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Zone Côtière Ouest : Lettre ouverte sur la traque des requins à Poé.

Mercredi 20 Avril 2016

Suite à l'attaque mortelle d'un requin tigre à Poé, dans une lettre ouverte à Madame le Maire de Bourail, le comité de gestion de la Zone Côtière Ouest nous apporte des informations utiles et une réflexion pleine de sagesse et de pragmatisme.
A lire jusqu'au bout.



Madame la Maire de la commune de Bourail,

Suite au récent épisode de l’attaque mortel de requin qui a eu lieu sur le lagon de Poé samedi 09 avril 2016 le comité de gestion de la zone côtière ouest souhaite avoir de plus amples informations quant à la gestion de ce dossier.
Malgré toute l’empathie que nous avons envers la victime et sa famille nous ne pouvons néanmoins rester sans réaction face à cette traque prononcée par la Mairie de Bourail et de surcroît cautionnée par la Province-Sud par le biais d’un arrêté autorisant la capture du squale.
Depuis 2008 et l’inscription du lagon de la Zone Côtière Ouest au Patrimoine Mondial cette zone qu’est le lagon de Poé présente de multiples facettes de cette biodiversité ô combien exceptionnelle. Cette richesse montre le bon équilibre et bonne santé de notre lagon.

Nous essayons, nous comité de gestion à maintenir tant bien que mal une gestion participative de ce bien inscrit. Cela passe par des gestes citoyens, des gestes de la part des collectivités, une gestion réfléchie et respectueuse de notre environnement.
Nous nous rappelons que dans ce monde, celui de la faune et de la flore, du dominé et dominant, du chassé et chasseur, qu’il y a toujours un être, une espèce au sommet de la chaîne alimentaire préservant cette autorégulation et l’équilibre.

Nous nous interrogeons sur la cause de cette attaque mortelle dans cette zone prisée par les familles calédoniennes et zone d’activité nautique de première importance.
Des informations ont été diffusées dans Les Nouvelles Calédoniennes expliquant la raison de la présence de ces squales. Celles ci sont à prendre au sérieux, il est vrai que les carcasses attirent les prédateurs.
Ces carcasses (qui ont déjà fait l’objet de plusieurs signalements de notre part) sont jetées dans la rivière du cap, dans la rivière de la Néra, sur le littoral de Gouaro Déva et même parfois en pleine mer.
Certains s’amusant même épisodiquement à faire du « Shark feeding » dans cette réserve marine protégée. Activité ludique pour certains, hautement dangereuse en réalité lorsque l’on s’aperçoit des effets secondaires de cette pratique.

Il apparaît aussi une certaine méconnaissance des plaisanciers sur les règles à tenir dans une réserve. « Vider » le poisson dans une aire marine protégée est interdit.
Sur ce cas bien précis, un bateau avait été repéré en train de « jeter des choses à la mer » peu avant que l’attaque ne se produise. Là encore, les présences de carcasses et d’odeur de sang n’ont-elles pas attirées le requin ?
La ZCO demande depuis plusieurs années des renforts supplémentaires dans les rangs des gardes natures afin d’être de plus en plus présent sur notre lagon. Cette présence accrue pourrait réduire certains risques auxquels notre population est exposée.
Il faut également savoir, qu’un DCP situé à proximité de la passe de Bourail (Gouaro) a été enlevé volontairement il y a 2 semaines. Ce DCP était connu des Bouraillais pour la forte présence de requins, de plusieurs espèces et de toutes tailles.
Avec l’écosystème présent autour de cette installation, comment les espèces réagissent- elles face à la disparition de ce DCP ? Ne sont-elles pas déboussolées, ne rentre-t-elle pas dans le lagon à la recherche de nourriture ?
Plusieurs facteurs peuvent malheureusement expliquer cette attaque, cependant il serait intéressant de mener une vaste campagne de sensibilisation à destination des utilisateurs de notre lagon. Cette campagne pourrait porter sur les règles de bonne conduite à tenir dans une réserve marine mais également sur les risques et dangers encourus par de mauvaises conduites.
Aussi, nous tenons à vous rappeler que notre comité de gestion est composé d’une forte dominante coutumière. 2 aires coutumières (Ajie Aro et Xârâcûû) composent notre Conseil d’Administration et ce sont ces mêmes aires qui ont peu à peu forcés les tribus à se mettre en conformité par rapport au code de l’environnement.
Ainsi, la pêche à la tortue est fortement condamnée par ces populations et il en va de même pour toutes les autres espèces protégées.
Comment expliquer que l’arrêté de la Province-Sud, institution souveraine en matière environnementale, autorisant la capture d’un requin dans une réserve de surcroit classée au patrimoine mondial de l’Unesco n’a pas été respectée par la Mairie ?
Il est certain que cet arrêté n’autorise pas la mise à mort de l’animal, bien entendu.
Alors comment expliquer la présence de garde nature au moment de la capture de l’animal qui a entrainé la mort ?
Ne devrait-il pas y avoir de scientifique également présent pour cette traque et non pas après le prélèvement? Ces scientifiques ont le matériel nécessaire pour capturer de gros spécimen sans pour autant que la mort soit la solution finale.
Nous ne comprenons pas la position de la Mairie face à ce dossier. Les recherches ont été arrêtées pour cause de mauvais temps le samedi 16, remises à lundi et au final toute l’opération a eu lieu le dimanche matin à la surprise générale.
Les Nouvelles Calédoniennes se contredisent eux mêmes d’une journée à l’autre,
-lundi 18 avril 2016 « ils n’ont pas attendu d’autorisation de qui que ce soit. Dimanche matin des pêcheurs sont partis à la recherche du requin tigre. Ils en ont repéré un à quelques mètres du rivage de Déva. Puis l’ont tué. »
-mardi 19 avril 2016 « le requin tigre a été tué dimanche au cours d’une opération menée par la Mairie de Bourail et supervisée par les gardes-nature et les gendarmes. Et non par des particuliers avides de revanche. »
Que devons nous retenir face aux informations recueillies dans les médias. Malgré des contacts téléphoniques fréquents avec la Mairie, nous restons dans le flou. Nous n’avons aucune autre information que celle de la presse.
Nous sommes indignés face à de tels agissements et acharnements envers un animal, celui prélevé n’est pas le bon, il n’avait rien fait.
Comment est ce que la situation sera maintenant gérée, la traque du squale est-elle maintenue jusqu'à ce qu’on trouve le « coupable » ?
Veuillez Madame la Maire accepté nos salutations les plus distinguées.

Le comité de gestion de la Zone Côtière Ouest




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