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ONU : Assemblée générale de la 4ème commission

Jeudi 9 Octobre 2014


La présidente du gouvernement s’est exprimée devant l’Assemblée générale de la 4ème commission chargée de la décolonisation et des questions politiques spéciales de l’organisation des Nations Unies, à New York, le 8 octobre 2014.

Au nom du gouvernement collégial de la Nouvelle-Calédonie, Cynthia LIGEARD a fait le point de la mise en œuvre de l’Accord de Nouméa alors que s’est ouvert le 11 mai dernier, la dernière mandature de l’Accord.

Philippe Dunoyer a fait le voyage pour porter la voix des non indépendantistes comme l'avait fait Gaël Yanno pour la première fois en juillet et côté FLNKS ce sont Daniel Goa et Roch Wamytan qui ont fait le voyage à New York.



Le gouvernement collégial calédonien devant l'ONU

ONU : Assemblée générale de la 4ème commission
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA 4è COMMISSION CHARGÉE DE LA DÉCOLONISATION ET DES QUESTIONS POLITIQUES SPÉCIALES
DISCOURS DE MADAME CYNTHIA LIGEARD PRÉSIDENTE DU GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE
ORGANISATION DES NATIONS UNIES NEW YORK
 
LE 8 OCTOBRE 2014
Monsieur le Président de la 4ème Commission de l'Assemblée générale,
Monsieur le Président du Comité de décolonisation,
Madame le Secrétaire de la 4ème Commission,
Mesdames et Messieurs les délégués, représentant les Etats membres des Nations Unies,
Mesdames et Messieurs,
 
En cet instant solennel, au nom de la Nouvelle-Calédonie et de son gouvernement, je veux d’abord dire l’honneur et le respect que j’éprouve devant cette noble assemblée et ses membres.
Honneur et respect partagés par l’ensemble des composantes calédoniennes notamment au regard de l’intérêt et de l’attention que vous témoignez à l’évolution institutionnelle, économique et sociale de notre territoire.
 
Je le dis avec d’autant plus de conviction que le gouvernement que je préside réunit en son sein et dans un même effort, des élus de toutes tendances, indépendantistes et non-indépendantistes et ce dans un esprit de collégialité pleinement assumé et bien plus encore désiré et revendiqué.
Pourtant, ce partage des responsabilités et des pouvoirs au service de l’intérêt général ne va pas de soi.
 
Malgré deux accords, ceux de Matignon en 1988 et de Nouméa en 1998 pour engager l’ensemble des responsables politiques sur la voie du dialogue et du respect, sur le chemin d’une volonté commune de concertation et d’action, malgré 26 années de paix suite à l’improbable poignée de main entre Jean-Marie TJIBAOU l’indépendantiste et Jacques LAFLEUR le non-indépendantiste, rien n'est acquis et les équilibres restent fragiles. Il nous faut à chaque instant, de façon volontaire et déterminée, rester vigilant pour éviter la radicalisation de l'une ou l'autre des parties.
 
C'est dans cet esprit que le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie souhaite que vous puissiez entendre notre conviction alors même que s’engage, depuis les élections générales du 11 mai dernier, la dernière mandature de l’Accord de Nouméa.
 
Nous Calédoniens, nous sommes convaincus que la Nouvelle-Calédonie ne se construira ni les uns sans les autres, ni les uns contre les autres.
Vous comprendrez alors combien nous attachons de valeur à dépasser nos différences pour construire une nouvelle ère, celle d’un destin vraiment partagé. Et ce, quel que soit le chemin choisi par les Calédoniens pour achever notre processus de décolonisation. Un processus qui, je le rappelle, prévoit trois issues possibles : l’indépendance et la pleine souveraineté, la libre association avec la France ou l’intégration à la France comme l’énonce la résolution n°1541 du 15 décembre 1960 prise au nom de votre Assemblée Générale.
 
À présent, permettez-moi de vous exposer la situation calédonienne au regard de vos considérations.
Cette présentation bénéficie du soutien de l’ensemble des composantes indépendantistes et non indépendantistes du Gouvernement.
* ** *
Sur le plan politique, notre territoire a vécu cette année un moment important de son calendrier institutionnel. Je veux bien sûr parler des élections provinciales du 11 mai 2014 avec, en conséquence, le renouvellement de notre Congrès et l’installation du 13è gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Je me félicite du projet de résolution que le Comité de décolonisation vous soumettra à l’occasion de cette 69ème session. Il reconnaît que ce temps fort de la démocratie calédonienne fut de « bonne conduite », s’est opéré « dans le calme » et dans le respect de l'esprit et de la lettre de l'Accord de Nouméa.
 
Disposant, à l'échelle du territoire, de la majorité dans les urnes, les composantes non- indépendantistes ont mis sur pied un accord de gouvernance solidaire permettant la stabilité des différentes institutions. Pour autant, ce contrat de gouvernance solidaire ne s’est pas construit contre nos partenaires indépendantistes. Lors de mon installation, j’ai d'ailleurs rappelé au congrès la légitimité démocratique des élus indépendantistes. Une légitimité qui se traduit au gouvernement par la présence de 5 membres sur 11.
 
Plus généralement, la sensibilité indépendantiste dirige aujourd’hui 2 provinces sur 3, 22 communes sur 33 et dispose de 25 membres du congrès sur 54. C’est dire toute la réalité de l'exercice partagé des responsabilités.
 
Sur le plan institutionnel, les transferts de compétences, éléments fondateurs d’une réelle autonomie, marquent une avancée considérable :
• Les enseignements secondaire et primaire ont été transférés à la Nouvelle- Calédonie le 1er janvier 2012.
• Ont suivi au 1er juillet 2013, le droit civil et le droit commercial et, depuis le 1er janvier 2014, la sécurité civile.
 
Hormis les éléments concernant les transferts optionnels prévus par l'art. 27 de la loi organique de mars 1999, notre processus d'émancipation a désormais épuisé l'intégralité des transferts de compétences obligatoires.
 
Cependant, la question du corps électoral, essence de toute légitimité démocratique, suscite des crispations et génère des tensions. Elle a d'ailleurs été la cause de la venue d'une mission de visite du comité spécial en mars dernier.
La tribune que l'Assemblée générale m’octroie n’est ni le lieu ni le moment pour prendre parti.
Pour autant, je souhaite affirmer une conviction partagée : la citoyenneté calédonienne ne peut pas, ne doit pas, se construire sur l’exclusion d’une partie de ses enfants.
 
Aussi, nous exploiterons l’ensemble des espaces de dialogue et de débat pour trouver un chemin digne d'une société tout à la fois ouverte sur sa diversité et respectueuse de l’identité de son peuple premier.
 
Sur le plan culturel aussi nous avons progressé.
Lors de ma déclaration de politique générale, j'ai affirmé l’engagement de la Nouvelle- Calédonie en faveur de la transmission des valeurs et des traditions. Il s’agit d’encourager les initiatives destinées à intégrer toutes les communautés dans le patrimoine commun du pays en leur offrant des espaces d’expression et de valorisation de leurs cultures. Il s’agit aussi de prendre en compte le travail réalisé par le Sénat Coutumier sur le Socle Commun des Valeurs Kanak. Ce positionnement participera à la construction de la nouvelle société et permettra de nourrir la communauté de destin. Il s’agit enfin de poser des passerelles entre le droit commun et le droit coutumier.
 
Sur le plan économique et social, notre gouvernement s’est engagé dans de profondes réformes. Tout à la fois pour répondre aux mutations internes de notre société et pour faire face aux défis de la mondialisation.
Il en va ainsi de la refonte de notre système fiscal. Elle a été actée, juste deux mois après l’installation du gouvernement, lors d’une grande conférence partenariale. Nos engagements sont ainsi tenus : lutter contre la vie chère, mieux redistribuer la richesse, rendre plus équitable l’effort fiscal et dynamiser notre compétitivité. Concrètement, l’essentiel des mesures annoncées sera engagé d'ici fin 2015.
Sur le front de l’emploi, nos dispositifs en faveur de la promotion et de la protection de l’emploi local seront étendus dès 2015 au secteur de la fonction publique par une loi du pays.
Pour accompagner cette montée en puissance des salariés et des cadres calédoniens dans notre économie et notre administration, les secteurs de l’éducation et de la formation ont été privilégiés avec une attention particulière dans le traitement des difficultés rencontrées par une population éloignée de l’emploi, très majoritairement Kanak.
 
Autre mesure pour l’affirmation d’une société calédonienne, le gouvernement a décidé la création d’un service civique calédonien dès 2016. Il aura toute sa part comme outil de construction de valeurs citoyennes et de cohésion sociale. Il ouvrira de nouvelles voies d’insertion sociale et professionnelle et favorisera la mixité sociale et culturelle. Enfin dernier axe de notre politique de rééquilibrage et de désenclavement, celui des transports. Annoncé ici-même le 4 octobre 2011, le schéma global de transport arrive au terme de sa production. Pour son déploiement, un document cadre sera présenté au Congrès au 1er semestre 2015.
 
La Nouvelle-Calédonie affirme également son autonomie à travers ses actions de coopération régionale.
Les années 2013 et 2014 ont été marquées par un engagement accru dans la région Pacifique.
Ainsi, concernant notre candidature au statut de membre à part entière du Forum des Iles du Pacifique, ce dernier a pris la décision, sous l’impulsion de la présidence des Iles Cook, de réactiver "le comité ministériel sur la Nouvelle-Calédonie". La mission que nous avons accueillie en juillet 2013 a rendu un rapport favorable à l'ouverture d'un processus d'accession au statut de membre à part entière du Forum.
 
C’est aussi en 2013 que la Nouvelle-Calédonie et la Communauté du Pacifique (CPS) ont signé leur « stratégie conjointe » pour 5 ans. Nous sommes le 4ème contributeur volontaire au financement de cette organisation, derrière l’Australie, l’Union Européenne et la France. Cela souligne aussi notre rôle grandissant de partenaire dans le Pacifique.
 
Sur le plan bilatéral, je puis assurer votre assemblée du développement continu de notre politique de coopération. En partenariat étroit avec l’Etat, nous travaillons très sérieusement à la mise en place d'un réseau de représentants délégués auprès des Etats de la région.
Enfin, je voudrais rappeler le lien particulier qui nous unit à l’Union Européenne en tant que pays et territoire d’Outre-mer. Il participe à la reconnaissance de notre autonomie et à la prise en compte de nos particularismes. Notre triple identité française, européenne et mélanésienne nous permet d’être un pont entre la France et l’Union Européenne d’un côté, et les États du Pacifique de l’autre.
* ** *
Comme vous pouvez le constater, les engagements pris avec l'Accord de Nouméa sont tenus. Mais je tiens devant vous à attirer l'attention de tous sur cette dernière mandature de l'Accord de Nouméa. Elle nous engage à davantage de responsabilité, de raison et de bonne volonté pour éviter les pièges d'une radicalisation et pour achever la réconciliation à laquelle nous travaillons tous depuis la poignée de main historique de 1988.
 
Les Calédoniens sont des femmes et des hommes pétris de valeurs. Celles de la devise républicaine française, de Liberté, d’Égalité et de Fraternité. Celles aussi de notre identité océanienne et mélanésienne. Des valeurs de respect, de solidarité, d’écoute et de partage.
Des valeurs chrétiennes enfin, faites d’espérance et de charité.
Je nourris l'espoir que ces valeurs conjuguées à une volonté farouche de trouver une solution partagée pour l’avenir, sauront nous préserver des attitudes extrêmes et nous permettront de dépasser nos oppositions. Car, j'en suis convaincue, ce qui nous rapproche sera toujours plus fort que ce qui nous sépare.
 
Cynthia Ligeard
Présidente du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie

onu_ligeard.pdf ONU Ligeard.pdf  (135.17 Ko)


Frédéric Dhie



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