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Cynthtia Ligeard fait le point sur l'actualité sur RRB

Mercredi 6 Août 2014

Journaliste : Merci d'avoir accepté cette invitation matinale, alors que vous rentrez de Palau, où vous avez représenté la Calédonie au 45e forum des îles du Pacifique. Comment ça s'est passé ce forum, qu'est-ce qu'il faut en retenir ?



Cynthtia Ligeard fait le point sur l'actualité sur RRB
Cynthia Ligeard : Ce qu'il faut en retenir, c'est que le thème central du forum, c'était l'océan, et donc, les discussions ont beaucoup tourné autour des questions climatiques et des questions de la pêche dans la plupart des petits États du Pacifique. Donc, ça a été le gros des discussions. Ce qu'il faut en retenir aussi, c'est que pour la première fois, le secrétariat général du forum sera porté par une femme, madame Meg Taylor, de Papouasie Nouvelle-Guinée, et ça, c'est une grande première, au niveau du forum.
 
Journaliste : C'est une grande première, vous-même, présidente du gouvernement, ça change quelque chose, ça vous permet d'avoir des rapports, peut-être, plus faciles ?
 
Cynthia Ligeard : Pour moi, ça a été un moment important. C'était la première fois que je menais une délégation calédonienne dans la région, donc mon premier déplacement à l'étranger avec cette casquette de présidente du gouvernement. Ça m'a donné l'occasion de rencontrer beaucoup d'autres représentants des différents États du Pacifique, une vraie découverte, et puis du coup, d'entamer, à travers toutes les discussions bilatérales que nous avons pu avoir, de commencer à nouer une relation, parce que la plupart de mes interlocuteurs connaissent bien mes prédécesseurs, qu'il s'agisse de Pierre Frogier et d'Harold Martin, de Philippe Gomès, etc., ou de Rock Wamytan, enfin tous ceux qui tournent sur la planète politique depuis pas mal d'années, mais évidemment, moi, ils ne me connaissent pas du tout, donc c'était l'occasion de nouer des premières relations. Ça s'est plutôt bien passé, même si je suis déçue, comme tout le monde, que nous n'ayons pas, cette année encore, pu accéder au statut de membre à part entière.
 
Journaliste : C'était l'un des enjeux de ce forum, la Nouvelle-Calédonie reste membre associé. Pourquoi est-ce qu'ils ne veulent pas de nous, est-ce que c'est grave, est-ce que vraiment, ce serait important d'être membre à part entière ?
 
Cynthia Ligeard : Pourquoi est-ce qu'ils ne veulent pas de nous ? On n'est pas à la retraite des leaders, donc c'est difficile de donner le comment du pourquoi exact. Il est évident qu'il y a des discussions dans le groupe des leaders, avec une ligne assez stricte qui veut que soit membre à part entière un État totalement souverain, ce qui n'est pas le cas de la Nouvelle-Calédonie, mais avec aussi une ligne différente qui est portée par plusieurs d'entre eux et qui consiste à dire qu'il faut trouver le chemin pour que nous soyons membres à part entière, de façon à pouvoir vraiment définir une politique régionale qui tienne la route. Et il semblerait que les discussions soient toujours en cours. Moi, des échanges que j'ai pu avoir au cours du dialogue post-forum avec certains des dirigeants des îles du Pacifique, là, il ressort que nous allons utiliser l'année qui nous sépare du prochain forum pour continuer en bilatéral et pour parvenir à une nouvelle étape à franchir, une nouvelle étape, l'année prochaine.
 
Journaliste : À peine rentrée de Palau, vous avez reçu, hier soir, la délégation de la commission des lois du Sénat. Dans quel état d'esprit avez-vous trouvé ces trois sénateurs ? Ça fait presque huit jours qu'ils sont déjà sur le territoire.
 
Cynthia Ligeard : Oui, tout à fait, et d'ailleurs aujourd'hui, ils s'en vont dans le Nord, et ils partent ce soir, mais je tenais à les recevoir. Je les ai trouvés…, j'ai en tête encore la visite de la commission des lois menée par Jean-Jacques Urvoas, il y a quelques mois, celle de l'Assemblée nationale, qui avait ensuite produit un rapport vraiment très intéressant qui montrait qu'ils avaient été très à l'écoute. J'ai trouvé que la commission, menée par Jean-Pierre Sueur, était dans le même état d'esprit, avec, d'une part, aussi bien Jean-Pierre Sueur que Catherine Tasca qui suivent depuis longtemps la vie de la Nouvelle-Calédonie, Catherine Tasca qui est venue à plusieurs reprises. Et donc, même si ça faisait longtemps qu'elle n'était pas venue, on la sent très attentive à l'évolution de la Calédonie. Voilà, un état d'esprit vraiment…, ils sont venus nous écouter, ils sont venus véritablement chercher les informations, faire un point, et la rencontre avec les membres du gouvernement a été plutôt intéressante.
 
Journaliste : Parce que vous vous êtes retrouvés, ensuite, avec tous les membres du gouvernement !
 
Cynthia Ligeard : Voilà, j'ai d'abord reçu les membres de la commission seule, et ensuite, nous nous sommes retrouvés en formation collégiale. Tous les partis qui forment le gouvernement étaient représentés, et je dois dire que le président de la commission a posé d'emblée le sujet, sur un ton très politique, alors que vous savez que ce gouvernement fait beaucoup d'efforts pour être collégial. Et donc, pour éviter les sujets qui fâchent, il a posé la question des options pour la sortie de l'Accord de Nouméa. Évidemment, ça a obligé chacun à affirmer son positionnement politique, ce qui est toujours délicat dans les équilibres que nous essayons de trouver au gouvernement. Mais ça a donné, je pense, du coup, une image sincère et véritable du fonctionnement au quotidien du gouvernement, chacun dans la prudence et dans la volonté, par-dessus les différences de trouver le moyen d'aller plus loin. Donc, je crois que pour la commission, ça aura sans doute été utile. 
 
Journaliste : Il y a une autre mission dont on parle beaucoup, celle confiée par Manuel Valls, Premier ministre, à Alain Christnacht et Jean-François Merle. Qu'est-ce que vous en pensez, vous, de cette mission ? Ça vous inquiète ?
 
Cynthia Ligeard : M'inquiéter ? Non, parce que nous en ferons bien ce que nous en voudrons. Il n'est pas question que ça nous inquiète. En revanche, ça a été un des sujets abordés, hier, avec la commission puisque nous avons…, et là, plusieurs partis représentés au gouvernement ont réaffirmé leur volonté de voir cette commission complétée par des membres d'autres partis que des représentants du PS. Ça a été clairement posé et le président de la commission a entendu, et j'espère qu'il saura porter notre voix aussi au niveau de l'État. Moi, ma position, c'est celle du Rassemblement UMP. Je suis présidente du gouvernement, certes, et donc, si ces deux personnes viennent effectuer leur mission en Nouvelle-Calédonie, je les recevrai à ce titre-là. Mais politiquement, je considère, comme Pierre Frogier et comme mon parti, le Rassemblement, que ça n'est pas bienvenu de monter une mission avec seulement des représentants d'une tendance politique. Nous avons besoin, en Nouvelle-Calédonie, de ce regard croisé et jusqu'à présent, on a toujours fonctionné parce que le multipartisme était représenté…, enfin fonctionnait aussi bien localement, qu'au niveau national, et c'est sans doute dommageable de changer de système. Ça me donne l'occasion aussi, si vous me le permettez, sur le Rassemblement et sur mes relations avec Pierre Frogier. Parce que, même un petit peu loin du monde, comme je l'étais à Palau, j'ai appris que sur les réseaux sociaux, il se racontait que je menais des réunions secrètes pour préparer un putsch contre le président du Rassemblement, prendre sa place, etc. Je sais que ça a énormément tracassé les militants de notre parti, je sais que ça a fait parler aussi des gens qui ne sont pas forcément militants et que ça les a inquiétés, parce que nous n'avons pas besoin d'une division de plus. Je voudrais dire plusieurs choses à ce sujet. D'abord, politiquement, Pierre Frogier et moi, et c'est un secret pour personne, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, nous sommes en phase. Nous n'avons pas du tout la même personnalité, nous n'avons pas évidemment la même expérience, je n'ai pas la même expérience que lui, mais nous avons, en commun, la même vision pour l'avenir de la Nouvelle-Calédonie et la même passion pour ce territoire. À partir de là, j'aimerais que ça, ce soit clair dans toutes les têtes. Deuxièmement, évidemment que j'ai de l'ambition, mais j'ai de l'ambition pour mon pays, et je n'ai pas demandé, je n'ai pas intrigué pour devenir, ou présidente de la province Sud, il y a quelques temps, ou présidente du gouvernement aujourd'hui. J'ai travaillé, je ne l'ai pas revendiqué, c'est une responsabilité qu'on m'a confiée, que j'accepte, et que je tâche de remplir au mieux. Je ne suis pas là pour devenir calife à la place du calife, et très honnêtement, ça commence à m'agacer, et je me demande qui a intérêt à chercher à mettre dans la tête des uns et des autres que j'ai les dents qui traînent par terre et que je vais prendre la place du chef. Je me demande vraiment. Je souhaite que ces choses-là soient dites, j'aimerais pouvoir travailler sereinement, et d'ailleurs, je continue à travailler sereinement, malgré tout. Mais vous savez, ça laisse des traces de dire des choses comme ça, et nous avons besoin, par-dessus tout, en Nouvelle-Calédonie, que ce soit à l'intérieur de chaque parti, ou entre les partis, de pouvoir travailler en toute sérénité dans cette période très délicate qui s'ouvre. 
 
Journaliste : À qui profitent toutes ces rumeurs, d'où viennent-elles, et en tout cas, est-ce que le contrat de gouvernance solidaire arrive à tenir le choc dans ce climat, ça n'affecte pas vos relations ?
 
Cynthia Ligeard : Justement, et c'est pour ça que je disais qu'on a vraiment besoin de sérénité. Et tout le monde a bien conscience, quels que soient les partis, et là, au-delà même du contrat de gouvernance solidaire, chez les indépendantistes aussi, tout le monde a conscience que nous sommes dans une période particulièrement fragile. Et au niveau du contrat de gouvernance solidaire, évidemment les personnalités s'affirment, évidemment les egos se manifestent, et c'est normal. Mais bon, quand on fait de la politique, on a forcément une personnalité forte, elle a forcément besoin de s'exprimer. Donc, le tout, c'est d'essayer d'exprimer sa personnalité sans aller trop loin, sans mettre le feu, de façon à ce que, effectivement, ce contrat de gouvernance solidaire puisse tenir. C'est compliqué, ça demande de faire des allers-retours, et ça supposerait d'ailleurs que chacun fasse preuve de la plus grande confidentialité quant aux débats, ce qui permettrait d'éviter de mettre de l'huile sur le feu, là aussi, à travers les réseaux sociaux. Bon, ce n'est pas toujours le cas, il y en a qui aiment bien s'exprimer à droite et à gauche. Ça, ça peut fragiliser le contrat de gouvernance solidaire, mais j'ai entendu, aussi bien les représentants de l'UCF, mis à part la dernière expression de Gaël Yanno, mais sinon, j'ai entendu les représentants de l'UCF, les représentants de Calédonie ensemble, s'exprimer la semaine dernière, avant mon départ pour Palau, et tout le monde appelait à l'apaisement. Donc, restons calmes, travaillons pour la Calédonie, arrêtons nos querelles, c'est ce que les Calédoniens ont voulu en nous obligeant finalement à nous mettre à travailler ensemble, respectons cette volonté.
 
Journaliste : Vos prochains grands rendez-vous, conférence fiscale, économique et sociale, et votre discours de politique générale. Vous avez commencé à le préparer, c'est bientôt, c'est pour la fin du mois ?
 
Cynthia Ligeard : J'ai commencé à le préparer. Alors en fait, à ce stade, ce sont surtout les membres de mon gouvernement qui ont commencé à le préparer puisque c'est un exercice collégial. Et donc, chacun a été invité à produire sa participation pour la fin du mois de juillet. À partir de maintenant, je vais travailler là-dessus, essayer de mettre tout cela en musique, soumettre une première version à mes collègues aux alentours de la mi-août, de façon à ce qu'ensuite, je puisse peaufiner mes mots, parce que vous savez, chaque mot a du sens et il va falloir que je travaille mot à mot ce que je vais dire aux Calédoniens.
 
Journaliste : Cynthia Ligeard, merci.
 
Cynthia Ligeard : Merci. 

Retranscription "mot à mot" RRB 4 AOUT 2013 / MAT – IDM LIGEARD

FLG / Source RRB



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