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Tahiti : Les premières orientations budgétaires dévoilées à l’assemblée

Lundi 4 Novembre 2013

Les représentants à l’assemblée de la Polynésie française ont consacré aujourd’hui, une bonne partie de la matinée, au débat d’orientation budgétaire, seul point inscrit à l’ordre du jour de cette séance plénière.



Avant que la parole ne soit donnée aux différents orateurs des trois groupes politiques constitués (Tahoeraa huiraatira, UPLD et A Ti’a Porinetia) dans l’hémicycle, c’est au vice-président du gouvernement, Nuihau Laurey, qu’est revenue la lourde charge d’introduire le sujet.
 
Dans une longue intervention, le numéro deux de l’exécutif local a commencé par rappeler l’environnement géopolitique international qui fait que notre monde a profondément changé et que désormais, « plus rien ne sera comme avant! » Dans ce contexte incertain, notre collectivité a beaucoup souffert ces dernières années. Mais c’est surtout « l’instabilité et l’incompétence qui ont précipité notre pays au fond du gouffre », a t-il insisté.
 
Aussi, en l’espace de six mois, la nouvelle majorité issue des urnes en mai dernier, a pris un certain nombre de mesures salvatrices pour redresser la barre.
 
Réforme fiscale, collectif budgétaire et actions sociales fortes (création du dispositif A Tauturu Utuafare, des incitations à l’emploi CAE/CSE, plan de départs volontaires dans l’administration) sont quelques-unes des mesures concrètes mises en oeuvre.
 
Mais indépendamment des premiers signes d’un redressement, notamment au niveau de nos finances publiques, « nous sommes à la croisée des chemins », a affirmé Nuihau Laurey. Avant d’exposer les grandes lignes de ce que sera que le premier budget primitif du pays de la nouvelle majorité pour 2014. Il a notamment insisté sur l’importance de relancer la commande publique, précisant au passage que les sommes mandatées dans ce registre sont passées en quatre ans (2008-2012) de 30 à 12,5 milliards de Fcfp seulement. Grâce au dynamisme impulsé par le ministre de l’Equipement, Bruno Marty, les montants liquidés pour 2013 sont déjà supérieurs à 2 milliards de Fcfp par rapport à la même époque de 2012
 
Parallèlement, le gouvernement devra s’attacher à réduire notre endettement dont le montant devrait atteindre 92 milliards de Fcfp à la fin de l’année. Ce qui, précisons-le, représente un remboursement annuel de 14 milliards de Fcfp, soit un peu plus que la somme collectée par le Pays de l’impôt sur les sociétés et sur les transactions.
 
Après cette « mise en bouche », le président Edouard Fritch a donné la parole aux divers intervenants. A commencer par Teura Iriti, la présidente du groupe majoritaire dont nous reproduisons les propos in-extenso ci-dessous.
 

Discours de Teura Iriti

Tahiti : Les premières orientations budgétaires dévoilées à l’assemblée

 
Monsieur le président de l’Assemblée
 
Monsieur le vice-président de la Polynésie française
 
Madame et Messieurs les ministres,
 
Chers collègues,
 
Le document d’orientation budgétaire qui fixe les priorités du gouvernement n’est pas qu’un exercice comptable pour l’année 2014. Il s’inscrit – à travers ses lignes directrices – dans la gestion de notre bien commun que représente le prochain budget du Pays.
 
Un budget dont les déficits, les errements et les désengagements de ces dernières années, ont sapé la confiance de la population envers ses élus et envers leur capacité à gérer au mieux ce bien commun.
 
C’est pourquoi, notre majorité refuse, à la fois :
 
-         de faire vivre notre Pays à crédit, comme les dilettantes de l’ancienne majorité,
 
-         ou de nous contenter du peu qu’ils ont laissé, comme ceux qui rêvent encore de leur succéder.
 
Pour  ce qui nous concerne, nous avons travaillé ferme sous la conduite du président Gaston Flosse, en faisant de la gestion du budget, l’axe central de notre politique pour faire fructifier le bien commun, en visant trois objectifs :
 
- augmenter les recettes par un effort collectif équitable pour éviter la faillite,
 
- relancer l’économie en organisant un partenariat public/privé bien compris,
 
- préserver la justice sociale et la solidarité en luttant contre la pauvreté.
 
Pourquoi faire, diront certains, puisque ces mécanismes ne dépendent pas de nous et que la volonté politique doit servir à se faire élire, pour s’égosiller ensuite pendant 5 ans, contre ceux qui placent le volontarisme politique dans la recherche du progrès social et le renforcement du bien commun.
 
En effet :
 
-         augmenter les recettes c’est rembourser les crédits qui plombent le redressement de nos finances publiques;
 
-         relancer l’économie c’est redonner un emploi à tous ceux qui n’en ont plus et à tous ceux qui n’en ont pas;
 
-         préserver la justice sociale c’est faire en sorte que notre Pays reste fidèle à ses valeurs dans la mesure de ses moyens.
 
C’est non seulement à portée de la volonté politique mais c’est avant tout une obligation, vis-à-vis de ceux qui ont remis le bien commun entre nos mains.
 
A ce sujet, pour avoir connu personnellement la difficulté de l’exercice, je remercie chaque ministre, le Vice-président et le Président du Pays, ainsi que tous leurs collaborateurs pour avoir su procéder aux arbitrages nécessaires à la politique de redressement que les électeurs ont majoritairement validée, malgré les efforts à consentir.
 
Par ailleurs et pour le vivre au quotidien maintenant, je tiens à remercier également les représentants de l’assemblée qui s’investissent dans les commissions pour coproduire les propositions gouvernementales.
 
Ce travail essentiel entre l’exécutif et le législatif doit être, de mon point de vue, renouvelé et encadré, pour être encore plus efficace au service du bien commun qui doit rester la seule préoccupation des élus.
 
Sans vouloir polémiquer ni refaire la campagne, nous savions, au moment où nous nous sommes présentés devant les électeurs, combien la situation était difficile, même si nous avons constaté depuis, que l’ampleur des dégâts était pire que prévue.
 
Nous savions également que la conjoncture économique mondiale et la rupture de dialogue avec l’Etat nous obligeait à repositionner notre Pays au sein de la Nation, à l’aide d’un nouveau projet de société basé sur un budget visant le redressement des finances publiques pour relancer le progrès économique et le progrès social.
 
Pour autant, nous avons toujours dit que les premières années seraient difficiles et nous n’avons jamais cédé à la démagogie en promettant de créer 15.000 emplois au lendemain de l’élection, comme certains veulent le faire croire.
 
Les mêmes qui, au passage bloquent, pour des raisons purement politiciennes, des dispositifs prévus pour les sans-emplois, dont ils ne se préoccupent qu’au moment des échéances électorales, en refusant de mettre tout en œuvre pour faire fructifier le bien commun.
 
Les recettes fiscales ont enregistré une diminution de 60 milliards, au cours des 6 dernières années, alors que les baisses de fonctionnement sont restées symboliques.
 
L’équilibre budgétaire de façade de nos prédécesseurs à l’aide d’artifices comptables – qui n’ont trompé ni l’Etat ni les caisses prêteuses – a dû être rétabli au moment du vote du collectif budgétaire de juillet dernier avec l’inscription de nouvelles recettes réelles.
 
Malgré les 6 milliards de l’Etat dégagés fin 2012 par solidarité en faveur des Polynésiens pour éviter la banqueroute, – on peut même dire que nos prédécesseurs ont été sauvé par le gong ! mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont assaini la situation, bien au contraire -, c’est une ardoise du même montant, qu’ils nous laissent en partant, avec plus de 6 milliards de retard de paiement.
 
Ce sont ces factures que nous sommes contraints de payer aujourd’hui grâce à une avance de trésorerie de 5 milliards de l’Etat et qui reste une avance, tant nous nous attachons à démontrer, ailleurs qu’à New York, que nous sommes capables d’assumer nos responsabilités.
 
Un Etat avec lequel nous reconstruisons un dialogue constructif, malgré les moulinets de certains aux Nations Unis et leurs déclarations systématiques contre la République française, pour masquer leur amateurisme sur la scène politique locale et internationale.
 
Et que dire de nos comptes sociaux dont les déficits remettent en cause un modèle d’organisation de la protection sociale, salué jusqu’en 2004 par de nombreux spécialistes ?
 
Que dire en effet, si ce n’est que la PSG croule sous son propre poids, faute de décisions courageuses et responsables depuis 2004, pour préserver un autre bien commun.
 
Comment ne pas évoquer le fiasco de la réforme Te Autaeaera conduite en 2006, censée moderniser et optimiser le financement de la PSG, dont nous payons encore le solde aujourd’hui, en dizaines de milliards.
 
Rappelons que cette réforme a paradoxalement permis : d’augmenter les salaires par une prime à l’emploi et de générer une baisse du produit des cotisations faute des créations d’emplois prévus par l’accord.
 
Comment s’étonner dans ce contexte que des pouvoirs publics niant la l’augmentation de la pauvreté se soient décidés mollement à mettre en place une mesure d’aide sociale « ciblée » seulement à la veille des élections ?
 
Dans le même contexte, mais en cohérence avec le programme de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, notre gouvernement a rempli ses engagements prioritaires par la mesure « Tauturu Utuafare » pour les familles les plus démunies, le relèvement des prestations familiales au RSPF, le relèvement du minimum vieillesse et la création d’un centre pour SDF.
 
Parallèlement la création du fonds pour l’emploi et la lutte contre la pauvreté, du contrat d’accès à l’emploi et du contrat de soutien à l’emploi sont destinés à compléter le dispositif pour répondre aux personnes sans emplois.
 
Le CAE étant attaqué devant les tribunaux, nous ne restons pas comme les auteurs de ce recours, spectateurs de la montée de la misère sociale et le gouvernement finalise déjà une alternative.
 
Au-delà, et conformément à nos engagements de campagne, nous avons mis en œuvre la reconstruction de notre pays par le retour, à la sincérité budgétaire avec le collectif du mois de juillet, et le rétablissement progressif de nos capacités financières par la réforme fiscale.
 
Pour cela, comme nous l’avions annoncé nous avons eu recours à la solidarité de tous les polynésiens, appelés à apporter leur contribution au travers du relèvement des taux de CST et de la TVA sur les services.
 
Ces mesures, courageuses et réalistes, sont saluées par l’Etat et par les caisses prêteuses qui en mesurent le sérieux, ce que traduit également l’indice de confiance publié par l’IEOM, au plus haut niveau depuis 6 ans.
 
Toutes ces mesures prises en quelques mois doivent trouver leur prolongement dans la poursuite de l’exécution des engagements pris devant les électeurs au travers, de ce document d’orientation budgétaire, aujourd’hui, et demain, dans les déclinaisons opérationnelles du budget primitif.
 
Ainsi, 2014 sera la première année de reconstruction qui s’étendra sur la mandature, et même au-delà, puisque que ce DOB s’inspire de la perspective du plan Tahiti Nui 2025, de libérer l’initiative privée par recadrage de la sphère publique et une modernisation de l’administration et de la réglementation.
 
C’est un document très riche, qui se réfère à une démarche globale, pour tracer clairement la voie de chaque politique sectorielle, dont je laisse le soin à mes collègues de la majorité, d’aborder plus en détails les différents aspects.
 
A titre plus personnel, j’aimerai vous offrir une citation, souvent empruntée par le Président Jacques CHIRAC.
 
Cette citation guide désormais l’action de notre majorité, stimulée par le dynamisme et la volonté du Président de la Polynésie française, pour faire fructifier le bien commun, quelles que soient les difficultés à surmonter :
 
« L’art de la politique, c’est de rendre possible ce qui est nécessaire »
 
Je vous remercie de votre attention
 

Source: Tahiti News



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