ces retombées ? Quel est le coût du service de la dette payée par KNS à Glencore ou de celle payée par Vale Nouvelle-Calédonie à sa maison mère pour avoir financé la construction ? En clair, combien la construction rapporte-elle de revenus financiers aux multinationales? Ces dernières ne sont elles pas devenues des promoteurs ayant recours à la finance internationale pour générer des revenus en finançant les projets tout en contrôlant la ressource, et ce quel que soit le niveau de participation de l'actionnaire local? Ces questions sont en fait révélatrices d'un grand déséquilibre économique et financier, mais aussi d'un certain mutisme idéologique. Sans doute s'est-on habitués à ne pas regarder le doigt qui nous montre la lune? Mais la pragmatique du langage nous échappe-t-elle au point de ne pas vouloir comprendre? Le problème est-il l'ignorance ou le refus de savoir, l'obligation de se taire ou le refoulement et la forclusion? Pourtant selon les calculs du partenaire financier, lesquels sont régulièrement reproduits dans les publireportages de l'entité locale, le lecteur averti peut facilement en déduire que les produits financiers qui lui seront servis par KNS pour le financement de la construction de l’usine (donc hors dividendes) seront supérieurs à l’ensemble des retombées économiques du projet pour la Nouvelle-Calédonie pendant les 25 prochaines années. Quelle est donc la valeur réelle de ces 51% lorsque l’on réalise tout à coup que les revenus financiers que la multinationale percevra au titre du financement de la construction, donc avant toute distribution de dividendes, seront supérieurs à l’ensemble des retombées locales sous forme d'achats locaux, de sous-traitance, de masse salariale, d'impôts et taxes, ainsi que de dividendes distribués à l’actionnaire local au cours des 25 prochaines années ?

Nature du pouvoir. Bien sûr Paul Néaoutyine affirme que « nous sommes passés du système dominant-dominé qui a régi l’exploitation du nickel pendant plus d’un siècle, avec des populations locales qui voient les retombées leur passer sous le nez, à un système gagnant-gagnant ». Ceci est bien évidemment ni plus ni moins qu’une posture politique, un mensonge romantique, une facétie idéologique au service des marchands de liberté qui prêtent à usure sous prétexte de donner, au service d'un État qui privilégie le dialogue dans la mesure ou la concertation n'a pas pour objet de détricoter le tricot. En dépit des apparences et de la fierté légitime que firent naître les participations majoritaires à hauteur de 51%, force est d’admettre que la SMSP est aujourd’hui un partenaire particulier sans ressources financières, un sleeping partner souffrant d’insomnie, un pourvoyeur d’emplois bien plus que de richesses dans un monde industriel où les matières premières, la valeur-travail et la plus-value générée par sa transformation s’achètent à vil prix sur les marchés financiers. Si les multinationales ne détiennent que 49% du capital social de ces co-entreprises, il est clair que leurs apports en industrie et leur surface financière confèrent à ces dernières une position tout à fait dominante, pour ne pas dire supranationale. Bien sûr, conformément aux statuts issus des joint venture agreements, toutes les décisions des conseils de direction des co-entreprises sont votées à l’unanimité des six membres représentants les associés. Pour autant, bien que minoritaires en actions, Glencore et POSCO, tout comme Vale et Eramet, sont les vrais dirigeants et propriétaires économiques des partenariats élaborés par la SMSP, car ce qui compte réellement au sein de ces conseils de direction, ce n’est pas le niveau de participation au capital social mais le réel pouvoir de décision découlant de la surface financière de chacun des partenaires.

Coquille vide ou manipulation néocoloniale? Avec sa stratégie fondée sur la détention de 51% du capital social, André Dang se persuada et voulut absolument faire croire aux calédoniens qu’il pouvait contrôler la ressource minière du pays et par là les décisions des multinationales finançant les projets industriels. Evidement, dans le cadre de cette sphère symbolique et de la projection identitaire qui en émane, et face à l'emprise des multinationales, le nationalisme de la ressource fait toujours le buzz, une technique marketing consistant à faire le bruit (d’un insecte) autour de déclarations à l’emporte-pièce, tranchant dans le vif, faisant monter l’audimat avec les signes d'appartenance locale conférés au "projet pays". Aimées ou détestées, ces prises de positions ne laissent généralement pas indifférent tant elles sont parfois confuses, généralement alambiquées, mais toujours opiniâtres dans un espace mental particulièrement clivé. Mais en réalité, que ce soit sur le site industriel de Vavouto comme sur celui de l’usine de Gwangyang, qu’il s’agisse de la prise de contrôle du capital de la SLN où de l’interdiction pour les petits mineurs d’exporter leurs garniérites vers le Japon, force est de constater que les prises de position de la SMSP sont plus déterminées dans leurs énonciations que déterminantes dans les faits. Coquille vide ou manipulation néocoloniale ?

Un syllogisme parfait! Grâce à l’affichage des 51% que les pessimistes jugeaient impossibles, les défaitistes inutiles, et les lobbyistes illusoires bien que nécessaires, cette Doctrine Nickel eut néanmoins l'avantage de concilier deux forces majeures qui devinrent les leviers d’une seule et même stratégie de valorisation d’une ressource mobilisable appartenant à la SLN. Il s'agit de la revendication foncière pour en gagner l’accès, d’une part, et l’emprise technologique et financière des multinationales étrangères dans la conduite des projets industriels, d’autre part. Bien que les deux grands projets industriels calédoniens connurent pratiquement les mêmes écueils, des changements d’actionnaires, des retards importants dans la construction, des incidents durant la mise en exploitation, des augmentations de coûts significatifs avec leurs lots de secrets d’alcôve de la part d’élus toujours droits dans leurs bottes bien que souvent contraints de courber l’échine devant les puissances faustiennes, force est de reconnaître qu'avec l'usine du Nord, les contestations auront été contenues grâce à l’affichage des 51% et la croyance populaire du « projet pays ». Dans un syllogisme parfait, la minière du Nord sut juxtaposer en quelque sorte la volonté de mettre fin au système colonial d’Eramet-SLN avec le développement du néocolonialisme des multinationales, ce que les générations futures calédoniennes ne manqueront pas d’appeler the green cake road, jonchée de trous couleur de sang. Les promoteurs de cette Doctrine Nickel se sont armés de patience, mais pendant combien de temps encore cette apparente volonté d’indépendance économique reposant sur l’illusion de percevoir 51% de la valeur ajoutée masquera-t-elle les produits financiers exorbitants qui quitteront la Nouvelle-Calédonie sans qu’aucun prélèvement ne soit effectué par voie d’autorité de la dite puissance publique ?

  

Si certains commentateurs faisant office de petits notaires du savoir appellent de leurs vœux l’élaboration d’une Doctrine Nickel fondée sur le développement d’un outil marketing pour vendre la production du pays, il convient toutefois de ménager sa monture et ne pas oublier que les multinationales Eramet, Glencore, POSCO et Vale, contrôlent déjà la commercialisation du métal. Le fer et le nickel ont été battus pendant qu’ils étaient encore chaud. Ceci est d’autant plus vrai qu’une raison autre que le manque de compétitivité inhérent au protectionnisme industriel français ou au poids financier grandissant des multinationales étrangères dans les projets calédoniens, vient tempérer, voire-même empêcher, la mise en place d’une Doctrine Nickel fondée sur le contrôle de la ressource au profit de la Nouvelle-Calédonie. Paradoxalement, cette raison est propre à l'intolérable opacité des "sociétés pays" qui font la promotion du nationalisme de la ressource. Parce ce qu'elle est un obstacle à la lumière et révèle donc en contre champ les ombres de la suspicion, cette opacité constitue un véritable frein à l’administration éclairée de la ressource publique car s’il peut paraître tout à fait souhaitable de développer une politique industrielle sur la base d’un contrôle majoritaire du capital des co-entreprises détentrices de la ressource minière, il est en revanche hasardeux pour la collectivité de ne point exercer de contrôle éclairé et a priori sur la gestion et les montages financiers des "sociétés pays".

La question fondamentale de la gestion des ressources publiques. Les sociétés minières ne sont pas propriétaires du sous-sol, mais tout au plus détentrices de titres miniers sur des gisements qu'elles s'engagent à exploiter dans le respect d'un cadre législatif et réglementaire respectueux de l'intérêt général. En cela, il faut admettre que du Nord au Sud les critiques maintes fois formulées sur l’opacité des "sociétés pays" est amplement justifiées. Les prises de risques excessifs ou insuffisants quant à la gestion du patrimoine minier calédonien, le mélange d’intérêts privés et publics, les stratégies d’enracinement des dirigeants cumulant les fonctions et les recommandations des commissaires aux comptes contenus dans les annexes, nécessitent une communication accessible et transparente des comptes sociaux, qui plus est lorsqu’il s’agit de gestion du domaine public concédé. En ce sens, l’opacité entretenue au sein de "sociétés pays" soulève la question fondamentale de la gestion privée des ressources publiques, du bien fondé de l’accès et du contrôle de la ressource minière, et plus encore du manque de confiance, voire du sentiment de suspicion, à l’égard de la gestion des entreprises et du patrimoine minier qu’elles revendiquent. La signature par Patrice Muller, le président de la Société de participation minière du sud calédonien (SPMSC), d'un accord occulte visant à restructurer les dettes de l'entité locale du Grand Sud, trois jours seulement après le vote du protocole général d'accord sur l'attribution de Prony & Pernod, est une décision allant clairement à l'encontre de l'élaboration d'une Doctrine Nickel. Il en est de même de l'accord de la Société territoriale calédonienne de participation industrielle (STCPI) alors placée sous la présidence de Louis Mapou, pour la distribution les dividendes de la Société Le Nickel-SLN (SLN), au lieu que cette dernière investisse directement dans l'outil de production. Les enjeux du nickel sont en effet tels que les calédoniens ont le droit d’être informés car on ne peut pas leur parler de « politique pays », de Doctrine Nickel, faire appel à leur citoyenneté, et en même temps les priver d’informations nécessaires à l’élaboration des décisions qui engagent leur avenir et celui de leurs enfants.

Laisser s'instaurer des contre-pouvoirs. Il existe de la part de l’opinion publique une véritable demande de transparence qui dans ce domaine n’est partagée ni par les politiques, ni par les opérateurs. Malgré le pacte du Grand Sud, il aura fallu attendre le blocage de Vale Nouvelle-Calédonie par les populations concernées par la gestion des risques industriels et environnementaux, ainsi que l’arrivée de Philippe Michel aux commandes de la province Sud, pour qu'une partie des dossiers relatifs aux installations classées puisse enfin être accessible sur internet. Même s’il s’agit d’une action constructive doublée d’une belle opération de communication, à l’avenir les administrés pourront au moins rappeler à l’autorité de tutelle les engagements qui ont été pris en termes de gouvernance. Mais il ne faut pas se le cacher ! Cette volonté de transparence ne provient pas de la majorité silencieuse mais essentiellement de quelques organisations non-gouvernementales qui doivent néanmoins tempérer leurs interventions si elles veulent bénéficier de subventions pour continuer à exister. Les actions menées tambour battant par Martine Cornaille dans le domaine de l’environnement sont une exception notable qui confirme la règle de l'auto censure sévissant au pays du non-dit. Ensemble pour la planète constitue en quelque sorte le souffle démocratique d'un grand corps malade par la spoliation du capital naturel, l’utilisation des mandats électifs à des fins d’enrichissement personnel ainsi que les ententes cordiales entre opérateurs et institutions sur l’accès et l’utilisation de la ressource minière. Plus encore que la 5e république au sein du système parlementaire européen, la Nouvelle-Calédonie est en retard par rapport aux exigences morales de la pratique des affaires, d’autant qu’une société de droit privé même détenue par des sociétés d’économie mixte échappe totalement au contrôle de la Chambre territoriale des comptes. Plus encore que dans l’ensemble du territoire, la province Nord échappe aux principes de bonne gouvernance en ce qui concerne le fonctionnement des instances et des structures décisionnelles.

Bannir la concentration des pouvoirs. Malgré son immense mérite, à 78 ans André Dang est actuellement président de STCPI, directeur-général de SOFINOR, président et directeur-général de SMSP, président de NMC, président et anciennement co-gérant de Cotransmine, administrateur de KNS, NMC et SNNC. Or le code du commerce applicable en métropole l’est également en province Nord et la loi relative à la réglementation économique y instaura en mai 2001 une distinction importante entre les fonctions du président du conseil d’administration et celles du directeur général. Bien que le mode d’organisation ne soit pas obligatoire il revient au conseil d’administration d’effectuer ce choix. Le législateur a voulu ainsi créer un contre-pouvoir en donnant au conseil d’administration une véritable autonomie. Conformément à l’article 21 des statuts de la SMSP cette distinction entre la présidence et la direction générale est possible. Le directeur général peut en effet être investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toutes circonstances au nom de la société qu’il dirige dans la limite de l’objet social et de la loi, tandis que le président peut exercer un rôle bien plus limité mais essentiel qui consiste à représenter le conseil d’administration à l’égard des tiers, ainsi qu’à veiller à l’organisation et la direction de ses travaux. Ce dernier peut ainsi pleinement déterminer les orientations de l’activité de la société et se saisir de toutes questions intéressant la bonne marche de l’entreprise. Or, avec le cumul des fonctions depuis la disparition de Raphaël Pidjot, le conseil d’administration ne dispose pas des moyens qui lui permettraient d’exercer les contrôles et les vérifications qui pourraient être jugés opportuns. Les administrateurs n’ont pas suffisamment de recul et d’information pour pouvoir s’exprimer sereinement et connaître la conséquence de leur vote.

Eviter le cumul des fonctions. A ce propos, il n’est pas inintéressant de noter que déjà en 1995, le président de la province des Iles, Nidoïsh Naisseline, déclarait dans la presse que les collectivités provinciales n’ont pas de véritable possibilité d’intervention et de contrôle. Il existait en effet au sein de la SMSP un conseil de surveillance qui a été supprimé pour faire disparaître les contre-pouvoirs. En 1998, Sylvain Renaud, le conseiller de la Chambre territorial des comptes de Nouvelle-Calédonie avait pareillement indiqué « le déficit de transparence et de démocratie » du groupe SOFINOR. Dans son rapport d’observations établi en 2011 à la suite d’une nouvelle vérification des comptes et examen de la gestion de la Société d’économie mixte, François Monti, le président de la Chambre territoriale des comptes, s’était étonné de voir que la SMSP demeurait l’une des rares filiales qui ne dissociait pas encore ses fonctions de président et de celles de directeur général, bien que l’un des administrateurs ait pourtant souhaité que le pôle métallurgique et minier se conforme à la règle générale en vigueur dans le groupe. Lors de ses observations au rapport provisoire préparé par le premier conseiller, son PDG avait indiqué qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce que les fonctions soient séparées dès lors que les compétences existent, ajoutant que tel était le problème actuel de la "société pays", ce qui en dit long sur la considération qu’il pouvait avoir de ses administrateurs. Il précisait en outre qu’ayant été personnellement à l’origine des projets internationaux menés à bien ces dernières années, l’un de ces partenaires avait souhaité s’assurer du fait que le représentant de l’associé local, en tant qu’interlocuteur privilégié du partenariat, maîtrise la gestion de la totalité des actifs portés par les sociétés communes. Ce serait donc à la demande de ce partenaire qu’il continue d’assumer tant les fonctions de président que celle de directeur général. Bien que cette affirmation concernant l’exigence du cumul des fonctions n’engage que ceux qui la croient, il parait tout à fait déplacé de vouloir faire admettre aux calédoniens qu’une société étrangère puisse souhaiter, voire imposer, un tel cumul à son partenaire local, filiale d’une société à capitaux publics. Difficile dans ces conditions de s’offusquer lorsque Patrick Buffet est nommé président et directeur général de la SLN ! D’ailleurs en quoi cette modalité d’exercice de la direction générale et de la présidence du conseil constitue-t-elle pour les partenaires étrangers un facteur de stabilité et un gage de gestion rigoureuse ?

Définir les conditions préalables à l'élaboration d'une "stratégie pays". Bien que n’étant pas cotée en bourse, la SLN publie chaque année le détail de ses résultats comptables au greffe du tribunal de commerce comme dans ses rapports d’activité disponibles en ligne. Les petits mineurs, à l’exception notable de la SMSP et de certaines de ses filiales, déposent au moins leurs comptes dans la version abrégée. Mais ne soyons pas si naïfs ! L'exigence morale dans la pratique des affaires va bien au-delà de la simple obligation légale de publier les comptes de résultats et bilans abrégés des sociétés au greffe du tribunal de commerce. Cela suppose que le mode d’organisation des "sociétés pays" permette de faire émerger des contre-pouvoirs au sein du processus décisionnel, que les informations financières disponibles soient exhaustives, cohérentes et exactes, que les services administratifs puissent rendre publics ces états financiers, que les sociétés titulaires d’autorisations personnelles minières et de concessions soient en capacité d’honorer leurs engagements commerciaux et qu’elles maitrisent et assument les conséquences de leurs choix. A l’évidence, la transparence de l’information financière et le non-cumul des fonctions sont les piliers du préalable démocratique à l’élaboration d’une Doctrine Nickel pour la mise en place d’une politique industrielle concertée et maîtrisée. Et cette dernière pourrait effectivement, si elle répond aux exigences démocratiques, déboucher sur la mise en place d’un moratoire jugé nécessaire pour que la population calédonienne digère et se réapproprie autant que faire se peut la maîtrise de ces grands projets. D’autant, qu’assez paradoxalement, cette carence d’information et ce cumul des fonctions, sont de véritables freins à la mise en place de rapprochements et de synergies entre industriels. L’opacité est une des principales raisons pour lesquelles certains courants de pensée et libres penseurs ayant pourtant été favorables et s'étant mobilisés pour la construction de l’usine du Nord se sont toujours opposés à ce que la STCPI puisse monter à 50,1% dans le capital de la SLN. Un nombre grandissant de personnes qui ont pourtant toujours soutenu les "projets pays" s’oppose aujourd’hui à ce que de nouveaux projets soient développés parce que ces derniers reposent sur une pratique qui consiste à prendre le domaine minier d’une société pour finalement en perdre le contrôle au profit des multinationales étrangères. Assurément, une réforme de la gouvernance des "sociétés pays" est un passage obligé de la nécessaire convergence entre les opérateurs locaux et les collectivités publiques. Dans le respect, la transparence et le courage, mûrit la véritable grandeur démocratique d'un destin commun. S'il  n'y a pas de science sans conscience, il n'y a pas non plus de projets pays sans entreprises citoyennes. Fais ton devoir dit Kant, dans le respect de la loi et d'autrui ! Subis l'injustice dit Socrate, plutôt que de la commettre !

 

Quelques années après avoir fait son entrée remarquée dans le domaine réservé de la métallurgie, la SMSP fit une autre entrée tout aussi remarquable bien que moins triomphante. Le redressement fiscal total dont elle fit l’objet s’élève à 5,789 milliards de francs et constitue donc le deuxième plus important de l’histoire du pays. Le contentieux porte sur les deux projets menés par la minière du Nord au travers de la maison mère SMSP pour un montant de 4,816 milliards et de la filiale qu’elle détient à 100%, la Société de Ouaco pour 973 millions. Après un manque d’anticipation, suivi d’une tentative infructueuse d’optimisation fiscale, la SMSP aura été contrainte d’imposer un nouveau préalable syndical, puis de gagner du temps en faisant un recours en plein contentieux auprès du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie contre la décision de rejet des services fiscaux. Pour quelle raison? Et bien d'abord parce que le retard dans la mise en route de l'usine du Nord ne permet pas à Koniambo Nickel de verser des dividendes et des produits financiers issus de la dette d'actionnaires, ensuite parce que les conventions fiscales fixent arbitrairement les périmètres des régimes d'imposition à l'intérieur même d'une république qui se veut pourtant une et indivisible. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit, mais pas nécessairement devant l'impôt! Aussi, indépendamment de l'effet suspensif de la procédure contentieuse, la requête introductive d’instance déposée par la SMSP porte essentiellement sur son éligibilité au bénéfice des dispositions relatives à la non double imposition des revenus provenant de sa filiale coréenne, c'est-à-dire sur le fait que les liasses rectificatives déposées en juillet 2013 soient jugées recevables par les services fiscaux et que soit donc prononcer un dégrèvement d’impôt de 1,356 milliard de francs sur un total de 5,789. Cette requête vient d'être rejetée par la tribunal administratif, ce qui contraint la SMSP à faire appel de la décision, mais lui permet néanmoins de gagner du temps. En attendant la décision de la cours d'appel, un certain nombre de points méritent que l'on s'y attarde car qu'elles soient minières ou fiscales, toutes ces ressources sont publiques.

Imposition des intérêts capitalisés par la Société de Ouaco. Le montage financier de la dette junior pour le financement de l’usine du Nord ne permettant pas à la SMSP de prêter directement à sa filiale Koniambo Nickel (KNS) c’est la SARL Société de Ouaco qui sert de prêteur. Basée en Nouvelle-Calédonie, cette société est soumise à la fiscalité calédonienne, son résultat imposable étant principalement composé de produits financiers minorés des charges financières. Le montant apporté par la SMSP à la Société de Ouaco s’élève en principal aux montants empruntés, soit 26,7 milliards de francs, et celui des souscriptions de cette dernière aux appels de fonds sollicités par KNS du même montant. Les fonctionnaires du fisc considérèrent à juste titre que la Société de Ouaco devait s’acquitter de l’impôt sur les sociétés calculé sur ses résultats financiers, en l’occurrence la capitalisation des intérêts, alors même qu’elle ne les avait pas perçus du fait du retard de la mise en service de l’usine. De ce point de vue la règle de comptabilité commerciale à laquelle est soumise la Société de Ouaco est parfaitement claire. Il s’agit d’une comptabilité d’engagement conformément à l’article L123-13 du code de commerce. C’est dans ce contexte que la Société de Ouaco s’est donc vue réclamer un impôt sur les sociétés de 973 millions de francs calculés sur la base des résultats financiers comptabilisés en 2010 et 2011, avec des montants similaires pour les années 2012 et 2013. A l’évidence, la Société de Ouaco est redevable de cet impôt, mais les retards de la montée en puissance de l’usine du Nord repoussent d’autant la perception des dividendes et des produits financiers issus de la dette d'actionnaires.

Les différents griefs concernant la SMSP. En parallèle des opérations de financement de la dette junior de l’usine du Nord, la SMSP se vit directement notifier un redressement total de 4,2 milliards de francs pour les années 2008 et 2009, et 608 millions au titre des exercices 2010 et 2011. Ces sommes furent réclamées au titre de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur les revenus de valeurs mobilières, dont 1,1 milliard d’intérêts de retards et de pénalités pour mauvaise foi. Parmi un ensemble de griefs comprenant de nombreuses charges d’exploitation non-justifiées, d’abandons d’intérêts dus par diverses sociétés du groupe, et des écarts de cession de titres non justifiés, figurent les charges futures de réhabilitation des sites et plus particulièrement la non-reprise de provisions pour reconstitution de gisements sur la base de 2,6 milliards représentant un impôt de 913 millions. C’est en fait pour contester sous forme de « préalable » ce dernier montant de 913 millions que l’USTKE et les rouleurs se sont mobilisés devant l’hôtel des impôts, puis devant le gouvernement. Avec son entrée dans le domaine réservé de la métallurgie, la SMSP qui, rappelons-le, devint une société mère ayant transféré ses activités de production à sa filiale Nickel Mining Company (NMC), fut considérée par les services fiscaux comme une société gérant un portefeuille de participations et non comme une entité minière et métallurgique consolidée fiscalement. N’ayant plus d’activité minière la société mère aurait dû, selon les résultats de la vérification, reprendre ces provisions passibles de l’impôt, d’autant qu’elle avait su tirer parti de son changement de statut en se voyant exonérée de plus-value de cession d’actifs lors du transfert des titres à sa filiale NMC. En effet, en 2007, en vertu de la loi n°2007/7 du 28 novembre, la SMSP bénéficia des dispositions de l’article Lp8 quarter du code des impôts résultant en un crédit de quelques 11 milliards de francs. L’écart de réévaluation en franchise d’impôt résultait du contrat d’apport partiel d’actifs au profit de NMC s’élevant à plus de 31 milliards de francs. Aussi, conformément à son nouveau statut, la SMSP s’écarta elle-même du régime particulier applicable aux sociétés minières et métallurgiques, incluant du même coup l’impossibilité de procéder à certaines dotations pour provisions afférentes à l’activité minière. Contrairement aux sociétés soumises au régime fiscal de droit commun, les sociétés minières et métallurgiques imposées à l’impôt sur les sociétés au taux de 35% ont en effet la possibilité de constituer chaque année en franchise d’impôt des provisions pour reconstitution des gisements. Le montant de la dotation annuelle ne peut excéder 15% du montant des ventes de produits extraits des gisements exploités, ni 50% du bénéfice net imposable de l‘exercice considéré. Or, ayant cessé toute activité de production et ayant par ailleurs cédé ses actifs miniers à sa filiale et co-entreprise, la SMSP se voyait contrainte par les services fiscaux de reprendre une partie des dotations pour reconstitution de gisements qu’elle avait provisionnées, ce qui constitue des produits exceptionnels taxés à l’impôt sur les sociétés.

Société mère ou minière? Les services fiscaux invoquèrent le fait que la SMSP ne possédait plus aucun moyen matériel, aucun moyen humain, ni aucune installation indispensable à la réalisation d’une activité métallurgique, ce qui n’est pas tout à fait exact puisqu’elle a tout de même conservé en propre des titres miniers et des autorisations personnelles minières, et que ses propres ingénieurs continuent de procéder à des travaux de recherches pour estimer et valoriser son patrimoine minier ou celui de ses filiales, menant en parallèle des missions d’assistance technique et de gouvernance auprès des filiales en Corée et en Nouvelle-Calédonie et représentant le groupe au sein des commissions paritaires. Afin d’éclairer les services fiscaux sur cette question, notamment sur les capacités techniques et financières nécessaires pour mener à bien les travaux de recherches ainsi que sur les conditions posées par la réglementation minière pour l’obtention d’une autorisation personnelle minière, la direction de l’industrie, des mines et de l’énergie aurait très bien pu être saisie officiellement par le membre du gouvernement en charge de ce dossier, en l’occurrence Sonia Backès, mais pour des raisons purement politiques il en fut autrement. Bien que l’autorité de tutelle dispose des éléments permettant de confirmer que la SMSP était bien une société minière, elle ne put le faire officiellement par un courrier sans avoir été préalablement saisie par le membre du gouvernement en charge du dossier. Dans ce labyrinthe politico-administratif digne de Kafka il est clair que les dits fonctionnaires reçurent l’ordre des politiques de ne pas intercéder auprès des services fiscaux. Ceci fut confirmé par un courrier en date du 23 décembre 2013 adressé au président de la province Nord dans lequel le président du gouvernement fit remarquer que la possibilité pour ce service d’attribuer la qualité de société métallurgique ne serait pas opposable aux règles fiscales. A chacun sa jurisprudence, mais pour le président du gouvernement, il était clair que  la SMSP ne possédait aucun moyen matériel, aucun moyen humain ni aucune installation indispensable à la réalisation d’une activité métallurgique. Elle exerçait de fait une activité de holding, aussi il ne pouvait lui être reconnu une activité métallurgique, ni minière en l’occurrence. Selon la lecture formelle du gouvernement et l’interprétation restrictive des services fiscaux, percevoir des revenus de filiales revêt un caractère commercial, voire spéculatif, tandis que l’accompagnement des projets au travers de travaux de recherches sort du cadre strictement opérationnel qui consiste à extraire, transporter, charger ou même transformer du minerai. L’administration fiscale subordonna donc l’application du régime des sociétés mères à la réalisation par la SMSP d’une activité relevant de l’article 3.II du code des impôts. Or cet article définit les activités métallurgiques comme celles consistant à la recherche, l’exploitation, le traitement de minerais, tandis que l’article 45.17 du même code n’impose absolument pas que la société mère exerce une activité métallurgique stricto sensu pour que le régime mère-fille soit applicable. Autrement dit, une société peut-être à la fois mère et minière, gérer des participations et mener des travaux de recherches, donc fiscalement consolidée. Reste à établir ce que signifie en droit fiscal la notion d’activité principale dans la mesure où la SMSP semble remplir les conditions posées par l’article 45.17 du code des impôts pour bénéficier du régime des sociétés mères-filles?

Stratégie d'optimisation fiscale. La SMSP n’a pas du tout anticipé les conséquences fiscales du changement de régime, trop heureuse de ne pas avoir été obligée de payer l’impôt sur les sociétés applicable à la plus-value réalisée lors de la cession partielle d’actifs. Aussi, dans un premier temps, à l’appui de la liasse fiscale déposée au titre de l’exercice 2009, elle adressa à la direction des services fiscaux un courrier en date du 26 avril 2010 précisant qu’elle ne déposait plus de déclaration soumise à l’impôt sur les sociétés secteur mine du fait de l’absence d'activité minière pour ce dernier exercice, clos le 30 juin 2009. En outre, les services gestionnaires des impôts furent informés que cette dernière avait vendu ses titres à sa filiale et qu’en conséquence les patentes correspondantes des sites miniers devaient être radiées et déplacées sur la filiale. Enfin, les liasses fiscales déposées depuis cette date ne firent plus aucune mention de ventes mais uniquement de produits à caractère financiers, confirmant que la SMSP avait bien abandonné son activité d’extraction minière. Un tel changement de statut fut bien évidement et tout naturellement mentionné dans les rapports d’activité de l’époque puisque la SMSP avait effectivement transféré l’intégralité de ses activités d’exploitation minière à sa filiale NMC. La principale activité de la maison mère consistait, non plus à exporter du minerai, mais à gérer le développement avec ses différents partenaires, car c’est dans la production et la commercialisation du métal que se trouve le sésame de l’entrepreneur. Mais au cours des années suivantes, notamment à partir de 2011, une petite équipe de géologues et d’ingénieurs de la SMSP commença à travailler sur l’inventaire de la ressource susceptible d’être contenue dans ses propres concessions et sur l’obtention de nouvelles concessions dans le cadre du projet chinois. Ces dépenses ne représentaient pas grand-chose au regard des opérations financières de la société mais constituaient néanmoins une opportunité à saisir, celle d’être fiscalement considérée comme une société minière à prépondérance métallurgique. La SMSP fit donc opportunément adresser en juillet 2013 des déclarations fiscales rectificatives des exercices clos en 2010, 2011 et 2012, en application du régime de la métallurgie des minerais et du régime mère-fille qui était nettement plus avantageux puisque l’impact de ce changement de régime résultait en un crédit d’impôt de 2 milliards de francs pour les trois exercices comptables.

Une liberté d'action mal assumée. Conscients des risques, les commissaires aux comptes exigèrent en contrepartie de ces déclarations rectificatives l’inscription d’une dotation aux provisions pour impôt d’un montant équivalent, tant il est clair que les méthodes de gestion de la minière du Nord sont non seulement critiquables, mais ne correspondent plus du tout à l’image qu’elle veut donner d’elle. En agissant de la sorte, elle semble donner raison à tous ceux qui prétendent qu'il est des gens logiques dans leur inconséquences mais pas de justes dans leur mauvaise foi, d'autant qu'André Dang n'a jamais voulu assumer ses responsabilités, préférant se dédouaner sur son entourage. Bien sûr, cela n’enlève rien au fait que le positionnement doctrinal de l’administration et des pouvoirs politiques sur cette affaire n’est malheureusement que le reflet d’un traitement discriminatoire à l’égard des indépendantistes en particulier et des calédoniens en général. Il se trouve qu’Eramet, une société mère métropolitaine ayant son siège social à Paris et percevant des dividendes en provenance de sa filiale calédonienne, bénéficie d’un régime dérogatoire nettement plus favorable qu’une société mère locale. Considérée comme minière à prépondérance métallurgique et bénéficiant du régime mère-fille grâce à une convention fiscale franco-calédonienne lui étant favorable, l’impôt payé par Eramet est calculé non pas sur la totalité des dividendes perçus au titre de l’impôt sur les sociétés commerciales mais représente un impôt sur le revenu des valeurs mobilières plafonné à une quote-part de 5% du montant brut de ces derniers, conformément à l’article 9 de ladite convention. Autrement dit, à peine entrée dans le domaine de la métallurgie après deux décennies de combat pour l’accès et la valorisation de la ressource, la SMSP se devait de supporter une double imposition au taux de 53,8% après distribution, tandis qu’Eramet contrôlant la ressource calédonienne mais incapable de l’optimiser, était royalement imposé à 38,25% grâce au régime mère-fille. Il y a là, reconnaissons-le, une profonde inégalité qui prend la forme de sévices fiscaux et engage la responsabilité politique des élus. Mais force est de reconnaitre que sur le plan politique justement, ces dossiers sont complexes, longs et chronophages pour un faible retour électoral. Ceci est d’autant plus vrai que l’extension de la convention fiscale franco-coréenne au territoire n’enlèverait ni n’ajouterait rien à la Nouvelle-Calédonie puisque son principal effet serait d’attribuer le droit d’imposition des dividendes à l’Etat de résidence de la société bénéficiaire. D’autant que cette inégalité notoire face à l’impôt est encore plus vraie à l’égard des multinationales présentes sur le territoire, lesquelles ont recours à des filiales généralement domiciliées dans des paradis fiscaux ou bénéficient de conventions fiscales avec des juridictions plus attractives, et échappent donc à l’impôt sur les sociétés et les revenus des valeurs mobilières payé en Nouvelle-Calédonie. Pourtant, la simple reconnaissance du régime fiscal des sociétés-mères aurait permis à la SMSP d’éviter la double taxation des revenus métallurgiques provenant de Corée en l’absence de convention fiscale franco-coréenne étendue à la Nouvelle-Calédonie. En revanche, pour des questions d’affichage politique, trois avant-projets de loi du pays furent élaborés sous l’autorité de Sonia Backès. Ces projets étaient destinés à instaurer une contribution sur les produits métallurgiques et miniers taxant la valeur commerciale des exportations et non les produits financiers tirés de l’activité. Or, le rendement annuel de ladite contribution, retoquée à deux reprises par le Conseil d’Etat, est sans commune mesure avec ce que pourrait générer une fiscalité sur les produits financiers des multinationales. Dommage pour les recettes budgétaires de la Nouvelle-Calédonie!

 

Avec la reconnaissance du travail accompli se développe une inclinaison à détourner les choses tangibles de leur vraie nature par un simple déni de réalité. La recherche de financement pour l’usine du Nord en est un exemple parmi tant d’autres, mais les conséquences de cette négligence sont forts dommageables pour la Nouvelle-Calédonie. La dette junior a en effet la particularité et l’avantage d’être une dette variable. Contrairement au montage opéré dans le Sud, le montant du capital emprunté dans le Nord s’adapte au coût du projet, ce qui protège l'actionnaire local, bien que la prise de risque qu’elle engendre pour celui qui garantit et apporte le financement soit rémunérée par un taux fixe plus un coupon participatif calculé en fonction des cours du nickel. Alors qu’Xstrata garantit l’intégralité du financement de la construction et pensa à juste titre que la SMSP ne pourrait pas suivre, André Dang se ménagea la possibilité, sans y être obligé, d’abonder au financement de cette dette d’associés pour répondre aux appels de fonds de Koniambo Nickel (KNS). L’actionnaire local ne put en effet s’empêcher de vouloir lui aussi tirer profit du différentiel avantageux qui pouvait exister entre le loyer de l’argent et le revenu escompté, entre le taux d’intérêt consenti par les établissements financiers et la rémunération attendue de la part de KNS. La SMSP partit du principe que chaque dollar apporté par elle-même représenterait autant de dollars qui n’iraient pas à Xstrata, l’effet de levier du financement de la dette junior s’appuyant sur une projection des cash-flows de KNS.

Participation à la dette junior. Pour tenter de lever des fonds, l’actionnaire local se rapprocha dans un premier temps de la banque d’investissement internationale Lehman Brother dans l’optique de mettre en place un emprunt obligataire de 500 millions de dollars. Avant même que la banque disparaisse de l’échiquier financier mondial, les analystes de la firme et des agences de notation Standard and Poor's et Moody's, comprirent rapidement que la SMSP serait bien incapable de se mettre aux normes internationales IFRS et JORC, sans parler bien sûr du niveau de transparence requis par les fonds de pension dans l’analyse et la gestion des risques. Dans le prospectus destiné aux road shows, il faut en effet documenter les dix plus importants salaires et expliquer comment préparer la relève, ce qui est bien évidemment tabou. Faisant tout de même de cette opportunité une question de prestige, la SMSP revint à des méthodes plus habituelles en termes de financement et fit la démonstration d’un retour sur investissement exceptionnel. Figuraient en effet sur les présentations des taux de rémunération de la dette junior exceptionnels à 23,1% pour un cours du nickel à 9 dollars la livre et 38,9% à 12 dollars. Une participation à hauteur de 150 millions d’euros basée sur une hypothèse à 9 dollars faisait apparaitre un gain de 75 milliards de francs pour un coût du crédit de 25 milliards, soit un gain net financier de 50 milliards de francs. Le gain net était de 80 milliards de francs pour un cours moyen de 12 dollars la livre. En plus des 150 millions d’euros, soit 17,9 milliards de francs empruntés sur 20 ans avec 5 ans de différé au groupe Banque populaire Caisse d’épargne, la SMSP voulut donc emprunter 170 millions d’euros supplémentaires, soit 20,28 milliards de francs à l’Agence française de développement.

Question de prestige et de panache. Malgré les taux de rémunération alléchants, la direction de l’Institut d’émission d’outremer déconseilla à l’actionnaire local de prendre part au financement de la dette junior. Non seulement le partenaire garantit l'intégralité du financement mais il détermine aussi la capacité de remboursement de la co-entreprise au travers des travaux qu'il mène. De plus, les emprunts de 150 et 170 millions d’euros ne sont pas vraiment dédiés au financement de l’investissement industriel. A Paris, l’avocat d’affaires proche du projet lui conseilla également de ne pas emprunter l’argent dont il n’avait pas besoin. Répondre aux appels de fonds de KNS est en effet une opération purement spéculative comportant des risques, même si les 38 milliards de francs initialement empruntés correspondent à un rapport classique pour un endettement à long terme par rapport aux 57 milliards de francs de capitaux propres. Dans un souci de bonne gestion, la demande de financement aurait en revanche pu être dédiée à satisfaire les besoins moins élevés mais bien plus urgents de Nickel Mining Company et Cotransmine. Mais assurément, la valeur symbolique accordée à une telle opération financière aurait été dénuée de panache. Le prêt de l’Agence française de développement tout comme celui de la Banque populaire Caisse d’épargne dans le cadre de l'usine du Nord furent avant tout une question de crédibilité et de prestige, puisqu’il s’agissait du prêt le plus important jamais concédé par l’institution dans un pays et territoire d’outremer.

Surcoût et retard du projet. Les portes ouvertes à Bercy auprès de la direction interrégionale de la Caisse des dépots et de la direction du Fonds stratégique industriel pour un financement au travers d’une recapitalisation par le biais d’actionnaires extérieurs furent immédiatement refermées par la province Nord. Seule la confiance des banques suffisait puisqu'elle constituait une marque de réussite et de fierté et qu'elle fut la consécration suprême d’une réussite personnelle, laquelle se mesura à la taille jamais égalée des avances consenties. Mais l’excitation du tiroir-caisse fut de courte durée puisqu’en conséquence des prévisions de retour de financement de l’usine du Nord, il fut parfaitement clair que les tirages supplémentaires allaient profondément affecter l’équilibre financier de la SMSP. Au moment où la première ligne de l’usine du Nord entra en production, le cours du nickel à la bourse de Londres se situait en moyenne autour de 6,8 dollars la livre. Compte tenu de la mauvaise conjoncture économique et surtout du retard conséquent pris dans l’entrée en production de la première ligne, la SMSP fut contrainte de rendre 101,25 de ces 170 millions d’euros à l’Agence française de développement faute de pouvoir les rembourser. Les dettes auprès des établissements de crédit passèrent ainsi de 38 à 26,7 milliards de francs, dont 17,8 milliards pour la Financière Oceor et 8,2 milliards pour l’Agence française de développement. Pour l'actionnaire local, il ne s’agissait pas d’un manque d’anticipation du marché, d’une mauvaise gestion financière, encore moins d’un orgueil mal placé en réponse au constat d’incapacité qu’avaient fait à son encontre les financiers d’Xstrata. Pour lui, le fait de rendre l’argent démontra tout simplement ses qualités de bon gestionnaire, la crédibilité de la SMSP et le sérieux de cette dernière qui rendit l’argent que la banque avait bien voulu lui prêter.

Prise de risques inconsidérés. S'agissant de la gestionnaire financière, deux points posent problème. Premièrement, avec l’arrivée des premières échéances de 2014 et malgré la réduction du montant emprunté de 38 à 26,7 milliards de francs, André Dang fut contraint de demander une restructuration des deux dettes avec l’impact que cela peut avoir pour les établissements financiers en termes d’affichage, mais aussi pour l’accompagnement du développement économique en province Nord. Face au refus catégorique des banques, il fut contraint de demander le plus discrètement possible une garantie supplémentaire de la province Nord, qui compte tenu du calendrier politique et des élections à venir ne put intervenir. Deuxièmement. Malgré la restitution quasi immédiate des deux tiers du prêt de 20,28 milliards de francs que la SMSP ne fut pas en mesure de rembourser, l’Agence française de développement conserva bien évidemment l’ensemble des suretés qu’elle prit en garantie lors de la signature de la convention de crédit. Ceci permit au bras armé de l’Etat en matière de crédit de contrôler les futurs engagements du mandataire de la société et d’être tenu informé faute d’avoir pu imposer une réforme de la gouvernance au sein du conseil d’administration. L’endettement maximal et le refus de recapitalisation rendirent quasiment impossible la réalisation de projets nouveaux et fragilisa la situation de la SMSP au regard de ses partenaires. En s’engageant financièrement de la sorte, la SMSP prit donc un risque important tant financier qu'opérationnel. Elle se priva de ressources financières pour le développement du projet avec POSCO au niveau de la mine, mais aussi de cette liberté qui lui aurait peut-être permis de consolider sa position au sein du partenariat avec Glencore en menant différentes actions sur le terrain qui auraient pu le contraindre à revoir certaines de ses positions.

Perte de contrôle des projets. Séduite par les parfums enivrants de l’autosatisfaction, la SMSP s’est laissée prendre à son propre jeu. Elle doit désormais rembourser ses emprunts, donc percevoir des dividendes pour faire face à ses échéances. En attendant 2018, voire 2019, elle se doit de faire les concessions nécessaires au niveau de la gestion de la co-entreprise Koniambo Nickel. Plus encore, en s’engageant d’une manière aussi inconsidérée que futile sur une opération purement spéculative et d’un montant aussi important pour la SMSP, bien que dérisoire à l’échelle du projet de l’usine du Nord, elle s’est privée des financements nécessaires pour investir dans les outils de production de NMC, laquelle filiale n’était plus en mesure de délivrer la teneur en nickel demandée par le partenaire coréen faute de bloc modèle fiable et d’installations minières performantes. Eu égard à sa situation de trésorerie, aux suretés qu’elle a consentie et au contrôle fiscal, la SMSP ne peut plus emprunter auprès des organismes de crédit et compte tenu du retard de l’usine du Nord, elle se trouve aujourd’hui dans une situation difficile face aux échéances à venir. La SMSP fut donc obligée de faire appel à son autre partenaire POSCO avec ce que cela implique en termes de dépendance et de concessions nouvelles, lesquelles ont aujourd'hui des conséquences sur le terrain. Elle fut également mis devant le fait accompli par le grand capitalisme, son partenaire Glencore qui, compte tenu des circonstances et des multiples dépendances de son associé, est disposé à sortir de sa réserve afin de soutenir financièrement les petits mineurs dans le Sud pour les aider à produire et commercialiser le minerai qui servirait à approvisionner la seconde ligne de l’usine de Gwangyang. Ainsi, à vouloir absolument entrer dans l'histoire par la grande porte, l'entité pays perdit définitivement le contrôle des deux filières au profit des multinationales.

 

S'il convient de sécuriser la ressource minière et de se méfier des grands prédateurs, sur le terrain, celui de la mine, nombreux suspectent aujourd'hui la logique plus mercantile qu’idéologique du nationalisme de la ressource, bien loin de l’esprit de mobilisation qui a prévalu en 1997 pour l’usine du Nord. Déjà en 1998, François Burck dénonçait la « stratégie cachée » d’André Dang et ses « tactiques pour faire passer la pilule ». Depuis le crash de l’hélicoptère de la SMSP survenu le 28 novembre 2000, il existe sur la grande terre des discordes bien plus profondes encore nées des multiples recours de la SMSP contre les ayants droit des victimes du crash et leurs demandes de réparation du préjudice moral et économique subi. Les veuves Pidjot, Lapous et Gastaldi ont beau eu gagner leur procès en première instance puis en appel, André Dang aura utilisé toutes les voies de recours possibles, allant même jusqu’en cassation contre l'épouse de Raphaël Pidjot, et ce malgré les signes de compassion et d’hommages publics à l’égard du disparu. Il est vrai qu'en droit, les praticiens savent que la forme sert à tuer le fonds, tandis qu'en affaires l'ingratitude sert volontiers de prétexte à la cupidité. Au pays du palabre et du non-dit, plus l'espérance de la reconnaissance est grande, plus la déception est violente.

Le mythe du contrôle de la ressource. Il existe depuis le projet de l'usine du Nord, l'idée selon laquelle en détenant 51% du capital social d'une co-entreprise, la Nouvelle-Calédonie contrôlerait la ressource, ce qui est une croyance utile du point de vue idéologique mais totalement absurde du point de vue économique et financier. Dans le cas de l'usine du Nord, les 51% constituent effectivement la participation locale lors de l'apport du massif contre le coût des études de faisabilité et non contre le coût de construction de l'usine. La question qu'il faut donc se poser est bien celle de l'impact du financement de la construction sur l'équilibre supposé du partenariat? Ce n'est certainement pas en ayant valorisé le massif du Koniambo à hauteur de 51% contre le coût des études de faisabilité sur la base d'un montant total de 342 millions de dollars, en ayant ensuite procédé à une augmentation du capital portant la part locale des apports à 358 millions de dollars sur un capital de 702 millions, que l'on contrôle un projet industriel dont le coût de construction excède aujourd'hui les 7,2 milliards de dollars. Ce n'est certainement pas en ayant seulement apporté 4% de ce financement que l'on arrive à contrôler le projet et donc la ressource. Il faut être raisonnable et admettre (même dans la douleur) les limites du nationalisme de la ressource face à la financiarisation de cette denière. Grâce à l'importance de sa contribution financière, le partenaire industriel contrôle effectivement la fourniture de consommables (charbon, carburant...), loue à Koniambo Nickel le procédé de transformation (NST) dont il est seul propriétaire, commercialise l'exclusivité du métal produit par l'usine et surtout exerce une emprise considérable sur la co-entreprise et son partenaire local au travers du remboursement des dettes junior et senior qui en termes de produits financiers devraient représenter un montant supérieur à celui des retombées locales du projet pendant les 25 prochaines années.

Le mythe d'une société kanake. L'un des effets pervers du nationalisme de la ressource est qu'en détenant 51% du capital social des co-entreprises porteuses de projets les partisans de la Doctrine Nickel se voilent la face et font le lit des multinationales. Aussi, il existe depuis la mise en place du partenariat avec POSCO de nombreuses promesses et de multiples engagements non tenus, créant une tension permanente entre les principes d’une valorisation de la ressource au profit du pays et sa mise en œuvre effective, un écart grandissant entre les exigences morales que cela suscite et les actions menées ou censées être menées sur le terrain, un décalage de plus en plus important entre la somme des intérêts privés et catégoriels et ce qui devrait être réalisé dans l’intérêt général du pays. Depuis octobre 2007, certains n’ont toujours pas digéré que la mine de Boakaine ait pu faire partie de l’apport partiel d’actifs transféré à la co-entreprise Nickel Mining Company dans le cadre du partenariat avec POSCO. D’autres attendent toujours après les promesses faites et selon lesquelles les opérations de chalandage devaient être confiées à la province des Iles ou encore qu’une partie aujourd’hui vétuste et insalubre du village Ouaco soit viabilisée pour la construction d’un lotissement. Tous désirent surtout que les représentants de la SMSP cessent de dire qu'elle est une « société kanake », qu’elle est trop jeune pour pleinement assurer ses obligations vis-à-vis des communes minières, où qu’elle investira et générera des milliards tandis que les infrastructures de la mine font toujours défaut.

Les faux-semblants du rééquilibrage. Nombreux sur le terrain, sur la côte Est mais également sur la zone Voh Koné Pouembout, à Poya ou à Ouaco, font le constat d’être finalement des laissés pour compte du développement économique bien qu’étant propriétaires terriens jouxtant les zones d’activité et ayant joué le jeu des « projets pays ». De même, si la proposition de faire entrer la province Sud dans le capital de la SMSP fut essentiellement motivée par la volonté d’accroitre la ressource mobilisable de cette dernière au travers d’une contrepartie à peine voilée que fut la montée des trois provinces à hauteur de 50,1% au capital de la Société Le Nickel-SLN (SLN), nombreux se demandent si une telle « dimension pays » sert bien les intérêts des salariés des deux entités et in fine ceux de la Nouvelle-Calédonie? Nombreux aujourd’hui sont également les coutumiers, syndicalistes et maires de communes indépendantistes, n’hésitant plus à reprocher le fait qu’après plus de deux décennies d’activité minière et de beaux discours, la "société pays" génère de la pollution et procure finalement peu de retombées économiques en dehors des salaires et de l’activité de sous-traitance. « On se cache derrière l’emploi, mais quel est le coût de la destruction du littoral, des creeks bouchés, des montagnes et des forêts détériorés » eut beau jeu de dire Sylvain Néa à la suite du saccage de Nakéty, oubliant bien évidemment le rôle central qu’il joua dans celui de Boakaine. En vingt-quatre ans, la SMSP aura en effet été incapable de s’associer aux communes minières, a fortiori indépendantistes, pour développer des compétences au travers de plateaux techniques. Aujourd’hui, le passif est tel que suite aux différentes visites effectuées par les inspecteurs des installations classées, la société Nickel Mining Company est obligée de consigner entre les mains d’un comptable public une somme répondant au montant des travaux d’amélioration de la situation environnementale.

Les rentes de situation autour des "projets pays". Au-delà de l'incapacité de compréhension et de dialogue face à la nécessité de s'entendre sur l'élaboration d'une politique industrielle concertée et maîtrisée, n'est-il pas temps de parler très ouvertement des rentes de situation qui se sont instaurées autour du nationalisme de la ressource et des "projets pays"? Si devenir riche et puissant aux pays du palabre et du non-dit est l'un des moyens de se rassurer de sa propre valeur, faire fructifier sa fortune tout en surfant sur l'anti-colonialisme et la revendication indépendantiste n'est-il pas aussi une manière de la transcender? N'est-il pas temps d'arracher les masques de l'idéal, de démystifier les gestes de la compassion et de faire toute la lumière sur les mensonges romantiques du don de soi, sur cette charité bien ordonnée qui prête à usure sous prétexte de donner, car comme dit Frantz Fanon dans Les damnés de la terre, "il ne s'agit pas d'une vocation à transformer le pays, mais prosaïquement, à servir de courroie de transmission à un capitalisme acculé au camouflage et qui se pare aujourd'hui du masque du néocolonialisme".

 

 

Les 8,02% qu’André Dang détenait dans le capital de la SMSP firent couler beaucoup d’encre et alimentèrent la critique, tant chez les loyalistes qu’au sein même du camp indépendantiste. D’aucuns de ses fervents soutiens et cautions politiques dirent d’ailleurs que ces actions posent problème à un certain nombre de personnes, en particulier à ceux qui se parent d’une approche purement idéologique en voulant méconnaître la dimension historique, humaine et professionnelle de ce dossier. Afin de prendre en considération ces éléments, il convient de faire un petit retour aux sources, quitte à prendre le contre-pieds de certaines idées reçues.

Le mythe d'une société ne disposant pas de titres miniers.  Selon la légende de Mystère Dang, un récit autobiographique conçut et se lisant comme un roman d'aventures, au départ la SMSP n'était qu'une société de tâcheronnage n'ayant aucun titre minier. Il est vrai qu'aux dires de l’expertise commanditée par Jacques Lafleur et réalisée par la Société d’Ingénieurs et de Techniciens en avril 1990, la société détenue à 85% par ce dernier était alors amodiataire de la Société Le Nickel-SLN sur les gisements de Ouazanghou-Gomen estimés entre 4 et 5 millions de tonnes de minerai à plus de 2,5% de teneur avec un contrat de fourniture annuelle de 250 000 tonnes, laissant ainsi présager une exploitation pendant au moins huit à dix ans. Pour que la société de tâcheronnage puisse survivre sur des mines où toute la haute teneur avait été prélevée pour alimenter l’usine de Doniambo, André Dang dut trouver les moyens de redonner une seconde vie à ces vieux gisements en travaillant directement avec les fondeurs japonais qui étaient en mesure de traiter du minerai d’une teneur plus basse. Pourtant, selon le même rapport d’évaluation destiné au rachat par la province Nord en 1990, la société détenait des titres en propre sur la Dent de Poya, à Poum et en association avec la Cofremmi sur les gisements de Kouakoué sur la côte Est. Au total, ces gisements non exploités étaient estimés selon le rapport à 5 millions de tonnes, soit autant que les massifs de Ouazanghou-Gomen.

Le mythe d'une coquille vide. La société gérée par Jacques Lafleur, son fils Pascal et Michel Quintard, avait déjà créé une ouverture commerciale vers le marché japonais par l’intermédiaire de Pacific Metal et vers les Etats-Unis via Gleenbrook. Contrairement à une idée reçue, malgré la fermeture des fours de Nippon Mining la SMSP n’avait donc pas perdu son unique canal d’exportation. Mais le repreneur a voulu noircir le tableau, soutenant que Jacques Lafleur avait « vendu une coquille vide aux kanaks » et que lors de la cession aux indépendantistes la société disposait d’une trésorerie négative de 500 millions de francs et un endettement non négligeable, affirmations très discutables au regard des documents comptables de l'époque. En effet, à la clôture de l’exercice de 1990, la SMSP affichait un report à nouveau positif de 815 millions de francs après distribution de 800 millions de dividendes au titre de l’exercice précédent, tandis que les dettes auprès des établissements de crédit s’élevaient à 683 millions, soit seulement 26% des capitaux propres, ce qui est un signe de bonne gestion. La société disposait d’une trésorerie positive de 376 millions, l’actif circulant étant supérieur aux dettes à court terme et dégageant un excédent de 467 millions. Le poste des autres créances s’élevant à 64 millions comportait principalement il est vrai celle sur le Trésor public relative à l’impôt payé à tort lors de la distribution d’acomptes sur dividendes. Certains se souviendront sans doute qu’une loi avait été spécialement votée pour exonérer l’actionnaire sortant de l’impôt sur le revenu des valeurs mobilières. Mais ces petits arrangements de la politique étaient évidemment bien plus préjudiciables au territoire qu’à la SMSP.

L'attribution des 8,02%. Pour consolider ses relations commerciales avec le japonais Pacific Metal, André Dang dut apporter il est vrai une caution personnelle de 10 millions de dollars auprès des japonais, et ce afin que la SMSP puisse renforcer le canal d’exportation avec ces derniers et ainsi racheter les vieilles mines ne pouvant plus alimenter l’usine de Doniambo. Au sortir de la crise du nickel et en contrepartie de salaires non versés, l’assemblée générale des actionnaires du 29 juin 1995 lui conféra 8,02% du capital de la société, en contrepartie de 159 millions de francs correspondants à un peu plus de quatre ans de travail non rémunéré. Cette décision fut prise, rappelons-le, à l’insu du représentant de la SODIL, actionnaire à hauteur de 4,62%, qui fut mis à l’écart suite aux questions jugées impertinentes de Nidoïsh Naisseline sur l’absence de distribution de dividendes en dépit des bons résultats annoncés. Pour justifier l’utilité de ces stock-options, André Dang a depuis coutume de dire que cela rassure les partenaires étrangers que de savoir que le président directeur général de la SMSP soit également actionnaire. « Voir un président actionnaire donne confiance dans la société auprès des clients, des investisseurs et des financiers » disait-il aux administrateurs dans son rapport de gestion du 9 octobre 1997. Mais si tel est vraiment le cas, si l'option d'achat au sein de l'entreprise est un outil de motivation et de fidélisation, alors la souscription d'actions devrait être étendue au travers de l'actionnariat des salariés, idée à laquelle le patron a toujours été réfractaire.

La revalorisation des 8,02%. En réponse aux vives attaques formulées par Denis Milliard dans le journal Le Quotidien calédonien du 26 février 1997, le petit porteur fut contraint de déclarer qu’il était prêt à les rétrocéder immédiatement à la SOFINOR et à la valeur d'acquisition, si la demande lui était faite par les administrateurs de la SMSP. André Dang savait pertinemment que la société ne disposait pas de la trésorerie nécessaire pour racheter ces actions, et dans un courrier en date du 2 octobre 1997 adressé au président du conseil d’administration, il se ménagea une porte de sortie en prenant l’engagement ferme de cession de sa participation à la SOFINOR sur la base d’une valeur acquise et plus d’acquisition. Cet engagement prit la forme d’une promesse de vente sous condition suspensive portant sur les actions valorisées sur la base de la valeur mathématique découlant du montant des capitaux propres. La condition suspensive dont il est question subordonna la réalisation de la promesse de vente à la décision expresse de construction de l’usine métallurgique. Ainsi, André Dang introduisit un rapport à la fois exponentiel et temporel, en conditionnant le rachat de ses actions à la valeur mathématique aux termes de la réalisation de l’usine du Nord.

La donation des 8,02%. 15 ans plus tard il est clair que les conditions avaient bien évidement changé et la valeur des 39 607 actions de 800 francs chacune qu’il détenait avait nettement augmenté de sorte que SOFINOR se trouvait alors dans l’impossibilité de les racheter. Pour des raisons purement fiscales, les droits de mutation augmentant sensiblement lors d’une cession ou donation après l’âge de 75 ans, ces 8,02% représentant 39 606 actions (donc moins une) furent cédés en 2011, non pas à la SOFINOR à la valeur d’acquisition de 1995, mais à ses trois enfants à la valeur acquise. Elles furent cédées à titre gracieux et en pleine propriété, moyennant le paiement comptant de 365 millions de francs de droit de mutation, ce qui donne une idée de la revalorisation des actions. En effet, si entre 1990 et 2010, le capital social de la SMSP n’a pratiquement pas bougé, de 363 à 394 millions de francs, en revanche les capitaux propres du bilan social, qui sont la base pour évaluer les actions, sont passés de 2,5 à 57 milliards de francs, soit une valeur multipliée par 22,8.

L'Institut André Dang. Pour donner un aspect caritatif à la donation et se grandir ainsi aux yeux des autres sans jamais toucher aux causes de la nécessité, les ayants droit créèrent l’Institut André Dang, une association loi 1901 menant quelques opérations à but non lucratif dans le cadre des affaires héritées du père. Perfectae caritatis! Mais les 8,02% n'appartiennent pas à la fondation qui ne peut exister sans avoir préalablement été reconnue d’utilité publique, ce qui n’est actuellement pas possible en Nouvelle-Calédonie. En revanche, jamais il n’aurait pu venir à l’idée du père que ces 8,02% puissent revenir à la SOFINOR au prix d'acquisition ou à un groupement d’intérêt détenu, même partiellement, par les travailleurs anonymes du groupe SMSP, lesquels, sur proposition des partenaires sociaux, avaient pourtant fait de nombreuses concessions pour que la société survive faute de prospérer. Comme il est difficile de se résoudre à l’idée de convertir l’ingratitude des hommes en mansuétude et le fiel des expériences humaines en pardon?

 

 Compte tenu des cours du nickel actuels et de son coût de production, la Société Le Nickel-SLN (SLN) devrait dégager cette année un résultat négatif de quelques milliards de francs, bien moins important que l'année dernière certes, mais probablement du même ordre que l'année précédente. Assez paradoxalement, c’est pourtant bien elle, au travers des dividendes distribués à la Société territoriale calédonienne de participation industrielle (STCPI) et plus particulièrement à travers la partie restant à redistribuer à NORDIL, donc à la SOFINOR, qui permettra à la Société minière du sud pacifique (SMSP) de pouvoir faire face à ses propres contraintes financières.

Difficultés à venir. La minière du Nord ne percevra pas de dividendes de Koniambo Nickel avant au moins 2018, tandis que les intérêts capitalisés de la Société de Ouaco continueront à être comptabilisés donc passibles de l’impôt sur les sociétés sans pour autant être perçus. Les dividendes en provenance de l’usine de Gwangyang seront plus limités que prévu, du fait notamment d'une production moindre que l'année passée et du coût de la mise en service de la seconde ligne de production. Pour sa part, compte tenu de la conjoncture et du niveau des exportations en baisse par rapport à l'année dernière, Nickel Mining Company (NMC) devrait réaliser elle aussi une perte alors que dans le même temps, elle devra assurer les coûts de la reconnaissance des gisements et la montée en production de la mine afin de fournir une partie de la seconde ligne et accroître sa compétitivité sur la première. Cotransmine devra renouveler une partie de sa flotte et la SMSP devra sans doute s'acquitter d'une partie substantielle du contrôle fiscal. Enfin, la minière du Nord devra faire face à ses propres échéances financières dans le cadre du financement de l’usine du Nord.

Opportunités à saisir. Rappelons que Xstrata s’était engagé à garantir l’intégralité du financement et qu'à la base le montage financier permettait au partenaire local de se reposer entièrement sur la surface financière de son partenaire du fait de la variabilité de la dette d'actionnaires, un avantage dont ne disposait pas la Société de participation minière du sud calédonien. Or ayant choisi de prendre part au financement, la SMSP devra du coup rembourser les emprunts qu’elle a bien voulu contracter alors qu’elle n’y était pas obligée. Etant donné le retard dans la montée en puissance de l'usine du Nord, les retours relatifs de l'usine de Gwangyang et les pertes consécutives de la NMC, les prochains remboursements de la SMSP se feront à l'aide de liquidités qui ne proviendront pas de ses propres activités minières et métallurgiques, mais bien des dividendes de la SLN restant à distribuer via la STCPI. En ce sens, une convergence pays faisant office de fonds de stabilité est à souhaiter.

Programme à imaginer. Cette aide de la SLN via la STCPI n’empêchera pas la SMSP de mettre en avant le fait qu’à partir de 2018 la province Nord redistribura ces richesses auprès de la population, des communes et autres entités publiques. Avec cet argent, elle financerait des activités créatrices de richesse et d’emplois, de protection et de valorisation de l’environnement, de développement et d’aménagement du territoire, y compris sur terres coutumières, de développement culturel et sportif, de soutien à l’éducation et à la formation, de prises en charge sanitaire et sociale des populations défavorisées… Compte tenu des cours du nickel, de l'évolution probable du marché au regard des stocks au LME, de la mise en production dans les toutes prochaines années d'installations chinoises de fonte de nickel en Indonésie, et donc des difficultés économiques et financières qui attendent les deux entités calédoniennes, nous sommes en droit de nous demander comment ce développement pourrait bien être financé ? Rendez-vous donc dans trois ans, bien que les deux dernières décennies auront été riches en enseignement et forts utiles pour se forger une opinion sur ce qu'il est réellement possible de faire dans ce domaine.

Collaboration à définir. En attendant que le nickel calédonien produise ses richesses et que les opérateurs soient enclins à les distribuer, la SLN devrait faire parvenir en fin d’année un premier minéralier test à destination de l’usine de Gwangyang. Les coréens seront ainsi contraints d’accepter des teneurs en nickel moindres et d’apprendre à traiter des refus de laverie, ce qui en soi est une très bonne chose pour la Nouvelle-Calédonie. Reste à savoir si POSCO acceptera de revoir à la baisse son prix pivot, c’est-à-dire de ne pas facturer à son partenaire des pénalités pour ces approvisionnements au-dessous de la teneur commerciale de référence? Rien n'est moins sûr! Reste à savoir si Eramet acceptera de traiter commercialement avec la NMC, plutôt que directement avec les coréens? Tout est possible, mais il faut espérer que nos deux opérateurs puissent s'entendre sur ces questions ô combien importantes pour la Nouvelle-Calédonie.

 

Florence Dhie



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