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Roch Wamytan "retranscription mot à mot " de l'interview du JT du 27 juillet

Mercredi 30 Juillet 2014

Retranscription "mot à mot" de l' interview de Roch Wamytan lors du JT de dimanche 27 juillet 2014 - invité politique

Journaliste : Rock Wamytan, bonsoir.

Rock Wamytan : Bonsoir.

Journaliste Alexandre Rosada : Un double fait divers, une route coupée dans la nuit à Saint-Louis, aux abords de la tribu, la chefferie Moia Tea qui a été incendiée, on va dire qu'on est, là, dans encore des actes de petites guérillas, d'incivilités. Comment vous qualifieriez cela ?



Roch Wamytan "retranscription mot à mot " de l'interview du JT du 27 juillet
 
 
Rock Wamytan : Tout d'abord, je voudrais dire que ce sont des faits qui sont tout à fait regrettables que je condamne aussi, notamment l'incendie de la maison commune de la chefferie Moia Tea. C'est un problème qui doit être traité de façon globale et spécifique, ce qui se passe à Saint-Louis déjà depuis quelques semaines. J'ai eu d'ailleurs l'occasion de le dire lundi dernier, puisque lundi, le président de la province Sud, Philippe Michel, a relancé…
 
Journaliste : Quand vous dites "globale", vous voulez dire quoi, traiter de manière globale ?
 
Rock Wamytan : C'est les traiter de façon globale, parce que la tribu de Saint-Louis ne peut pas être traitée comme elle l'est actuellement. En tout cas, ce qui se passe avec les forces de l'ordre, sur la tribu de Saint-Louis depuis maintenant deux mois, devient complètement absurde. Pourquoi absurde ? Parce qu'on assiste, là, à un harcèlement presque journalier des gens de la tribu de Saint-Louis, alors que ce ne sont pas tous des délinquants, les jeunes de la tribu de Saint-Louis. La tribu de Saint-Louis, c'est 1500-1600 personnes. Il n'y a qu'une trentaine de délinquants qui ont été clairement identifiés. Il y a plus de 800 jeunes sur la tribu de Saint-Louis. Nous avons trois autorités coutumières sur la tribu de Saint-Louis. Donc, il faut traiter de façon globale et arrêter d'avoir des clichés sur cette tribu, là, vous voyez ?
 
Journaliste : Les forces de l'ordre pratique un discernement, quand même, dans leurs actions ?
 
Rock Wamytan : Pas toujours, parce que ce qui se passe à l'heure actuelle, je ne peux pas le partager. Il faut gérer tout ça autrement que d'harceler presque journalièrement cette tribu de Saint-Louis.
 
Journaliste : Qu'est-ce que vous faites, vous, Rock Wamytan, pour traiter ce problème ?
 
Rock Wamytan : À chaque fois, on nous dit cela, on nous demande, mais qu'est-ce que vous faites, vous, les coutumiers. Quelle est votre responsabilité dans cette affaire. Nous avons, nous, qu'une autorité morale sur ce qui se passe. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'on nous a enlevé la compétence de l'ordre public, de la sécurité à l'intérieur de nos tribus, et notamment la tribu de Saint-Louis. Qu'est-ce que vous voulez faire avec uniquement notre autorité morale, si nous n'avons pas les moyens juridiques, les moyens techniques, les moyens logistiques, pour traiter ce problème ? Et c'est un problème récurrent, puisque ça fait plus de 20 ans, à chaque fois, nous interpellons l'État de façon à ce que nous puissions, nous les coutumiers, nous charger en partie de l'ordre public et de la sécurité dans nos tribus, mais on ne nous entend pas. On ne veut absolument pas nous donner raison à ce niveau-là.
 
Journaliste : Pourtant, on est dans le symbole très fort, la maison commune. C'est là où circule la parole, dans le monde kanak, c'est très fort. Et là, on va brûler cette maison.
 
Rock Wamytan : Ah ben ça, je ne sais pas, puisque je n'ai pas encore les éléments de fait-là, de l'incendie de la maison commune de la chefferie Moia Tea. Je l'ai dit, j'ai condamné, puisque ce n'est pas possible de brûler des maisons communes. Maintenant, les raisons qui ont amené des personnes, peut-être des jeunes, je ne sais pas, ou des moins jeunes, ou des adultes, à faire ce qui s'est passé, là, moi, je le condamne, mais il faut quand même regarder de près ces raisons-là, et non pas condamner de façon abrupte sans essayer de comprendre et essayer d'apporter des solutions qui puissent régler le problème.
 
Journaliste : La décision attendue du CCCE, le comité consultatif coutumier environnemental, sur le dossier Vale. 150 recommandations ont été remises aux autorités et à l'industriel. C'est suffisant, pour vous, ou pas ?
 
Rock Wamytan : Je ne sais pas puisque là, nous aurions dû nous réunir ce week-end, donc, ça ne s'est pas fait, compte-tenu de ce qui s'est passé à Yaté dernièrement. Les responsables ont souhaité décaler, reporter la réunion à samedi prochain, et c'est samedi prochain que nous allons en débattre, entre l'ensemble des chefferies, et notamment entendre les responsables du CCCE nous exposer ces 150 recommandations issues de leur travail de ces deux mois. Après, en toute connaissance de cause, avec les propositions des uns et des autres, nous avons, nous, au niveau de la chefferie de Saint-Louis, fait une proposition, que d'ailleurs j'avais exposée ici, il y a quelques semaines de cela, nous allons aussi proposer cette solution puisque nous avons travaillé pendant les deux mois à cette solution-là et nous verrons si nous pourrions convaincre les chefferies de se joindre à notre proposition.
 
Journaliste : Là, on a vu aussi sur Vale encore des actes de guérillas, avec un tir par arme à feu sur des vigiles. C'est encore aussi un débordement qui est condamnable, selon vous, ou pas ?
 
Rock Wamytan : C'est condamnable, parce que ce n'est pas possible de continuer comme ça. C'est pour ça que je dis, tout ce problème, il est à régler de façon globale. On ne peut pas prendre ce problème par petit bout. Il faut se mettre autour de la table et voir dans l'ensemble, et notamment au niveau de ce Sud, parce que c'est le Sud qui est concerné. Je voudrais simplement vous rappeler que nous n'étions pas pour cette usine-là. Pour nous, il semblait que c'était paradoxal de mettre cette usine alors que nous étions pour le rééquilibrage et pour, d'abord et avant tout, mettre l'usine du Nord avant. Après, maintenant, l'histoire est là, l'usine est là, mais cette usine traîne avec elle d'énormes contentieux qu'il va falloir regarder de près et se mettre autour de la table pour discuter pour savoir comment nous pouvons apporter une solution maintenant.
 
Journaliste : Nous avons eu la visite de la ministre des outre-mer, madame George Pau-Langevin. Pendant cette période de séjour, le haut-commissaire a démissionné. Comment vous interprétez les choses ? Est-ce que, selon vous, le haut-commissaire avait de vraies raisons ou bien y avait-il des mensonges ?
 
Rock Wamytan : Je pense que le cas de Jean-Jacques Brot, haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, était déjà réglé déjà depuis quelques mois, puisque déjà, en avril, nous avions des rumeurs, des bruits d'informations qui nous venaient du Gouvernement français, comme quoi il allait être relevé de ses fonctions et remplacé. Donc, c'est depuis avril. Est-ce qu'avant d'être relevé de ses fonctions officiellement, il a voulu faire quelque chose pour marquer les esprits ou pour marquer sa désapprobation de cette décision-là avant qu'il reçoive l'information de Paris ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, ce qui s'est dit, ou en tout cas, ce qu'on lui a fait dire par rapport au largage de la Nouvelle-Calédonie, moi, je pense que c'est quelque chose qui est allé trop loin parce que, en fait, que ce soit le gouvernement socialiste actuellement au pouvoir, ou le gouvernement de droite qui est au pouvoir, il y a encore quelques mois de cela, le Gouvernement français, l'État français ne souhaite pas l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, qu'il soit de droite, ou de gauche.
 
Journaliste : Est-ce que la phrase d'Alain Christnacht qui dit que, la capacité des Calédoniens à se laisser manipuler, le surprend et l'inquiète. C'est aller trop loin aussi ? Vous pensez que les Calédoniens sont manipulables, est-ce que ce n'est pas un peu blessant, selon vous ?
 
Rock Wamytan : Vous savez, les grands États colonisateurs, qui ont colonisé des millions de gens au cours de leur histoire, ils sont passés maîtres dans l'art de la manipulation. C'est pas moi qui le dis, ce sont les historiens qui le disent. Et dans tous les processus de décolonisation, c'est pas seulement dans la France, au niveau de l'Espagne, au niveau du Portugal, etc., la Grande Bretagne, etc. À l'approche des échéances capitales, comme ces échéances vont se présenter pour nous, en Nouvelle-Calédonie, ces manipulations, elles vont se multiplier, et c'est comme ça que ça marche.
 
Journaliste : Cette mission qui arrive, Christnacht-Merle, est-ce qu'elle est assez œcuménique, est-ce qu'elle ne méritait pas d'être un peu plus plurielle ou est-ce qu'elle est trop politique ? Comment vous voyez cela ?
 
Rock Wamytan : Moi, je me demande, en fait, ils vont venir faire quoi, au-delà de mes relations personnelles que j'ai avec ces deux personnalités, puisque je les connais déjà depuis plus de 30 ans, Alain Christnacht, je le connais déjà depuis 1982 quand j'étais jeune fonctionnaire à l'époque. La question qui se pose, c'est pas la composition de cette mission, mais c'est une mission pour faire quoi ?
 
Journaliste : Écoute et analyse.
 
Rock Wamytan : Mais écoute et analyse pour faire quoi, puisque le Premier ministre Ayrault avait déjà mis en place, nous avait suivis dans les propositions que nous avons fait de mettre en place un comité de pilotage sur l'avenir institutionnel. Nous avons tous les résultats, ils sont là. Nous avons des alternatives qu'il va falloir travailler dessus. Cette mission, elle arrive, moi, je me pose la question, qu'est-ce que cette mission vient faire, ici, en Nouvelle-Calédonie ? D'écoute et d'analyse. Pour écouter qui, écouter quoi, analyser quoi, puisque nous avons déjà tous les éléments à notre disposition, entre nous, les Calédoniens, pour pouvoir essayer de trouver une solution et d'avancer dans le règlement, puisque c'est un problème pour tout le monde, de l'avenir de notre pays.
 
Journaliste : On en vient aux consultations référendaires, on entend beaucoup parler de la date de 2018, comme si finalement, l'État avait la main sur le calendrier, et non pas le Congrès. Qu'est-ce que vous en pensez ?
 
Rock Wamytan : Mais c'est, ni l'État, ni le Congrès, c'est l'Accord de Nouméa, tout simplement. C'est le déroulé. Nous, les indépendantistes, nous sommes dans le déroulé de l'Accord de Nouméa. Ce déroulé nous amène normalement à 2014, nous avons passé l'étape de 2014, nous n'avons pas les trois cinquièmes au Congrès pour pouvoir déclencher le référendum. Nous allons vers 2018. Normalement, c'est à l'État de déclencher, parce qu'il est tenu par sa signature, la signature de cet accord.
 
Journaliste : Mais on peut le faire avant 2018 ?
 
Rock Wamytan : Mais pour le moment, nous, nous ne souhaitons pas faire avant, nous sommes dans ce déroulé-là. C'est pour ça, je me demande, mais cette mission va venir nous dire quoi ? Moi, je me pose la question si cette mission ne va pas venir nous vendre un troisième accord. Finalement, dans l'équilibre, entre non-indépendantistes, indépendantistes et l'État, nous, les indépendantistes, nous allons nous retrouver seuls contre deux.
 
Journaliste : Troisième accord dont vous ne voulez pas !
 
Rock Wamytan : Le troisième accord, pour le moment, nous n'en voulons pas. Nous, nous voulons fermer la page de la colonisation dans notre pays, tout simplement, et faire en sorte que nous puissions construire l'indépendance de notre pays au sein de la région en gardant des liens avec l'Europe et la France. Mais la Calédonie, c'est d'abord un pays océanien, c'est un pays mélanésien. On ne pourra pas aller contre cette réalité géographique, il faudrait quand même qu'on arrive à se mettre tous d'accord pour dire que, mais la Nouvelle-Calédonie est située à 18 mille kilomètres de la France.
 
Journaliste : Sur ces consultations référendaires, est-ce que le FLNKS, dont vous faites partie, veut modifier le corps électoral pour ces scrutins ?
 
Rock Wamytan : Le corps électoral, il est fixé déjà. Le corps électoral est fixé par l'Accord de Nouméa, donc il ne nous reste plus maintenant qu'à nous pencher sur cette question-là.
 
Journaliste : Et quelle est votre position alors ?
 
Rock Wamytan : Tout simplement que les gens du pays, les Kanaks évidemment, mais les Calédoniens, tous ceux qui sont là, qui ont construit ce pays, qui ont donc 20 ans de résidence, là, en 2014, puissent tout simplement, et en toute transparence et en toute sérénité, exercer leur droit à l'autodétermination. C'est ce que nous demandons uniquement, mais il ne faut pas que des gens qui ont le droit de voter soient écartés et que des personnes qui n'ont pas le droit de voter puissent exercer ce droit-là à la place des Calédoniens.
 
Journaliste : Le dossier nickel, on va en parler au comité des signataires. Comment est-ce que vous voyez les choses sur la prise de participation de la Calédonie à 51 % dans le capital de la SLN ? Comment vous vous positionnez là-dessus ?
 
Rock Wamytan : Nous, nous avons toujours eu une position claire, que nous disons déjà depuis plus de 20 ans maintenant. Ça se résume comme ceci, que le pays doit maîtriser ses ressources naturelles et contrôler les outils qui valorisent ses ressources. Nous avons, depuis plus de 20 ans, depuis les Accords de Matignon pratiquement, tenté d'appliquer ce principe-là. Dans ce cas-là, pour la SLN, il est tout à fait normal, dans l'application de notre principe politique et économique, de contrôler la SLN, tout simplement, pour pouvoir mieux valoriser nos ressources et faire en sorte que ces ressources profitent d'abord et avant tout à la Calédonie et à ses habitants.
 
Journaliste : Mais Monsieur Wamytan, si le capital de la SLN est contrôlé à 51 %, à travers les sociétés de participations, ce sont les provinces qui vont avoir la mainmise sur le nickel. Est-ce qu'il est sensible ou pas qu'une province politique ait la mainmise sur une ressource nickel ? Il y a un danger quand même, il peut y avoir un danger !
 
Rock Wamytan : Il peut y avoir un danger. Je pense que tout cela, ça pourrait faire l'objet de discussions, mais moi, je ne trouverai pas anormal que ça se passe comme ça, c'est pas catastrophique. À partir du moment où cette société est contrôlée par les Calédoniens, que les Calédoniens soient majoritaires par rapport à une commune ou à une autre, mais qu'est-ce que ça fait ? C'est quoi le problème ? Il n'y a pas de problème. Le problème, c'est que c'est la Calédonie toute entière qui…
 
Journaliste : Il peut y avoir instrumentalisation politique, non ?
 
Rock Wamytan : Instrumentalisation politique, dans quel sens ?
 
Journaliste : Ben, c'est-à-dire si une province détient les titres miniers de la SLN, par exemple, elle peut décider de la ressource du minerai pour alimenter, par exemple, des usines en dehors du pays ?
 
Rock Wamytan : Après, c'est dans la concertation, dans le dialogue que tout cela peut…Si on a imaginé ce système-là, au niveau de la prise de participation de la STCPI, c'est d'abord dans un souci de rééquilibrage, c'est ça l'histoire. Nous avons signé l'entrée…, j'ai signé, moi, puisque j'étais président du FLNKS à l'époque. En juillet 2000, nous avons signé la rentrée des intérêts calédoniens dans le capital de la SLN-Eramet, par le biais de la STCPI. Mais c'était bien pour ce déséquilibre en interne, favorisant la province Nord notamment. C'était d'abord suivant le principe de rééquilibrage. Maintenant, si la province Nord est déjà parfaitement équilibrée, pourquoi ne pas en rediscuter.
 
Journaliste : On a entendu parler, pour la première fois, d'un axe, Christnacht, Néaoutyine, Alla, Gomès. Vous en pensez quoi ?
 
Rock Wamytan : Les axes, ça nait comme l'herbe après pluie, ou les champignons après la pluie. À un moment donné, on a parlé de l'axe Wamytan, Frogier, je ne sais pas qui. Aujourd'hui, c'est cela, et demain, ce sera un autre axe. Ce qui est important, c'est quoi ? Ce qui est important, c'est d'enlever toutes ces scories-là pour voir l'intérêt de notre pays, d'abord et avant tout, et œuvrer pour l'intérêt de notre pays, et non pas pour les intérêts supérieurs d'un État qui nous a colonisés. C'est ça qui est important pour moi.
 
Journaliste : Rock Wamytan, merci.
 
 

Florence Dhie



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