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Calédonickel : Spot on !

Lundi 11 Juillet 2016

Comme on pouvait s’y attendre les représentants de l’Etat ont rapidement trouvé une autre formule pour venir en aide à SLN. L’Agence des participations (APE) se passera donc de STCPI. L’actionnaire japonais Nisshin Steel devrait céder l’action nécessaire à l’APE, tandis que le conseil d’administration de l’entreprise devrait valider au plus vite le montage juridique et financier. Motivée par l’urgence et le souci de préserver la stabilité du territoire, cette décision constitue un désaveu cinglant pour les porte-paroles de la doctrine nickel qui ont fait preuve d’une totale irresponsabilité.



Calédonickel : Spot on !
Le président de STCPI, qui vient tout juste de fêter ses 80 ans, devrait en tirer toutes les conséquences. Pour autant, SLN n’est pas sortie de l’ornière car si à un cours moyen de 5.37$ la livre de nickel l’entreprise a perdu quelques 35 milliards de francs en 2015, 2016 devrait être une année toute aussi sinon plus désastreuse. Même si les stocks mondiaux au LME sont finalement passés sous la barre des 400 000 tonnes et la tendance est à la hausse, le cours moyen durant le premier semestre se situe à moins de 4$, tandis que le prix du baril de pétrole reste pratiquement inchangé à 46$/lb et la parité USD/€ stable à 1.11$. Il faut donc s’attendre à une perte historique.

Transfert de la maîtrise des outils de développement. Un opérateur local réunissant l’industriel et la Société Néo-Calédonienne d’Energie ENERCAL pourrait faire construire une centrale thermique au gaz naturel alimentant l’usine de Doniambo. En dehors du gain de compétitivité que la construction de cette centrale thermique devrait générer, une telle opération aurait pour le territoire l’avantage de faire coexister l’acquisition de compétences techniques dans un domaine stratégique et énergétique en pleine évolution et la sécurisation de son patrimoine minier. En effet, le montage envisagé aurait le mérite de répondre aux attentes de ceux qui désirent que, conformément à l’accord de Nouméa, la Nouvelle-Calédonie maîtrise les outils de son développement économique, en l’occurrence énergétique, sans pour autant voir SLN dépossédée de ses ressources minières par une prise de participation majoritaire de son capital par STCPI – et donc au profit d’usines offshores sous le contrôle de multinationales étrangères. Cette idée mérite par conséquent d’être approfondie, non seulement parce qu’elle est novatrice, parce qu’elle s’inscrit tout à fait dans la maîtrise par le territoire des principaux outils de son développement économique, mais aussi parce que les accords commerciaux et le montage financier qu’elle sous-tend ne doivent pas rester opaques comme l’a toujours voulu la tradition.

Au-delà d’un nouvel enfumage. Compte tenu de l’évolution du marché des matières premières, du déclin du charbon, mais aussi des mesures protectionnistes que s’apprête à voter l’Union européenne face à la compétitivité des aciéristes russes et chinois, l’industriel calédonien devra à nouveau revoir sa copie et se poser la question de savoir dans quelles mesures une telle centrale thermique au gaz naturel permettra d’abaisser sensiblement son coût de production afin qu’il devienne compétitif dans un marché durablement déprimé par la surabondance de l’offre de nickel. L’énergie est bien sûr le service extérieur le plus important dans le prix de revient du ferronickel produit, mais l’abaissement du coût énergétique ne permettra pas de réduire significativement le coût minier qui reste comparativement très élevé. En 2015, rappelons que les sites miniers (hors tâcheronnage) ont produit 2.2 millions de tonnes de minerai à une teneur en nickel de 2.47% pour 22 millions de tonnes de manipulés primaires, ce qui donne un ratio de 1/9. Est-ce que les gains de productivité attendus seront suffisamment importants pour permettre à l’entreprise de réduire de manière significative ce ratio minier et ainsi valoriser des teneurs de coupure plus basses? Très sincèrement, on peut en douter. S’agissant des gains de productivité de l’usine, ils dépendront des négociations menées par l’opérateur local avec les sociétés australiennes pour la fourniture du gaz, mais surtout de la performance effective des infrastructures industrielles qui devront être réalisées en Nouvelle-Calédonie (pour le déchargement, l’acheminement et la regazéification de l’énergie) car la compétitivité se mesure en coûts de fonctionnement. Or ENERCAL a par le passé démontré ses limites techniques et économiques dans la maitrise et la gestion de la centrale de Prony, techniques pourtant éprouvées. L’acheminement du gaz par méthaniers est coûteux et les besoins de SLN nécessitent d’adapter les moyens de transport et de stockage. Le gaz naturel est bien sûr le combustible le plus respectueux des énergies fossiles, et donc le plus facile à vendre à l’opinion publique, mais rien ne permet de dire pour le moment qu’à termes une telle solution puisse être techniquement viable pour le fournisseur, économiquement rentable pour l’industriel, et conforme du point de vue de la sécurité pour les habitants de la ville de Nouméa.

Le soutien financier et la vigilance de l’Etat. La construction d’une centrale thermique au gaz naturel ne pourra se faire sans le concours financier de l’Etat qui devra apporter sa garantie bancaire. Il est donc important que le gouvernement français et les parlementaires qui se prononceront sur les conditions de l’octroi de cette sûreté financière restent extrêmement vigilants. Le bailleur de fonds aura t’il les moyens et la volonté de s’assurer que le bon équilibre soit trouvé entre le client SLN et le fournisseur ENERCAL, une société d’économie mixte majoritairement détenue à 52% par la Nouvelle-Calédonie? Les intérêts de chacun seront-ils sauvegardés? Qui fixera le prix et selon quelles modalités le calcul de ce dernier sera-t-il établi? Toutes ces questions techniques relèvent de la bonne gouvernance locale. Or, le refus par la province Nord de céder une action à l’APE, tout comme l’incapacité pour STCPI de jouer son rôle d’actionnaire, laissent pressentir que les négociations entre SLN et ENERCAL ne seront peut être pas aussi simples que l’on voudrait nous le faire croire. La défaillance des entités locales (STCPI, SMSP, SPMSC…) montre le déficit de transparence de l’île se disant la plus proche du paradis. Les clientélismes provinciaux et les postures politiques, le cumul des mandats et les conflits d’intérêts, la porosité entre la sphère publique et les intérêts privés, l’impunité et les abus de pouvoir institutionnalisés, contrastent avec la Nouvelle-Calédonie du dialogue inspirée, voulue et décrite par les rédacteurs des accords. Les élus provinciaux pas plus que les administrateurs des entités locales n’ont suffisamment d’informations ou de recul pour pouvoir disposer des moyens qui leur permettraient de connaître les conséquences de leur vote. Est-ce à dire qu’ils n’ont pas la possibilité d’exercer les contrôles et les vérifications qui pourraient être jugés opportuns pour la sauvegarde de l’intérêt général? Même en politique, il y a un prix à payer pour pouvoir s’exprimer sereinement et être en accord avec sa propre conscience.

Source Caledonickel



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