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IRD : Première mission de contrôle de densité des étoiles de mer épineuses organisée par l’IRD et la province Sud

Mercredi 3 Mai 2017

Une mission conjointe de contrôle de densité des acanthasters en surnombre sur le récif de l’îlot Vua sera réalisée par l’IRD et la province Sud, les 15 et 16 mai prochains. Une première en Nouvelle-Calédonie, cette mesure concrétisant le lien entre science participative et actions préventives. En effet, l’alerte a pu être donnée grâce aux observations citoyennes collectées sur la plateforme web OREANET.



IRD : Première mission de contrôle de densité des étoiles de mer épineuses organisée par l’IRD et la province Sud


Qu’est-ce que l’Acanthaster planci ?
L’Acanthaster planci est une étoile de mer inféodée aux récifs coralliens qui se distingue par sa taille importante : jusqu’à 70 cm de diamètre, pour un poids pouvant atteindre 3 kg chez les adultes. Les acanthasters ont la particularité d’être exclusivement corallivores au stade adulte : elles se nourrissent des polypes coralliens en dévaginant leur estomac sur les coraux avant de libérer leurs enzymes digestives (digestion extra-corporelle). Une fois les polypes consommés, l’acanthaster laisse derrière elle uniquement le squelette calcaire du corail : ces cicatrices alimentaires sont facilement
reconnaissables par leur couleur blanche (source: http:// oreanet.ird.nc)

L’Acanthaster planci est une cause majeure de destruction des récifs coralliens. « Plus du tiers des récifs du Pacifique sont actuellement touchés par des épisodes d’infestation imprévisibles », explique Pascal Dumas, biologiste marin à l’IRD (unité ENTROPIE). Ces flambées sont caractérisées par l’arrivée massive sur un récif de centaines, de milliers, voire de dizaine de milliers d’individus causant des mortalités coralliennes très importantes. L'incidence de ces épisodes semble augmenter en fréquence et en intensité à l’échelle du Pacifique, sous l’influence des changements climatiques. Autrement dit, la présence de l’étoile de mer épineuse sur un récif ne pose en elle-même aucun problème, mais une surpopulation contribue au recul des récifs déjà fragilisés par ailleurs par des épisodes de blanchissement corallien ou par le risque d’acidification des océans lié au changement climatique.

En quoi consiste cette mission ?
Permettre d’une part, d’évaluer les impacts de ces étoiles de mer sur nos récifs et d’autre part, de tester des techniques de contrôle de densité dans ces milieux. Le site concerné est l’îlot Vua, près de l’île Ouen, où la population d’acanthasters a flambé de 12 individus (observés fin novembre 2015 par un usager du lagon) à 99 en juin 2016 puis plus de 750 en janvier 2017, soit une progression alarmante » (voir carte). Actuellement, le platier et le tombant ne sont pas encore impactés, les dégâts sont surtout apparents à partir de 5-6 mètres de profondeur et s’étendent sur près de 600 mètres linéaires. « Si rien n’est fait, vue l’ampleur de l’infestation, alerte Pascal Dumas, nous risquons un recul massive de la couverture corallienne autour de l’îlot Vua dans les prochains mois ». Or, dans le meilleur des cas, il faut compter plus de 10 ans pour qu’un récif détruit par une flambée d’acanthasters s’en remette.
 

IRD : Première mission de contrôle de densité des étoiles de mer épineuses organisée par l’IRD et la province Sud

« Prudence et précautions sont de mises »
L’équilibre entre le respect des processus naturels de prédation au sein des écosystèmes et la mise en place d’un contrôle de densité reste donc le fil conducteur de la première mission de contrôle de population envisagée par l’IRD et la province Sud. «La présence d’acanthasters dans les récifs coralliens est tout à fait naturelle. Si les causes d’une surpopulation soudaine restent encore méconnues, la Nouvelle-Calédonie, contrairement au Vanuatu ou aux îles Fidji, reste encore épargnée par le problème d’infestations massives et étendues d’étoiles de mer mangeuses de corail » précise Emmanuel Coutures, de la direction de l’environnement de la province Sud.
La précipitation n’est pas de mise. En période de ponte, certaines techniques peuvent conduire les acanthasters à émettre leurs gamètes sous l’effet du stress. Avec 60 millions de gamètes par individu, le remède serait alors pire que le mal : le risque de propager au lieu de contenir l’infestation n’est pas négligeable. La procédure exige donc un encadrement strict par les spécialistes. L’IRD et la province Sud comptent sur la mobilisation de plongeurs au sein de leurs services et dans les clubs de plongées associatifs avec qui des actions de préservation environnementale sont déjà en cours. Un appel élargi à des bénévoles sera envisagé si nécessaire.
« Mieux vaut prévenir que guérir »
Parmi les différentes méthodes employées pour tenter de limiter les densités de populations, les traitements par injection —qui consistent à inoculer diverses solutions toxiques à l’étoile de mer mangeuse de corail— remplacent de plus en plus souvent les méthodes de collecte manuelles. La mission sur l’îlot Vua s’inscrit de plus dans le cadre d’une expérimentation scientifique « grandeur nature », car elle va permettre de vérifier sur le terrain l’efficacité opérationnelle de la méthode d’injection acide mise au point par l’IRD en 2014 et utilisée depuis par des confrères australiens.

Source IRD



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